Bruxelles, 04/10/2012 (Agence Europe) - Les 145 réacteurs hébergés dans l'UE, en activité ou en cours de déclassement, passent avec succès les tests de résistance. Si un niveau élevé des normes de sûreté est confirmé, des améliorations devront être apportées. La facture pourrait atteindre 30 milliards d'euros.
Aucune fermeture nécessaire. Après 18 mois de travaux, la Commission européenne a adopté puis dévoilé, jeudi 4 octobre, son rapport final sur les tests de résistance (stress tests) des centrales du parc nucléaire européen - mais aussi de pays voisins, la Suisse et l'Ukraine - à des événements naturels extrêmes (séisme, inondations…) et à diverses défaillances techniques entraînant la perte des fonctions normales de sûreté des installations, à la lumière de l'accident survenu à Fukushima, au Japon, en mars 2011. Était également évaluée la capacité des centrales à faire face à des accidents graves. « De façon générale, la sûreté de nos centrales nucléaires est satisfaisante. Aucune centrale ne devrait être arrêtée. Mais presque partout, il y a un potentiel d'amélioration important », a résumé le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger.
Des centaines de carences, presque partout. Les tests ont fait apparaître plusieurs domaines où les normes internationales les plus élevées préconisées par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et les meilleures pratiques ne sont pas appliquées en totalité par l'ensemble des États membres. Ainsi, face au risque de séisme, les normes récentes de calcul du risque sismique n'ont pas été prises en compte dans la conception de 54 des 145 réacteurs (37%). De la même manière, face au risque d'inondation, les normes récentes de calcul du risque font défaut dans la conception de 62 des réacteurs du parc européen (43%). Dans les deux cas, le calcul du risque devrait être basé sur une période de 10 000 ans et non sur les périodes bien plus courtes parfois utilisées. Les tests ont aussi prouvé que, malgré un niveau d'exposition faible, le niveau minimal de risque sismique internationalement recommandé n'a pas été respecté dans les études du risque sismique de 65 réacteurs (45%). Sont aussi pointées du doigt les insuffisances du parc européen relatives à la protection des équipements de secours destinés aux interventions d'urgence en cas d'accident grave: dans 81 réacteurs, ces équipements ne sont pas entreposés dans des locaux protégés. Des instruments sismiques in situ pour mesurer et donner l'alarme en cas de risque de séisme font défaut ou devraient être améliorés dans 121 réacteurs (83%). En cas d'inaccessibilité de la salle principale de commande du fait d'un accident, une salle de commande de secours fait défaut dans 24 réacteurs (17%).
Jusqu'à 30 milliards d'euros de travaux. S'il ne préconise donc aucune fermeture de réacteurs, le rapport de la Commission évalue entre 10 et 25 milliards d'euros le coût de la mise à niveau immédiate des centrales européennes, soit un coût de 30 à 200 millions par réacteur. Avec un parc nucléaire abritant 19 centrales et 58 réacteurs (40% du parc européen), la France figure évidemment en première ligne.
Mise en conformité pour 2014. Une fois transmises au Conseil européen, ces recommandations - non contraignantes - devront être suivies de plans d'action nationaux assortis de calendriers de mise en œuvre, que les autorités nationales de sûreté devront élaborer d'ici fin 2012. Ces plans d'action feront l'objet d'une évaluation par les pairs début 2013, l'idée étant de vérifier l'application cohérente des recommandations de la Commission, qui dressera un nouveau rapport pour juin 2014, en partenariat avec le groupe européen des régulateurs nucléaires nationaux (ENSREG).
La sécurité nucléaire évaluée en parallèle. Après un premier examen conclu fin octobre 2011 par les exploitants, la sûreté des centrales nucléaires hébergées dans l'UE a fait l'objet, dans une deuxième phase, d'une évaluation par les autorités nationales de sûreté, conclue en décembre 2011. Dans une troisième phase, les évaluations nationales ont fait l'objet d'un examen par les pairs (peer-review), conduit par des experts d'autres États membres et de la Commission, sous la coordination de l'ENSREG. Si les questions liées à la sécurité nucléaire - chute d'avion, attaque terroriste, acte de malveillance - ont été évaluées en parallèle, mais séparément, dans le cadre des travaux d'un groupe ad hoc du Conseil, dont les conclusions ont été remises en juin dernier (EUROPE n° 10628), seul le cas d'un accident d'avion a été pris en considération, dans une certaine mesure, lors des tests de résistance.
Réviser l'arsenal juridique. En sus des tests de résistance, l'exécutif européen proposera d'ici le printemps 2013 une révision du cadre juridique européen en matière de sûreté nucléaire, que régit une directive de 2009. Les modifications proposées porteront principalement sur les exigences de sûreté, le rôle et les prérogatives des autorités nationales de sûreté, la transparence et le suivi. Le commissaire Oettinger veut aussi mettre sur la table en 2013 des propositions sur l'assurance et la responsabilité dans le domaine nucléaire, et sur les niveaux maximaux admissibles de contamination radioactive dans les denrées alimentaires. (EH)