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Bulletin Quotidien Europe N° 10733
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) pÊche

Réforme, la pêche artisanale de l'UE donne de la voix

Bruxelles, 19/11/2012 (Agence Europe) - La pêche artisanale en Europe a présenté lundi 19 novembre à Bruxelles une déclaration dans laquelle elle demande que la nouvelle politique commune de la pêche (PCP) « mette un terme aux pratiques non durables et place les acteurs d'un modèle de pêche artisanal et à faible impact au cœur des futures décisions européennes ». La pêche artisanale en Europe s'estime tenue à l'écart des consultations et des décisions sur la réforme de la PCP. Or, elle représente 80 % du secteur de la pêche dans l'UE.

« Nos activités et nos modes de vie sont depuis toujours tributaires des stocks halieutiques des zones locales où nous pêchons. Contrairement aux plus gros bateaux, nous ne pouvons nous déplacer vers de nouvelles zones de pêche lorsque les nôtres sont surexploitées », lit-on dans la déclaration adoptée après un congrès réunissant la pêche artisanale dans neuf pays (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Pologne, Croatie, Grèce et France). Ce type de pêche « a un impact environnemental relativement faible sur les habitats marins et ne génère que de petites quantités de rejets », selon ce texte.

Depuis le début de la mise en œuvre de la PCP, « nous souffrons d'un cadre politique injuste et déséquilibré: la majeure partie des quotas et subventions communautaires bénéficie à des activités de pêche industrielle à travers toute l'Europe », ajoute la déclaration. Les acteurs d'une pêche artisanale demandent aux décideurs européens:

1) D'accorder le droit de pêcher à ceux qui ont les pratiques les plus durables. L'accès au poisson doit être lié aux « performances de chaque opérateur sur la base de critères environnementaux, sociaux et économiques. Il convient de favoriser les pêcheurs aux pratiques durables, qui présentent un minimum de prises accessoires, un taux d'emploi élevé par rapport au volume de capture et une moindre dépendance aux subventions et au carburant. Ainsi, les emplois liés à la pêche pourront être maintenus et les bénéfices issus de l'activité de pêche étendus plus largement autour des communautés côtières ».

La PCP doit reconnaître que le droit de pêche (comme le quota) constitue un bien public et non une propriété privée, et attribuer les possibilités de capture de façon à récompenser des méthodes de pêche durables. En conséquence, « nous sommes opposés au système de concessions de pêche transférables (CPT), qui privatise de fait l'accès aux possibilités de capture et tend à concentrer les ressources dans les mains d'un petit nombre d'acteurs, les plus puissants. Nous nous élevons contre la privatisation de la mer et de ses ressources ».

2) De réduire la surcapacité là où elle existe, sans condamner l'activité des pêcheurs artisans qui respectent l'environnement marin. Les États membres de l'UE doivent de toute urgence instaurer des plans d'action afin de réduire les capacités de pêche, là où la surcapacité est avérée, et de transférer ces capacités vers des méthodes à faible impact. Les auteurs de la déclaration soulignent la nécessité de « pêcher moins au niveau européen, mais cela ne doit pas se faire au détriment de ceux et celles qui privilégient des pratiques durables ».

3) De mettre un terme aux subventions néfastes et aux pratiques de pêche non durables. La priorité du nouveau Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) doit être de soutenir les communautés et les opérateurs dans leur transition vers une approche plus durable. Chaque année, 1,3 million de tonnes de poisson sont rejetées par les bateaux européens dans l'Atlantique Nord-Est. La nouvelle PCP doit présenter un calendrier clair afin d'atteindre l'objectif « zéro rejet », assorti de réglementations strictes sur la sélectivité, la taille et le poids notamment des chaluts, des dragues et autres engins traînants. « Ceci permettrait de réduire les prises accidentelles et la soif d'augmentation constante de la puissance motrice ». Le FEAMP doit soutenir le développement de pratiques de pêche plus sélectives, encourager la collaboration entre pêcheurs et scientifiques et assurer un soutien significatif à la création d'instances représentatives du secteur artisanal. Ceux qui ont recours à ces pratiques destructrices ne doivent pas être considérés par la PCP comme des pêcheurs artisans respectueux de l'environnement.

4) De restaurer la santé des mers et océans. La gestion des pêcheries européennes doit tenir compte des différentes réalités au niveau local ou régional et placer le secteur de la pêche artisanale au cœur de ses préoccupations. La mise en œuvre d'une gestion des pêcheries fondée sur l'écosystème, gage de sauvegarde de l'environnement marin, est une condition préalable. Les quotas de pêche ne doivent pas excéder les recommandations scientifiques et la nouvelle PCP doit garantir que, d'ici à 2015, tous les stocks halieutiques auront retrouvé des niveaux supérieurs à ceux qui permettraient une exploitation durable des ressources. La création de réserves marines est l'une des solutions pour protéger l'environnement marin des impacts de la pêche.

« L'accès aux ressources de pêche devrait se fonder davantage sur des critères environnementaux et sociaux, plutôt que de se baser sur le critère des droits historiques », a déclaré le Britannique Jerry Percy, de la NUTFA (New Under Ten Fischermen's Association). La surpêche qui a existé par le passé au Royaume-Uni n'est pas de notre faute, et pourtant nous avons souffert de manière disproportionnée de ses effets. « Si nous devons réduire les capacités dans la flotte de pêche de l'UE, ces réductions ne doivent pas nécessairement affecter la petite pêche côtière. Le système actuel de subventions du Fonds européen de la pêche s'est focalisé presque exclusivement sur la grande pêche », a estimé M. Percy.

L'Espagnol Jose Luis Rodriguez, président de Asoar-Armega (association de pêcheurs artisanaux de Galice), a souligné que « nous n'existons pas pour l'UE. Les politiques favorisent les grandes embarcations au détriment de la pêche artisanale ». Il faut donner un accès privilégié selon lui aux pêcheurs qui ont un faible impact sur l'environnement. Dimitri Zannes, un pêcheur artisanal en Grèce, demande que la pêche artisanale obtienne, en améliorant la PCP, une part équitable des stocks de poissons. Il a appelé l'UE et les gouvernements à encourager la pêche responsable plutôt qu'à gâcher l'argent à la faveur de ceux qui ont accumulé des fortunes en s'adonnant à la surpêche.

Pour Anne-Marie Vergez, de la plateforme petite pêche artisanale française, « beaucoup d'argent a servi à détruire des bateaux qui n'avaient pas beaucoup de capacités de pêche pour en construire des neufs avec des capacités de pêche beaucoup plus importantes ». « Aujourd'hui, on a un problème énorme de ressources, et on continue de subventionner ce type de bateaux qui consomment beaucoup de gasoil. Cela ne peut plus durer », selon elle.

Le fait que l'ONG Greenpeace soutienne ce mouvement fait grincer des dents, notamment du côté des plus grosses organisations de patrons pêcheurs. « Comme quoi, ce n'est pas vrai que ces ONG sont contre les pêcheurs. La preuve, elles nous apportent un soutien logistique énorme », souligne Mme Vergez. (LC)

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