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Bulletin Quotidien Europe N° 10706
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CONSEIL DE L'EUROPE / (ae) dÉmocratie

Rôle et enjeu des nouveaux réseaux sociaux

Strasbourg, 09/10/2012 (Agence Europe) - Est-ce le ton donné lundi 8 octobre par la Yéménite Tawakkol Karman lors des discours d'ouverture du Forum de la démocratie qui a conféré aux premiers débats une spontanéité inédite ? La jeune femme, Prix Nobel de la paix 2011, n'avait pas usé de langue de bois pour remettre l'église au milieu du village des droits de l'Homme et les intervenants qui se sont succédé au Conseil de l'Europe semblaient eux aussi décidés à ne pas avoir fait le voyage à Strasbourg pour servir un discours convenu (EUROPE n° 10705).

Lundi 8 octobre, lors de l'atelier sur les réseaux sociaux et la démocratie, deux jeunes blogueurs égyptiens - Aalam Wassef et Asmaa Mahfouz - ont battu en brèche le mythe de la 'révolution Facebook' en rappelant que seul 0,26 % de la population égyptienne, par ailleurs bien moins alphabétisée que la tunisienne, était connectée à Internet. « Ce qui s'est répandu c'est le courage », a souligné Aalam Wassef, alors qu'Asmaa Mahfouz pointait malgré tout la « masse critique » atteinte grâce aux réseaux sociaux. Une « masse critique » qui a été l'une des clés des manifestations de la place Tahrir notamment parce qu'elle a permis aux médias nationaux et internationaux d'anticiper leur ampleur et de couvrir les événements avec les moyens adéquats.

Restent des effets pervers. L'usage fait par le régime de cette mobilisation afin de repérer les opposants, sa décision de couper Internet quelques jours, mais aussi une toxicité intrinsèque aux réseaux sociaux puisque des campagnes de diffamation lancées par leur biais ont aujourd'hui encore des effets négatifs pour certaines personnes.

Le débat fut l'occasion d'entendre également des témoins polonais et slovaque évoquer « leurs » révolutions du siècle dernier, en un temps où les bonnes vieilles photocopies appelaient à la mobilisation... Aujourd'hui, certains anciens de Solidarnosc coopèrent avec de jeunes militants tunisiens très actifs afin de les faire profiter de leur expérience en matière de démocratie locale et cela se passe largement via Facebook. Autre exemple évoqué lors des débats, celui peu connu du Mexique où est actif le groupe 'Yo soy 132' ('Je suis 132'). Mme Denise Dresser, professeur de sciences politiques à l'Institut technologique autonome de Mexico était invitée pour en parler. « Beaucoup de mes élèves appartiennent à ce groupe », a-t-elle raconté avec fierté. Ce mouvement est lié à la campagne présidentielle de 2012. Un des représentants du parti au pouvoir venu en visite officielle à l'université en avait été chassé par des étudiants qui ont eu la surprise, le soir, de voir à la télévision officielle un reportage présentant l'homme accueilli avec chaleur. En réaction contre cette manipulation des médias, 131 étudiants ont filmé une vidéo diffusée sur Youtube où ils rectifiaient le propos officiel en se présentant l'un après l'autre brandissant leur carte d'étudiant. Le groupe 'Je suis 132' s'est créé et a connu une croissance exponentielle au point de susciter des manifestations de masse contre la corruption et l'inféodation des médias au pouvoir. « Ils n'ont cependant pas pu empêcher la réélection du président Enrique Pena Nieto », signale Denise Dresser, et je crains une radicalisation du mouvement, une perte de sens par rapport à ses idées fondatrices liées au départ au contrôle exercé par le pouvoir sur les médias. Elle note aussi une difficulté chez eux de prendre des décisions car il n'y a pas de hiérarchie, les assemblées générales se multiplient pour prendre les décisions les plus simples. Il existe un risque de paralysie lié à une structure démocratique portée à l'extrême mais, quoi qu'il en soit, 'Je suis 132' a commencé à enseigner aux Mexicains qu'ils ont des droits, à les sortir de leur apathie. Ces nouveaux réseaux sociaux sont importants car ils représentent de nouveaux modèles de participation pour reconquérir l'espace public et par là même sont des catalyseurs de changement. « Il leur reste à se structurer, à trouver des outils de référence. J'espère qu'ils y parviendront », a conclu Mme Dresser.

Appel des écrivains à la paix

En marge du 'In' qui se tient au Conseil de l'Europe, le premier Forum mondial de la démocratie déroule un 'Off' dans la ville. Loin d'être un long fleuve tranquille, celui-ci multiplie les manifestations dans des lieux phares de Strasbourg et permet aux 'simples citoyens' de rencontrer des intervenants officiels sans le badge indispensable pour pénétrer dans le temple de la démocratie et des droits de l'Homme. Dimanche 7 octobre, ce sont deux écrivains, Boualem Sansal et David Grossmann - l'un Arabe et l'autre Israélien -, qui ont lancé depuis l'hôtel de ville de Strasbourg un 'appel à la paix'. Il s'agit là de l'acte fondateur du mouvement mondial que les deux hommes veulent créer avec pour seules armes « la littérature, le débat, la vigilance ». Sont évoqués dans leur texte lu par M. Sansal en français et par M. Grossmann en anglais la Syrie, l'Iran, le Printemps arabe, le conflit israélo-palestinien, le Mali ainsi que le terrorisme. Présent également à Strasbourg, Michel Le Bris, directeur du festival 'Étonnants Voyageurs' de Saint-Malo, a annoncé le ralliement à cette entreprise de la World Alliance regroupant huit festivals littéraires dans le monde. (VL)

 

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