Bruxelles, 15/05/2012 (Agence Europe) - Le Conseil décidera du rôle de l'Union européenne en Afghanistan après que la communauté internationale aura défini une « vision globale de (son) engagement » pour la période post-2014. Il en sera ainsi pour l'aide financière européenne, qu'elle soit dédiée aux programmes d'aide humanitaire et de développement ou destinée à financer les forces afghanes de police. Tels sont les enseignements sur l'Afghanistan émanant du Conseil Affaires étrangères qui s'est tenu lundi 14 mai.
En attente d'un engagement de la communauté internationale. Une « vision globale » pour l'Afghanistan devrait être délivrée dans les prochains mois, avec trois réunions successives de la communauté internationale: sommet de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à Chicago les 20 et 21 mai, réunion à Kaboul le 14 juin sur la coopération régionale et à Tokyo le 8 juillet sur le développement civil et économique. L'objectif premier est de déterminer la forme que prendra le soutien international aux autorités afghanes, tant sur le plan économique que militaire, après le départ de la Force internationale d'assistance et de sécurité (ISAF) en décembre 2014. Pour les vingt-sept ministres européens réunis à Bruxelles, il est crucial de s'assurer, à l'occasion de conférences à venir, d'une parfaite « corrélation entre la sécurité et le développement à long terme en Afghanistan ».
Financement du fonds LOFTA. Sans encore s'engager formellement pour la période post-2014, le Conseil a néanmoins placé le secteur de la sécurité civile dans son champ d'action prioritaire. « La police civile restera la priorité de l'assistance de l'UE », probablement à travers une nouvelle extension de la mission de formation EUPOL et le maintien du financement du fonds spécial LOFTA (Law and Order Trust Fund for Afghanistan), qui permet de financer les forces afghanes de police. La Commission européenne s'apprête d'ailleurs à proposer une augmentation significative de son financement pour l'année 2013, le faisant passer de 46 millions à 75,7 millions d'euros, selon un haut responsable de l'UE. Les négociations avec le Conseil sont en cours. Quant à l'après 2014, le Conseil souhaite « aborder cette question à une date ultérieure », même si un accord de principe est déjà acquis.
Soutien à la police afghane. Le retrait progressif des forces étrangères de combat signifie que l'accent doit être mis sur la stabilisation et le maintien des zones reprises aux talibans. S'il reviendra à l'OTAN, selon toute vraisemblance, la tâche de continuer à former l'armée nationale afghane (ANA) après 2014, (une décision pour une nouvelle mission étant attendue au sommet de Chicago), le Conseil a tenu à rappeler que dans le processus de « planification dans le secteur de la sécurité », il est nécessaire de s'assurer que « la taille, la structure et la mission de police nationale afghane » soient en accord avec le besoin d'un « recentrage sur les capacités de la police civile et l'autorité de la loi ». La question du financement est certes décisive, mais, pour le Conseil, il est plus important de « garantir le professionnalisme et la qualité de la police afghane ». Et c'est justement le rôle d'EUPOL Afghanistan, dont l'objectif est de soutenir les autorités afghanes dans le domaine des opérations civiles de maintien de l'ordre. Cette mission a permis à ce jour de former environ 3500 policiers afghans. Toutefois, la mission peine à atteindre l'objectif initial de déployer 400 formateurs. Ils sont actuellement 350. À l'approche de la fin du mandat actuel (31 juillet 2012), une évaluation stratégique de la mission vient de démarrer et elle sera finalisée en juillet. À ce moment là, les Vingt-sept seront amenés à déterminer un budget et à présenter leur contribution en hommes pour le nouveau mandat.
La stratégie à long terme. Les États membres ont rappelé, lundi 14 mai, que l'UE allait continuer à soutenir l'Afghanistan à long terme, mais tout en se faisant l'avocat d'une « approche progressive, sous la forme d'une feuille de route, qui alignera les donateurs avec les priorités des programmes nationaux du gouvernement afghan, en fonction des progrès réalisés dans des domaines tels que la gouvernance et les droits de l'Homme ». Concrètement, les autorités nationales et locales afghanes devront s'assurer que les élections présidentielles et législatives seront à la hauteur de normes démocratiques. Elles devront entreprendre les efforts appropriés pour assurer l'établissement d'une « société civile active et indépendante » qui préserve les droits des femmes et des enfants, tout en garantissant l'indépendance du système judiciaire. Ces progrès seront « régulièrement évalués et examinés ». Les premières consultations ont commencé pour définir le rôle que devrait jouer l'UE au-delà de 2014. Le début des négociations a eu lieu le 14 mars dernier, avec l'envoi à Kaboul d'un avant-projet, dont le champ d'application est très vaste. Il englobe les droits de l'Homme, le commerce, le renforcement des capacités administratives, la lutte contre le trafic des stupéfiants et les questions de migration. Si tout se déroule « sans heurt », un accord sera peut-être trouvé d'ici la fin de l'année, a assuré un responsable de l'UE, tout en mettant en exergue qu'il s'agit « de la première fois dans l'histoire de l'Afghanistan que ses autorités s'engagent dans ce genre de négociations complexes ». Un tel accord encadrera les relations de l'UE avec l'Afghanistan pour les années 2014-2024, sans toutefois déterminer de contributions financières précises. Celles-ci feront l'objet d'accords bilatéraux additionnels. (JK)