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Bulletin Quotidien Europe N° 10623
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Étapes préparatoires, objectifs et signification du sommet des 28 et 29 juin

Le consensus sur les grands principes n'est pas suffisant. L'unanimité qui se forme progressivement sur les objectifs fondamentaux du Conseil européen des 28 et 29 juin est indispensable mais elle n'est pas suffisante. Prenez le plus célèbre des éléments acquis, c'est-à-dire le parallélisme entre, d'une part, la discipline budgétaire avec l'élimination des déficits excessifs et, d'autre part, la relance économique. Le principe de ce parallélisme est accepté ; chaque force politique se vante même d'en être l'inventrice. Mais sa concrétisation réelle, c'est un autre discours… Jens Weidman, président de la Bundesbank (la banque centrale allemande) et membre du Conseil de la BCE a observé: « Se dire favorable à la croissance, c'est comme se proclamer partisan de la paix dans le monde ». Qui s'opposerait à cet objectif pacifique ? On voit pourtant ce qui arrive en réalité. Il en est de même pour le parallélisme cité: des adversaires de la relance économique, il n'en existe pas. Mais le rythme et les modalités de sa concrétisation font l'objet de polémiques sans fin.

Exemples éloquents. Mario Monti a suggéré que les investissements productifs, qui procurent des rentrées fiscales, soient exclus du calcul de la dette ; mais leur définition soulève tellement de problèmes qu'on ne sait pas par où commencer. Autre exemple: en Allemagne, pays largement régionalisé, le coût administratif des régions est très limité ; dans d'autres États membres, il s'élève à des milliards et des milliards d'euros ; pourquoi ne s'inspirent-ils pas au système allemand ? Troisième exemple, historique cette fois: les États membres qui avant la naissance de l'euro devaient supporter des taux d'intérêt très élevés pour se financer (Italie, Grèce, etc.) ont bénéficié d'un allégement extraordinaire en entrant dans la zone euro, car au départ les marchés appliquaient à l'euro des taux d'intérêt uniformes ; ils retrouveraient la même situation en absorbant leurs déficits. C'est un exemple lumineux d'interaction entre redressement budgétaire et réduction des dépenses.

Dans un domaine différent, la Commission européenne insiste pour que le Conseil lui confie la négociation avec la Suisse sur le régime des capitaux originaires d'un pays de l'UE déposés dans les banques suisses. M. Barroso fait valoir que l'avantage pour les finances de l'UE serait considérable ; tous les États membres sont d'accord pour qu'il négocie, sauf l'Autriche et le Luxembourg ; c'est une divergence à aplanir.

Suggestion anticrise de Mme Merkel. Dans un cadre plus général, un hebdomadaire allemand a publié ce qu'il a qualifié de « plan Merkel pour la croissance », visant à faciliter et stimuler la croissance économique dans les pays de la zone euro actuellement en difficulté. La chancelière suggère de créer dans ces pays des zones économiques spéciales où des allégements fiscaux et des législations simplifiées encourageraient les investissements ; les contrats de travail y seraient simplifiés et leur rupture serait plus aisée.

Ce projet pourrait être présenté à la rencontre préliminaire de Rome à laquelle Mario Monti a invité la chancelière allemande, le président français et quelques autres personnalités communautaires, Elle se déroulera, on le sait, après l'élection du parlement français et surtout après les nouvelles élections en Grèce ; à ce moment on y verra plus clair, et il sera possible de coordonner certaines orientations.

Influence profonde sur la nature même de l'UE. Il ne faut jamais perdre de vue que les orientations à première vue techniques ou économiques auront en fait une influence profonde sur la nature elle-même de l'UE et sur son fonctionnement futur. Selon plusieurs observateurs, les structures européennes qui étaient efficaces pour une CEE composée de 6 ou de 10 pays sont inadaptées à une Europe à 27, hétérogène et sans ambitions vraiment communes. On revient donc à l'Europe à deux vitesses, que cette rubrique considère depuis longtemps comme inéluctable, non pas dans le but d'exclure l'un ou l'autre État membre des évolutions futures, mais parce que certains États membres, à partir du Royaume-Uni et de la Hongrie, ne partagent pas les objectifs d'intégration implicites dans la zone euro.

La structure et le fonctionnement institutionnel de cette Europe future ne doivent pas être définis fin juin ; ils demandent du temps, des négociations difficiles et la révision des traités ; mais les décisions imminentes seront largement influencées par cette perspective. Les autorités européennes responsables du monde de la finance en sont elles aussi conscientes. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, a déclaré: « Les gouvernements des pays de la zone euro doivent définir ensemble, et de manière irréversible, leur vision de la construction politique et économique qui sera à la base de la monnaie unique ». Le Sommet de fin juin en sera sans doute conscient.

(FR)

 

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