Bialystok, 04/10/2012 (Agence Europe) - Les régions périphériques maritimes parlent à l'unisson pour défendre le budget de la Politique de cohésion, en dépit des positions soutenues par leur État central dans les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP). Les préoccupations dont elles font part aux décideurs européens, sont doubles: les coupes dans les fonds structurels, et la disparition de la catégorie de régions 'en transition'. Pour éviter ces cas de figure, elles comptent faire pression sur leur gouvernement national, et peuvent compter sur un allié de taille: la Commission européenne qui campe sur ses positions.
Réunis à Bialystok (Pologne) depuis mercredi, les présidents des régions périphériques et maritimes (CRPM) d'Europe n'ont qu'un mot à la bouche: 'Budget', alors que les négociations sur le CFP s'intensifient et pourraient culminer fin novembre lors d'un sommet européen extraordinaire. La tendance étant aux coupes budgétaires, la Politique de cohésion est dans le viseur des pays contributeurs nets qui prônent le 'mieux dépenser'. Ce que reconnait le directeur général de la DG budget à la Commission européenne (CE), Hervé Jouanjean: « La chanson que l'on entend autour de la table du Conseil, c'est qu'il faut une coupe de 100 milliards au minimum de la proposition de la Commission, cela représente environ 10% du montant proposé. » Une situation que déplore le président de la CRPM, le Français Jean-Yves Le Drian. « Des États membres se sont manifestés, y compris le mien, pour des coupes conséquentes dans le budget européen », a admis celui qui est à la fois ministre de la Défense et président conseiller régional pour la Bretagne.
Rejet unanime des réductions. À Bialystok, tous craignent que la cohésion soit la variable d'ajustement. Or les régions mettent en garde les États membres qu'ils se tireront une balle dans le pied: « On ne peut pas le matin louer la cohésion, et le soir en réduire les moyens », déplore M. Le Drian, pour qui « la Politique de cohésion ce n'est pas une politique d'assistance sociale, c'est une politique de solidarité active qui accompagne la compétitivité ». C'est surtout une politique d'investissement comme le rappelle le président du Comité des régions, Ramón Valcarcel Siso, à la tête aussi de la région de Murcie. Selon lui, réduire les fonds à la cohésion est «une proposition dangereuse, d'autant plus dans la situation actuelle ». Et d'ajouter: « La moitié des investissements dans les États membres sont financés par les fonds structurels. Sans les fonds structurels, les États membres ne peuvent se les permettre, il y alors un gel du développement économique. » Le commissaire européen à la Politique régionale, Johannes Hahn, ne comprend pas les coupes demandées. Plaidant pour un accord politique rapide sur le CFP, il espère bien que les prochaines discussions démontreront que les coupes ne sont pas aussi importantes que ce qui a été annoncé.
Lobby auprès des États centraux. M. Le Drian a exhorté ses partenaires à « veiller auprès de leurs gouvernements à faire en sorte que cela bouge ». Les régions des contributeurs nets ne partagent pas nécessairement les positions de leur État central, comme l'affirme une région du nord des Pays-Bas. Au nom de la présidence du Conseil de l'UE, le vice-ministre chypriote des Affaires européennes, Andreas Mavroyannis, a estimé nécessaire de « faire comprendre aux gouvernements les dangers de cet exercice et (les) contradictions de la proposition ». M. Jouanjean n'a pas perdu tout espoir: « Tout est sur la table, rien n'est gagné mais rien n'est perdu », et « c'est là que vous, les politiques, aux niveaux régional et local vous devez prendre vos responsabilités vis-à-vis de vos autorités nationales, et passer les messages appropriés ». Ce message, M. Hahn le porte de longue date. Il a d'ailleurs estimé que l'action des régions portait déjà ses fruits, voire n'était pas toujours nécessaire selon la nature de l'interlocuteur. Il venait de rencontrer le Premier ministre polonais, Donald Tusk, dont le pays plaide pour des fonds substantiels aux politiques européennes de cohésion.
Mobilisation pour les régions en transition. Les régions périphériques et maritimes exhortent, par ailleurs, à la prudence au sujet des dotations pour les régions dites en transition, une catégorie introduite par le récent paquet 'cohésion'. Les pays qui défendent cette catégorie sont peu nombreux si bien que, dans le cadre des négociations sur le CFP, elle risque de passer à la trappe. Pour M. Le Drian, il ne faut pas que les « catégories de régions plus développées ou en transition se voient dépourvues de moyens communautaires pour faire face à la crise ». M. Jouanjean admet qu'« il y (avait) là un débat qui a commencé et qui, à mon sens, nous conduira jusqu'au niveau des chefs d'État et de gouvernement ». Optimiste, il a vu « des possibilités pour que ça passe, la décision se (prenant) très tard, lorsqu'il y aura des arbitrages à faire ». Le commissaire Hahn est au contraire intransigeant sur le sujet: « L'écart entre les régions les moins développées et les plus développées dépasse ce qui est exprimé par des chiffres. Nous avons besoin d'un catégorie intermédiaire qui le reflète ». Reconnaissant que les régions dites en transition suédoises, britanniques, françaises, ou néerlandaises étaient très actives pour défendre leurs intérêts, il a indiqué qu'il rencontrerait les représentants de ce type de régions la semaine prochaine. (MD)