Plusieurs événements qui suscitent en ce moment des débats très vifs et retiennent de façon particulière l'attention des opinions publiques relèvent de la compétence communautaire ; les positions purement nationales ont un poids limité. Qui en est conscient ? Qui l'a vraiment compris et en tient dûment compte ?
Des OGM au gaz de schiste. Le premier exemple concerne la polémique virulente autour de certains OGM (organismes génétiquement modifiés): les médias en parlent et les gens en discutent, en ignorant trop souvent que c'est un dossier européen et que c'est une agence communautaire qui en a délibéré depuis le départ (prenant des décisions qui sont à présent vivement contestées); c'est d'ailleurs une parlementaire européenne, Corinne Lepage, qui conduit la révision de dispositions actuellement en vigueur. Mais ce n'est pas un cas isolé. C'est l'UE qui délibère sur l'exploitation du gaz de schiste ; c'est dans l'UE comme ensemble qu'on étudie une solution globale aux problèmes de l'acier ; c'est l'UE encore qui prépare des règles communes pour l'accueil des demandeurs d'asile. Heureusement, notre bulletin est là pour expliquer les compétences européennes et la gestion commune de ces différents dossiers.
Dans le dossier le plus spectaculaire, celui du maïs génétiquement modifié produit par la société américaine Monsanto, notre bulletin a fait état des critiques sévères dont une agence de l'UE (l'EFSA, Autorité européenne de sécurité des aliments) a été l'objet. C'est dans le cadre communautaire, et non ailleurs, que des mesures efficaces peuvent à présent être prises ; la France a demandé de suspendre l'autorisation d'importer dans l'UE le maïs concerné (EUROPE n° 10693). Entretemps, les images des rats défigurés par le maïs transgénique, étouffés dans leurs tumeurs, qui avaient déjà paru dans quelques hebdomadaires, viennent d'être diffusées à la télévision ; le livre « Tous cobayes ! » du professeur Gilles-Eric Séralini sera bientôt dans les librairies et le film « Tous cobayes ? » de Jean-Paul Jaud dans les salles. Monsanto avait effectué des analyses avant d'obtenir l'autorisation de diffuser en Europe son maïs transgénique NK603, mais ses tests s'arrêtaient au troisième mois de vie du rat ; et c'est justement après trois mois que commençaient à apparaître les anomalies constatées par le prof. Séralini. Un hasard, ou bien Monsanto le savait ? On voit la gravité des accusations.
Des intérêts colossaux sont en jeu, ainsi que la crédibilité d'une agence communautaire (installée à Parme) et, en premier lieu, la santé publique. Compte tenu des délais nécessaires pour les nouvelles analyses, je crois que les demandes suivantes de Corinne Lepage devront être pour l'essentiel suivies: suspendre l'utilisation du NK603 dans l'UE ; généraliser les tests de 2 ans sur les rats ; nommer un comité d'experts indépendants ; inclure des représentants de la société civile dans les panels ; associer le Parlement européen au choix des responsables des différents panels et lui attribuer un droit de veto à l'égard d'un expert dont l'indépendance pourrait être mise en cause. C'est l'UE elle-même qui doit faire toute la clarté.
Je serai schématique à propos d'autres cas d'actualité: a) énergie. L'exploitation du gaz de schiste devrait se situer au sein d'une politique commune de l'énergie qui, toutefois… n'existe pas. En l'attendant, la commission Environnement du Parlement européen demande que même la simple exploration du schiste bitumineux et du gaz de schiste soit encadrée dans des réglementations solides ; mais la majorité de la commission Énergie estime que chaque pays de l'UE a le droit de décider s'il entend exploiter son gaz de schiste, en se limitant à réclamer des règles solides. Au niveau mondial, les opinions ne sont pas uniformes ; pour les États-Unis, on le sait, le gaz de schiste représente une arme essentielle pour se libérer du chantage des pays pétroliers et réduire le coût de l'énergie. Il est essentiel que l'Europe dispose de règles valables pour tous les États membres; b) asile. L'accueil des demandeurs d'asile aux frontières extérieures de l'UE doit de toute évidence répondre à des normes communes, si l'on veut sauvegarder la libre circulation des personnes sans contrôles aux frontières internes ; c) acier. Les batailles d'un État membre isolé ne peuvent avoir aucune efficacité, une action communautaire est indispensable.
Conclusion. L'UE est protagoniste dans tous les aspects de la vie des Européens. Celui qui trop facilement parle d'en sortir, ou d'en limiter les compétences, n'est pas conscient de la réalité. Certes, les décisions nationales subsistent, conformément à l'orientation visant à faire de l'Europe une Fédération d'États-nations, chaque pays gardant sa nature, ses traditions, son mode de vie. Mais c'est de plus en plus ensemble que doivent être définies les orientations et les décisions qui permettront à l'Europe de jouer un rôle dans le monde.
(FR)