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Bulletin Quotidien Europe N° 10643
ÉCONOMIE -FINANCES - ENTREPRISES / (ae) conseil europÉen

Affronter l'urgence et préparer l'avenir

Bruxelles, 27/06/2012 (Agence Europe) - Crisis as usual. Les leaders européens, réunis ces jeudi et vendredi à Bruxelles, devront à nouveau affronter l'urgence, matérialisée par de nouvelles envolées des coûts de refinancement des dettes espagnole et italienne et les demandes formelles d'aide formulées par Madrid et Chypre. Ils réfléchiront à la manière de sortir de la crise systémique dans laquelle la monnaie unique est plongée, en jetant les jalons d'un renforcement à moyen terme de l'Union économique et monétaire (UEM).

À l'apéritif, les Vingt-sept plancheront sur le futur cadre financier pluriannuel (voir autre nouvelle). Dans sa lettre d'invitation, le président du Conseil européen M. Van Rompuy demande que les interventions de chaque pays, qui ne devront « pas dépasser 2 ou 3 minutes », se concentrent sur la façon dont le budget européen peut contribuer à la croissance, notamment en l'alignant davantage sur la stratégie 'EUROPE 2020'.

En entrée, les leaders adopteront le Pacte pour la croissance réclamé avec insistance par la France depuis l'élection en mai de M. Hollande. Contrairement aux promesses de campagne du nouveau président français, ce plan d'action ne semble pas avoir un lien juridique quelconque avec le Pacte budgétaire signé à 25 pays, symbole de l'austérité budgétaire promue par l'Allemagne. Il requiert une mise en œuvre des recommandations macroéconomiques de la Commission européenne, un approfondissement du marché intérieur (services, numérique). Côté financement, une enveloppe correspondant à 1% du PIB de l'UE (120-130 milliards d'euros) est avancée en faisant notamment la somme des montants mobilisables pour stimuler le financement de grands projets d'infrastructure grâce à l'augmentation de 10 milliards d'euros du capital de la BEI, aux 'project bonds' et à la reprogrammation des fonds structurels.

Crise de la dette souveraine. Le véritable plat de résistance du Conseil européen, c'est la crise de la dette souveraine. L'Eurozone est tiraillée entre les pays les plus en difficulté qui réclament des actions immédiates pour éteindre les départs de feux et d'autres, en position de force, qui réclament un projet de long terme impliquant des abandons de souveraineté en échange d'une solidarité accrue. « L'avenir de l'euro dépend de décisions à court et à long termes », a déclaré le président de la Commission M. Barroso, prenant la défense de « méthode communautaire », mercredi 27 juin après sa rencontre avec le président du PE M. Schulz.

Selon le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, « le sujet le plus urgent, c'est celui du financement » des dettes publiques. Malgré l'aide maximale de 100 milliards d'euros promise par l'Eurogroupe pour recapitaliser le secteur bancaire espagnol, la prime de risque sur la dette de l'Espagne continue à grimper. Madrid milite pour une modification des compétences des fonds européens de sauvetage afin que leurs prêts aillent directement à un secteur financier à la peine sans alimenter les dettes publiques. Prêt à négocier à Bruxelles jusqu'à dimanche si nécessaire, le Premier ministre italien Mario Monti est d'avis que les fonds de sauvetage pourraient servir à racheter des titres de dette des pays qui font les réformes et dont les fondamentaux économiques ne justifient pas des coûts de refinancement aussi élevés sur leur dette. La France caresse l'espoir que le Mécanisme européen de stabilité dispose d'un accès illimité aux liquidités de la BCE. Les propositions de Rome et Paris (un peu moins celle de Madrid ?) constituent des lignes rouges pour Berlin.

UEM. Au-delà de l'urgence, les leaders plancheront sur l'opportunité de renforcer l'UEM à moyen terme sur la base du document publié mardi par M. Van Rompuy (EUROPE n°10642). Le sujet sera abordé une première fois à Vingt-sept jeudi soir au dîner et de nouveau vendredi lors du sommet de la zone euro.

S'attendant à un sommet riche en controverse, la chancelière allemande Angela Merkel a plaidé pour « des solutions durables, pas un feu de paille, » aux dysfonctionnements structurels de l'euro, mercredi devant le Bundestag avant d'être reçue le soir même à l'Élysée par M. Hollande. L'Allemagne plaide pour un transfert de compétences au niveau européen en matière budgétaire et économique. La première économie de la zone euro se refuse à soutenir financièrement un pays ou une banque étrangère si elle n'a pas, de près ou de loin, un droit de regard sur la politique budgétaire de ce pays ou sur les activités de cette banque. Pour Berlin, le renforcement de l'UEM doit s'opérer dans cet ordre: plus de contrôles d'abord, plus de solidarité peut-être ensuite. Devant le Bundestag, la chancelière a d'ailleurs estimé contre-productifs et contraires à la constitution allemande les instruments financiers de solidarité (euro-obligations, eurobills, fonds de rédemption). Cet ordre de priorité n'est pas partagé par tous. La semaine dernière à Rome, M. Hollande avait prévenu: pas de transferts de compétences sans solidarité supplémentaire. Pour la Commission aussi, il faut agir en parallèle.

Mon rapport n'est pas un document final à être adopté vendredi par le Conseil mais « je m'attends à ce qu'une orientation commune sur la façon d'aller de l'avant pour renforcer l'UEM », a indiqué M. Van Rompuy. La nécessité d'aboutir à un système européen de supervision bancaire, avec une autorité unique et des régimes communs de résolution et de garantie des dépôts, apparaît plutôt comme un sujet conflictuel entre pays de la zone euro et le Royaume-Uni, qui défendra bec et ongles le leadership de la City. Reste à savoir si toutes les banques seront concernées ou seulement celles considérées comme systémiques et si la BCE agira en tant que superviseur unique, une position prônée par Paris et Berlin. Autre grand chantier de l'avenir de l'UEM: l'adhésion des peuples européens à cette démarche d'intégration à marche forcée et en temps de crise. (MB)

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