Bruxelles, 27/06/2012 (Agence Europe) - Si la Confédération européenne des syndicats (CES) considère que le Conseil européen des 28 et 29 juin sera crucial, elle n'en reste pas moins sceptique quant à ses résultats. Parmi toutes les revendications des syndicats, qui sont consignées dans leur proposition pour « un contrat social pour l'Europe », la stabilisation de la zone euro, à travers des interventions directes et un champ d'action élargi de la Banque centrale européenne (BCE) et du mécanisme européen de stabilité (MES), ressort comme étant la mesure la plus urgente et la plus attendue.
Les propositions de la CES ne sont pas nouvelles. Elles ont été préparées en juillet 2011 et apparaissent sous la forme d'un « contrat social » pour l'UE. Le seul élément véritablement nouveau, comme l'a souligné François Chérèque, secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), durant une conférence de presse de la CES, mercredi 27 juin à Bruxelles, c'est que pour la première fois tous les syndicats européens parlent d'une seule voix pour s'exprimer en faveur d'une plus grande intégration européenne des politiques sociales.
Une fenêtre est ainsi ouverte pour pouvoir « reformuler », du moins en partie, le modèle social européen, a souligné Ignacio Fernández Toxo, président de la CES. L'objectif est de préserver certains fondamentaux qui constituent justement la colonne vertébrale du « contrat social » en question. En effet, la déconstruction des codes de réglementation des marchés de l'emploi est en route dans la plupart des États membres. Même si c'est une pratique que la CES ne cesse de dénoncer, elle fait partie aujourd'hui des voies privilégiées pour relancer la croissance, en tentant d'augmenter la compétitivité des marchés européens.
Ces fondamentaux du modèle social européen sont regroupés en trois points: des négociations collectives libres et le dialogue social doivent être garantis, tant à l'échelle européenne qu'au niveau national ; une gouvernance économique et des politiques de relance de la croissance établies en collaboration avec les partenaires sociaux ; mise en œuvre d'une justice économique et sociale (fiscalité redistributive et progressive sur les revenues et la fortune, limiter la spéculation financière, égalité des salaires homme/femme).
Mais l'approche actuelle va dans le sens opposé, d'où l'appel à un changement radical de cap. Les solutions proposées par les dirigeants européens pour sortir l'UE de la crise peuvent, selon la CES, se résumer au mariage des mesures d'austérité avec une absence continue d'une véritable gouvernance commune des politiques économiques. Cela équivaut à une « dynamique suicidaire de l'Europe », selon M. Toxo. D'autant plus que les remèdes qui sont proposés par la Commission européenne ne sont pas seulement inefficaces, mais sont même nocifs.
La dérégulation des marchés de l'emploi figure parmi ces remèdes. Or, c'est une pratique où l'Irlande excelle et « c'est difficilement une formule de succès », pour David Begg, secrétaire général du Congrès irlandais des syndicats (ICTU), qui a souligné ensuite que le chômage est aujourd'hui important (14,2%) et les prévisions restent préoccupantes. La situation est similaire en Grèce. La diminution de près de 25% du PIB depuis 2009 ne peut pas être mise dans la case d'une simple récession. Nous sommes dans une « récession de temps de guerre », a dit Yannis Panagoupoulos, présidente de la Confédération générale grecque du travail (GSEE). En cela, le Grèce et l'Irlande constituent un terrain d'expérimentation. Les politiques qui y sont appliquées sont un modèle que la Commission souhaiterait exporter dans d'autres États membres, même si celles-ci, après plusieurs années de crise, ont prouvé, dans les meilleurs des cas, leur inefficacité, prévient la CES. (JK)