Bruxelles, 27/06/2012 (Agence Europe) - L'UE doit se donner les moyens de rester attractive pour les migrants hautement qualifiés des pays tiers et résoudre rapidement ses problèmes si elle ne veut pas voir ses principaux concurrents, Chine en tête, drainer toute cette jeune main d'œuvre. C'est la mise en garde qu'a adressée jeudi 27 juin à Bruxelles le secrétaire-général de l'OCDE (l'Organisation de coopération et de développement économiques), Angel Gurria, à l'occasion de la présentation du rapport annuel 2012 sur les tendances migratoires internationales. Un défi d'autant plus important à relever que d'ici à 2015 le niveau de migrations vers les pays de l'OCDE ne devrait pas être suffisant pour maintenir la population en âge de travailler dans de nombreux pays et tout particulièrement dans l'UE, a averti Angel Gurria.
Dans son rapport, l'OCDE note que si la part des ressortissants asiatiques dans les flux migratoires vers les pays de l'OCDE a augmenté d'environ 10% en 10 ans, passant de 27% à 31% entre 2000 et 2010, l'Asie « créé et propose désormais davantage d'emplois intéressants », explique l'Organisation et « attire un plus grand nombre de travailleurs qualifiés venant d'autres régions du monde ». À long terme, les pays de l'OCDE, dont les 27, pourront moins facilement compter sur ce flux régulier de migrants qualifiés, a encore prévenu l'OCDE. Pour Angel Gurria, présent à Bruxelles la veille du Conseil européen, il est donc particulièrement important que les 27 prennent des « mesures décisives » et rétablissent leur compétitivité et leur attractivité.
L'Organisation a plus globalement observé dans sa publication une légère reprise en 2011 des flux migratoires vers les pays de l'OCDE, cela après un tarissement directement lié à la crise financière et économique pendant les années 2008, 2009 et 2010. Les flux migratoires vers le bloc avaient diminué de 2,5% en 2010 par rapport à 2009, représentant environ 4,1 millions de personnes. Les migrations à destination des États-Unis avaient chuté à cette période d'environ 8% et de l'ordre de 3% pour les pays européens de l'OCDE. Les flux intra-européens avaient également diminué, s'expliquant moins par des politiques migratoires restrictives des États membres que par le déclin de la demande de main d'œuvre, a encore expliqué Angel Gurria. Toujours en 2010, le nombre de migrants avait en revanche augmenté de plus de 10% vers le Canada, la Corée et le Mexique.
Parmi les autres enseignements, l'émigration en provenance des pays de la zone euro les plus touchés par la crise, entre les pays du Sud - Grèce, Espagne, Italie ou Portugal - et l'Irlande, n'a pas été aussi forte qu'anticipée, cette émigration ayant « bien eu lieu » mais étant restée somme toute assez modeste. Les départs d'autochtones ont également été assez faibles, poursuit le rapport, sauf en Irlande où les obstacles linguistiques à l'émigration sont peut-être moins importants.
La reprise des migrations constatée en 2011 reste cependant fragile, a expliqué l'OCDE, et se heurte aussi de plus en plus à des discours politiques plus durs qu'auparavant, les pays de l'Organisation dont ceux de l'UE devant composer avec des taux de chômage particulièrement élevés rendant de ce fait les questions d'immigration particulièrement sensibles pour les opinions publiques. C'est l'un des paradoxes qu'a voulu soulever la commissaire européenne Cecilia Malmström, le climat politique vis à vis de l'immigration devenant de plus en plus difficile et l'UE ne parvenant pas non plus pour autant à combler certains besoins spécifiques, ni à trouver en Europe les travailleurs qualifiés dont elle a besoin.
Le commissaire en charge de l'emploi et des affaires sociales, Laszlo Andor, présent également à cette présentation, a insisté sur la réalité actuelle des personnes immigrées en Europe, touchées beaucoup plus que les autres par le chômage et sur-représentées dans les catégories de population dites 'vulnérables', ce qui « soulève un tas de questions », en terme d'intégration des migrants, d'éducation, a dit le commissaire.
Dans les pays de l'OCDE, le taux de chômage des personnes nées à l'étranger avait ainsi augmenté de 4 points de pourcentage entre 2008 et 2011 contre 2,5 points pour les autochtones et dans la majorité des pays, les immigrés contribuent pour « une part allant de 14 à 30% à la hausse du chômage de longue durée », selon le rapport. (SP)