Bruxelles, 09/10/2012 (Agence Europe) - Certains membres de la commission de la pêche du Parlement européen ont critiqué, lundi 8 octobre, la proposition visant à interdire le chalutage en eau profonde.
Carmen Fraga Estévez (PPE, espagnole) a parlé d'une proposition « dure ». La Commission propose « d'interdire le chalut de fond sans étude approfondie et en repoussant des solutions alternatives sans aucune justification scientifique », a-t-elle dénoncé. Elle reproche aussi à la Commission de n'avoir pas tenu compte des avis de certains conseils consultatifs régionaux (CCR). Toutes les espèces ne sont pas dans la même situation a rappelé Mme Fraga. Elle a plaidé pour une proposition moins radicale.
Alain Cadec (PPE, français) estime que la Commission participe à la « diabolisation » qui est faite de cette pêche. Il faut, selon lui, faire la part des choses entre la réalité scientifique et les accusations infondées et éviter toute généralisation car les situations peuvent être très diverses selon les régions où les méthodes d'exploitation de ces espèces. Depuis 2003, des mesures de gestion très strictes ont été adoptées (quotas, interdiction de pêcher certaines espèces, comme l'empereur et les requins d'eau profonde, contrôles stricts, observateurs à bord…). Les diagnostics de la communauté scientifique montrent que l'exploitation des stocks d'eau profonde a été amenée à des niveaux soutenables. La France, l'Espagne et l'Écosse ont fait de nombreux efforts pour la reconstitution des fonds marins. La pêche en eau profonde produit un très faible niveau de rejets. Une interdiction des chaluts de fond et des filets maillants de fond aurait un impact social et économique lourd (500 emplois directs en France au minimum répartis entre Lorient et Boulogne). Il faut revoir entièrement l'article 9 de la proposition de la Commission. Il propose une audition très large pour « nous éclairer sur la situation de ces pêches ». Jaroslaw Leszek Walesa (PPE, polonais) a parlé d'une proposition « discriminatoire ».
Isabelle Thomas (S&D, française) admet que ces espèces sont à maturité reproductrice très lente et qu'il faut être prudent sur l'exploitation de ces stocks. « Mais il faut se baser sur la réalité, pas sur les phantasmes », a-t-elle lancé. Elle a rappelé que la Commission a engagé 10 millions d'euros pour trois études (impact sur les fonds marins, moyens de limiter les rejets). Et pourtant à ce jour aucune de ces études n'a été rendue publique. « Nous n'avons donc pas les bases nécessaires pour véritablement discuter. » Elle a suggéré d'attendre ces études avant de débattre du sujet.
Raül Romeva i Rueda (Verts/ALE, espagnol) s'est félicité de l'initiative de la Commission visant à avoir une position claire pour réglementer ce type de pêche. Il s'est prononcé pour des mesures strictes, sinon cette pêche risque la fermeture. Isabella Lövin (Verts/ALE, suédoise) a suggéré de retenir l'approche de précaution (car il manque des données sur l'état de plusieurs de ces stocks) pour veiller à ce que ces espèces ne disparaissent pas.
En réponse à des questions, le représentant de la Commission a dit qu'entre trente et cinquante navires étaient concernés. En France, il y a deux ou trois navires qui utilisent le chalut de fond. D'après la Commission, les scientifiques estiment que le chalutage de fond pose des problèmes. « On peut utiliser les fonds européens pour la pêche pour passer du chalutage de fonds à la pêche avec des palangriers », a encore dit la Commission. Le rapporteur sur le sujet est Kriton Arsenis (S&D, grec). Une audition pourrait avoir lieu en janvier 2013. (LC)