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Bulletin Quotidien Europe N° 10733
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 980

*** GILES SCOTT-SMITH (sous la dir. de): Obama, US Politics, and Transatlantic Relations. Change or Continuity? Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "European Policy", n° 50. 2012, 326 p., 41,20 €. ISBN 978-90-5201-876-8.

Alors que Barack Obama vient d'être réélu à la Maison Blanche, cet ouvrage tombe à pic puisque, prolongement d'une conférence organisée conjointement par le Centre d'étude Roosevelt et le Centre d'études transatlantiques de Middelburg voici deux ans, il voit vingt-et-un spécialistes des relations euro-américaines mesurer finement les résultats concrets obtenus par un président américain pour lequel les citoyens européens avaient eu les yeux de Chimène. Concrètement, ce bilan à mi-parcours du premier mandat d'Obama est établi à la lumière de la politique intérieure américaine, de la politique étrangère et de sécurité des États-Unis, des ressentis en Europe centrale et orientale, d'une part, en Europe occidentale - et aux Pays-Bas en particulier - de l'autre, enfin sous l'angle juridique à travers les questions des droits de l'homme, des exportations d'armes et des questions liées à la protection des données, ces thèmes constituant les cinq parties du livre.

Obama a-t-il répondu aux immenses espoirs qu'il avait fait naître en Europe voici quatre ans - et qui, à l'évidence, y subsistent encore, tant le souvenir de George W. Bush continue à jouer, chez les Européens, au repoussoir pour les candidats républicains, McCain hier, Romney plus près de nous ? En réalité, si « effet Obama » il y a bien eu, il a été - très normalement - moins enthousiasmant que le rééquilibrage des relations transatlantiques qui était espéré par certains. C'est en tout cas un bilan plutôt positif, même s'il est en demi-teintes, qui se dégage de la lecture des différentes contributions. En résumer la teneur est impossible, seuls quelques coups de sonde étant de nature à décrire l'intérêt des réflexions et commentaires. Ainsi, le Pr. Rob Kroes (Universités d'Amsterdam et d'Utrecht) rappelle que 2010 a marqué le cinquantième anniversaire du départ de la Maison Blanche du président Eisenhower qui mit à profit sa liberté retrouvée pour « réfléchir à la montée inquiétante de ce qu'il appelait le complexe militaro-industriel », invitant Barack Obama à faire de même à propos de l'état actuel de la sécurité nationale: « Compte tenu du fait que la droite commande les termes du discours public, voici un défi pour le maître de la rhétorique qu'Obama s'est révélé être », juge l'ancien président de l'Association européenne pour les études américaines en observant que « s'il devait le relever, ce serait vraiment un nouveau départ ». Les difficultés budgétaires auxquelles il sera confronté à l'entame de son second mandat ne devraient-elles pas plus que jamais l'inciter à agir dans ce sens ? Sans doute, mais rien ne permet de garantir que le Président trouvera les ressources politiques et morales pour ouvrir ce… front intérieur ! Pour sa part, Jamie Shea, Secrétaire général adjoint de l'Otan chargé des défis de sécurité émergents offre une analyse pénétrante des relations euro-américaines en estimant notamment que, « à court terme, l'Amérique ne s'éloignera pas de l'Europe », mais qu'il est clair aussi que « les Européens auront l'Amérique qu'ils méritent », tant il est vrai que les « Américains, axés comme ils sont sur l'action et les résultats, n'auront pas une patience illimitée pour les institutions européennes en construction ». Ce que confirme l'historien Thomas W. Hijswijt (Université Radboud de Nimègue) pour qui le message implicite adressé par les Etats-Unis d'Obama à l'Europe est d'une brutale franchise: « agissez ensemble ou vous risquez de perdre de manière croissante en pertinence dans les affaires mondiales ». A noter aussi l'analyse de Katarzyna Pisarska qui juge que la politique menée par Obama a amené les pays d'Europe centrale à cesser d'être les « grands atlantistes » qu'ils étaient du temps de Bush pour devenir de « grands européens ».

Dans les conclusions générales qu'il tire, Giles Scott-Smith (Académie Roosevelt de Middelburg) observe que la relation transatlantique a perdu de son souffle, mais qu'elle n'en demeure pas moins une réalité tangible sur laquelle Américains et Européens peuvent - et doivent impérativement - continuer à bâtir, même s'ils doivent surtout désormais admettre qu'ils ne décideront plus seuls de « la direction des intérêts politiques mondiaux ».

Pierre Bouvier

*** PETER EDEL: De diepte van de Bosporus. Een politieke biografie van Turkije. EPO (25-27 Lange Pastoorstraat, B-2600 Berchem. Tél.: (32-3) 2396874 - fax: 2184604 - Courriel: uitgeverij@epo.be - Internet: http://www.epo.be ). 2012, 342 pp., 24 €. ISBN 978-90-6445-761-6.

Pour la majorité des citoyens européens, la Turquie se résume à un prospectus touristique et, dans le meilleur des cas, à des visites chez l'épicier du coin, voire à quelques discussions avec des collègues de travail. En clair, la riche histoire turque reste largement méconnue. De toute évidence sous le charme de son pays d'adoption où il vit avec son épouse turque, un photographe et publiciste néerlandais, ancien élève de la réputée Académie Rietveld, a conçu ce livre pour rendre justice à ce pays candidat à l'adhésion à l'Union encore bien trop souvent emprisonné dans des préjugés, positifs ou négatifs. L'importance des règles de conduite avec l'ayip, la honte, comme sanction lorsqu'elles ne sont pas respectées, l'acharnement au travail et le manque de temps libre qui empêchent souvent l'individu de devenir « une personne », la culture très développée des théories du complot, le nationalisme comme fil rouge de l'histoire du pays, l'anxiété sécuritaire qui se traduit par la présence massive d'agents de sécurité dans les rues et les centres commerciaux, mais aussi une grande convivialité et les libertés prises avec certaines règles ne sont que quelques-uns des traits distinctifs d'un pays et d'un peuple toujours en quête de reconnaissance pour ce qui a été accompli après le débâcle de la chute de l'Empire ottoman. Atatürk a-t-il lancé sans le vouloir le seul mouvement réformateur réussi de l'islam? L'AKP au pouvoir peut-il assurer au peuple turc une communauté juste et prospère maintenant que le Kémalisme a perdu du terrain dans la société ? Tout au contraire, le pays a-t-il simplement changé de maître et continue-t-il de peiner à rejoindre les rangs des démocraties confirmées ? Quel est le rôle du mouvement Gülen dont l'organisation et le rôle font songer aux jésuites et comment doit-on comprendre le néo-ottomanisme qui anime des dirigeants comme le Premier ministre Erdogan ou plus explicitement encore le ministre des Affaires étrangères Davutoglu ? Telles sont quelques-unes des questions abordées par Peter Edel qui offre notamment une analyse intéressante du succès des entrepreneurs anatoliens, piliers de l'AKP et capables de faire rimer un islam rigoureux avec la pensée du marché. A l'évidence, convient l'auteur, l'adhésion à l'Union n'a plus la préséance qu'elle avait, mais la question reste néanmoins assez importante pour que l'identité islamiste de l'AKP reste masquée et que continue à être projetée l'image d'un islam modéré « à la Turque » mâtinée de conservatisme démocratique. Mais point de doute, aux yeux de l'auteur, que le processus d'adhésion importait plus que le résultat final, tant il est vrai que la procédure de négociations et les critères de Copenhague ont notamment fourni à Erdogan des arguments pour réduire le rôle des forces armées. Il attire également l'attention sur la manière dont Erdogan interprète le sécularisme comme une liberté pour les religions et non pas de religion. Il est loisible de prolonger la lecture de ce livre sur le blog de Peter Edel (http://www.epo.be/peteredel ).

(LT)

*** RENE SCHWOK: Politique extérieure de la Suisse. Après la Guerre froide. Presses polytechniques et universitaires romandes (EPFL - PPUR, CP 119, CH-1015 Lausanne. Tél.: (41-2) 6932130 - fax: 6934027 - Courriel: ppur@epfl.ch - Internet: http://www.ppur.org ).Collection "Le Savoir suisse". 2012, 139 p., 12,60 €, 17,50 CHF. ISBN 978-2-88074-973-6.

Titulaire de la Chaire Jean Monnet à l'Institut européen de l'Université de Genève où il enseigne aussi au Département de science politique, René Schwok offre, avec ce petit ouvrage au ton alerte, une analyse de la politique extérieure de la Suisse depuis la fin de la Guerre froide. Plus précisément, l'auteur s'emploie à évaluer le « Sonderfall helvétique », à savoir la capacité de ce pays de se tenir à l'écart des grands événements européens: guerres, révolutions, intégration régionale, crises économiques et sociales… Cette singularité est-elle en voie d'obsolescence ou plus obstinée que jamais ? C'est à apporter des réponses à cette question que l'auteur s'emploie en procédant à une comparaison avec les autres Etats européens afin de mettre en exergue les principales particularités qui différencient la Suisse de ses voisins sur la scène internationale, mais aussi sur la manière spécifiques qu'elle a de les traiter. Ainsi, explique-t-il, la Suisse n'est pas le seul Etat neutre, mais elle a une manière bien distincte d'interpréter sa neutralité. A la politique étrangère classique, il a préféré l'expression « politique extérieure » qui lui permet d'inclure les forces politiques, économiques et sociales qui agissent en Suisse et influence le comportement de celle-ci sur la scène internationale. De la sorte, il passe notamment en revue la neutralité suisse, le fédéralisme et la démocratie directe qui y prévaut et qui fait que la Suisse est le seul pays à soumettre ses relations internationales à des votes populaires continuels. C'est la raison pour laquelle, explique René Schwok, le Conseil fédéral se voit incapable de réagir rapidement et de développer des stratégies à long terme. Il consacre aussi deux chapitres aux particularités de l'économie suisse et au secret bancaire, se demandant si la mort de celui-ci est oui ou non programmée. Il analyse enfin de manière spécifique trois crises internationales, à savoir l'affaire des fonds juifs en déshérence, la tentation d'agir en cavalier seul face à l'Iran et l'affaire des otages dans la Libye de Kadhafi. (MT)

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