Bruxelles, 08/11/2012 (Agence Europe) - Plusieurs membres de la commission de la pêche du Parlement européen ont critiqué, mardi 6 novembre, les modalités du projet de nouvel accord de pêche entre l'UE et la Mauritanie. Pour rappel, l'Espagne et quatre autre pays ont aussi émis des critiques sur ce nouveau protocole (EUROPE n° 10696). L'accord doit être approuvé par le Conseil, le PE rendant ou non son consentement.
Pour le rapporteur sur cet accord Gabriel Mato Adrover (PPE, espagnol), cet accord a été négocié sans tenir compte des professionnels et dans le dos du Parlement européen. Le secteur n'en veut pas, a-t-il rappelé. Cela devrait suffire pour envisager de renoncer à poursuivre la ratification de cet accord. Il a contesté notamment la diminution des zones de pêche pour les navires européens et la hausse des licences à payer par les armateurs de l'UE. L'exclusion des navires ciblant les céphalopodes (poulpes et pieuvres) et les modalités de pêche à la crevette entraîneraient des pertes économiques. « Le préjudice pourrait atteindre 225 millions d'euros pour la flotte chalutière. L'exclusion des bateaux ciblant les céphalopodes risque de se traduire par la suppression de 400 emplois directs et au moins 2 400 emplois indirects », a dit M. Mato Adrover. Le protocole prévoit que l'UE débourse 70 millions d'euros de compensation financière trois mois après l'adoption de l'accord par le Conseil. Il est possible de ne pas payer s'il y a des problèmes en matière d'absorption des fonds. « Nous avons quatre mois pour dénoncer l'accord et on pourrait renégocier. Mais pourquoi attendre cela puisque le secteur ne veut pas de ces licences ? », a encore protesté le rapporteur. « Je ne vois pas pourquoi cette révision nous ne la faisons pas maintenant », a-t-il lancé, en référence au fait que la Commission admet que certaines conditions techniques pourraient être améliorées. Et de conclure: « Nous voulons un bon accord, un accord meilleur que celui-ci. »
« Comment est-il possible pour la Commission de passer un accord avec la Mauritanie et de pousser le Conseil et le PE à l'adopter alors que visiblement il est néfaste pour la flotte ciblant les pélagiques ? Je ne comprends aucun des arguments avancés », a déclaré Jaroslaw Leszek Walesa (PPE, polonais)
Isabella Lövin (Verts/ALE, suédoise) n'est pas de l'avis de la majorité de ses collègues. « Je ne crois pas qu'il faille renégocier cet accord ». Selon elle, le protocole qui a été négocié repose sur la résolution de 2011 du PE sur l'accord de pêche UE/Mauritanie. Il faut respecter l'environnement, ne pas contribuer à la surpêche, et éviter de faire de la concurrence aux pêcheurs locaux, des dispositions qui se retrouvent dans le protocole, a-t-elle fait remarquer. L'exclusion des céphalopodes a été inscrite pour éviter que les pêcheurs européens ne livrent une concurrence exacerbée aux pêcheurs mauritaniens, a-t-elle précisé. D'après elle, il est honteux que les pêcheurs de l'UE se plaignent alors que l'UE fournit pour eux 70 millions d'euros. Et M. Lövin de rappeler que le secteur de la pêche en Mauritanie se félicite de ce protocole.
Ana Miranda (Verts/ALE, espagnole) estime au contraire que l'exclusion des céphalopodiers de Galice est une « honte ». Les pêcheurs concernés (400 emplois) ne peuvent pas se reconvertir, a-t-elle déploré. Elle reproche à la Commission de n'avoir pas tenu compte des données scientifiques provenant d'un institut océanographique espagnol.
Antolín Sánchez-Presedo (S&D, espagnol) aurait préféré que le protocole couvre davantage que deux années car le secteur a besoin d'une vision à plus long terme. « Si l'on ne revoit pas l'accord sur les céphalopodes, je m'opposerai à cet accord », a-t-il aussi indiqué. « C'est l'un des pires protocoles de pêche qui nous ont été présentés », a protesté Maria do Céu Patrao Neves (PPE, portugaise). Elle demande aussi une renégociation immédiate de l'accord.
Carmen Fraga Estévez (PPE, espagnole) a déploré le fait que la Commission ait conclu les négociations alors que le secteur européen n'en voulait pas. Les conditions prévues rendent l'accord « inopérant ». Elle a rejeté l'exclusion des céphalopodes, la perte de 70 % des possibilités de pêche pour la pêche crevettière et des mesures techniques empêchant les navires pélagiques de travailler.
Le représentant de la Commission a tenté de défendre l'accord de pêche UE/Mauritanie. La quantité des pélagiques augmente (300 000 tonnes) et « nous sommes prioritaires » ; des mesures pour protéger la sardine sont nécessaires, d'où la modification des zones de pêche. Il est impossible de retourner à la zone de pêche initiale, a-t-il mis en garde. Et d'assurer que, s'agissant des céphalopodes, la Commission n'avait pas ignoré les avis scientifiques. (LC)