Bruxelles, 08/11/2012 (Agence Europe) - La stratégie de la Commission en faveur du secteur européen de l'automobile se concentre sur des actions concrètes en matière d'émissions, de financement pour la R&D et l'innovation, d'électro-mobilité, et d'accès aux marchés à l'international. Mais les querelles entre constructeurs européens réduisent la portée d'un plan en faveur d'un secteur en proie à des surcapacités structurelles.
Le commissaire à l'Industrie Antonio Tajani a dévoilé, jeudi 8 décembre, son plan d'action à l'horizon 2020 pour aider le secteur automobile à surmonter la crise, CARS 2020. Objectif: maintenir au rang mondial une industrie vitale pour l'UE, en s'assurant de produire des véhicules économes en énergie et sûrs, tout en fournissant des emplois hautement qualifiés à des millions de personnes.
Pour aider un secteur pourvoyeur de 12 millions d'emplois directs et indirects, à travers 180 usines et des milliers de PME, et qui a contribué à 4 % du PIB européen et représenté une balance commerciale excédentaire de 90 milliards d'euros l'an dernier, M. Tajani propose d'agir sur quatre fronts.
Il s'agit d'abord d'accroître les ressources affectées à la R&D et à l'innovation pour un secteur qui investit à cet égard près de 30 milliards d'euros par an. La stratégie de la Commission entend promouvoir l'investissement dans les technologies de pointe et l'innovation en matière de véhicules propres, via un train complet de mesures visant à réduire les émissions de CO2 et de polluants, ainsi que les nuisances sonores, mais aussi par des mesures en faveur de la sécurité routière, notamment des systèmes de transport intelligents. La construction d'infrastructures pour les carburants de substitution (électricité, hydrogène et gaz naturel) fait également partie du package, de même qu'une norme de l'UE portant sur les interfaces de rechargement des véhicules électriques. Enfin, le plan d'action repose sur l'initiative européenne en faveur des véhicules verts menée dans le cadre du programme Horizon 2020, qui promeut l'investissement dans la R&D et l'innovation. La coopération avec la BEI, qui a investi 14 milliards d'euros en faveur du secteur automobile ces quatre dernières années, se verra renforcée pour dynamiser l'innovation et faciliter l'accès des PME au crédit.
La Commission veut aussi garantir une situation de concurrence (level-playing-field) sur le marché intérieur, en renforçant le marché unique des véhicules grâce à un meilleur système de réception par type de véhicules complets et à une surveillance du marché pour éviter la concurrence déloyale, en rationalisant les incitations financières à acquérir des véhicules propres, et en appliquant de façon cohérente les principes de la réglementation intelligente, notamment celui d'un examen de l'incidence sur la compétitivité des grandes initiatives politiques, afin d'évaluer les effets de celles-ci sur le secteur de l'automobile.
La stratégie de l'exécutif européen inclut également une importante dimension extérieure. L'idée étant d'aider le secteur automobile européen à mieux accéder au marché mondial, grâce à la conclusion d'accords commerciaux équilibrés, à l'évaluation minutieuse de leurs incidences cumulées, et à la promotion de dialogues bilatéraux avec les principaux pays tiers partenaires. La Commission fait aussi de l'harmonisation internationale des réglementations portant sur les véhicules un élément clé de son plan.
La promotion de l'investissement dans les compétences et la formation pour accompagner les changements structurels et anticiper les besoins en matière d'emploi et de qualifications, par exemple en encourageant le recours au Fonds social européen (FSE), est le dernier pilier du plan d'action.
S'il reconnaît que la portée de son plan d'action est limitée par les querelles entre les constructeurs européens, le commissaire Tajani est déterminé à traiter les problèmes immédiats auxquels fait face le secteur automobile, en particulier les surcapacités, les investissements sociaux et technologiques, et les questions du régime d'aides d'État et des mesures sur la demande. Face au recul de la demande sur les marchés européens et aux annonces de fermetures d'usines, M. Tajani réunira en novembre les constructeurs, les syndicats et les autorités nationales en amont du prochain Conseil Compétitivité, le 10 décembre, pour étudier les mesures permettant d'apporter une réponse coordonnée à la crise actuelle. « Chaque fermeture d'usine automobile est pour moi une blessure », a insisté jeudi devant la presse le commissaire italien, s'engageant à « déployer tous les efforts possibles pour sortir d'une multiplication de logiques nationales ». « Le problème des restructurations, c'est qu'il n'appartient pas à la Commission de dire 'vous devez fermer' ou 'vous ne devez pas fermer' », a-t-il conclu.
Le plan d'action pour l'automobile s'appuie sur les travaux du groupe de haut niveau CARS 21, composé de sept membres de la Commission, de représentants des États membres et d'acteurs clés concernés (entreprises et ONG). Réactivé en 2010, CARS 21 a adopté son rapport final en juin 2012. (EH)