Bruxelles, 08/03/2012 (Agence Europe) - Les ministres et représentants de ministres de l'Intérieur des 27 se sont accordés le 8 mars à Bruxelles sur le renforcement de la gouvernance de l'espace de libre circulation Schengen, adoptant des conclusions définissant les contours d'un « pilotage » politique de la zone. Cette décision aura d'abord un effet pratique puisqu'à l'avenir c'est le comité mixte, qui associe déjà tous les pays de l'UE et les pays associés de l'espace Schengen, comme la Suisse, l'Islande ou la Norvège, qui assurera cette gouvernance et discutera de toutes les difficultés observées dans la zone allant du respect de l'application des règles aux défis liées aux pressions migratoires en passant par la question des régimes de libéralisation et de facilitation des visas, dont les ministres pourront évaluer les effets. Ce comité mixte renforcé servira surtout à détecter les problèmes en amont, explique une source du Conseil, mais pas forcément à prendre des mesures radicales, comme par exemple la réintroduction de contrôles aux frontières intérieures.
Ces contrôles sont devenus possibles avec les propositions législatives faites par la Commission en septembre dernier, à la demande du Conseil, et les travaux du Conseil et du Parlement européen pourraient aboutir en juin prochain. Mais les discussions au sein de ce « Comix » devront justement permettre d'éviter ces mesures de dernier ressort, dit encore cette source. Ce comité renforcé devra se réunir au moins une fois par semestre et commencer dès le mois de juin 2012 à examiner un premier rapport/bilan de santé qui sera adopté par la Commission en mai.
En mettant en place ce « super » comité mixte, les États membres entendent essentiellement se prémunir des défaillances de certains de leurs partenaires, comme la Grèce par exemple, la principale porte d'entrée de l'immigration irrégulière dans l'UE via sa frontière avec la Turquie et qui, jeudi, a à nouveau fait l'objet de critiques. Les ministres se sont en effet penchés sur un rapport de la Commission détaillant les progrès d'Athènes, notamment en termes de régularisation des demandeurs d'asile, mais pointant aussi les points noirs, comme la situation humanitaire catastrophique dans la région d'Evros et le manque de personnel administratif pour pouvoir mettre le pays aux normes. Jeudi matin, la ministre autrichienne de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, a ainsi déploré lors d'une conférence avec son homologue allemand Hans-Peter Friedrich que la frontière gréco-turque soit comme une véritable porte ouverte et même « une porte de grange », rapportent plusieurs médias autrichiens. Et d'affirmer que le pays aurait besoin d'au moins 300 experts de plus pour se mettre aux normes.
Les partenaires de la Grèce s'agacent de ses lenteurs et de ses difficultés à bien utiliser les fonds de l'UE compétents qui lui sont versés. Mais ils s'agacent aussi du refus de la Turquie de signer avec l'UE un accord de réadmission de ses migrants. La Turquie souhaite obtenir des garanties et la promesse que sera entamé un dialogue de libéralisation des visas avant de s'engager sur cet accord de réadmission. Le problème devait d'ailleurs être discuté jeudi par les ministres. Au sein du Conseil, plusieurs voix s'élèvent, se divisant entre ceux qui seraient prêts à donner une promesse orale à la Turquie que ce dialogue aura lieu et ceux refusant absolument ce « chantage » turc, comme l'appelle une source européenne. Selon une autre source, l'Autriche et l'Allemagne seraient en l'occurrence particulièrement opposées à cette promesse orale. (SP)