Bruxelles, 08/03/2012 (Agence Europe) - À l'occasion de la journée internationale de la femme, jeudi 8 mars, le Parlement européen (PE) a décidé de prendre à bras le corps la problématique de l'inégalité salariale. Son président, Martin Schulz (allemand), a déclaré lors d'une réunion interparlementaire dédiée à ce sujet que c'était « une honte que les femmes soient moins bien payées que les hommes pour le même travail. Cela humilie tellement les femmes, nous devons tout faire pour mettre fin à cette inégalité ».
Sommé d'agir par un Eurobaromètre. Son indignation rejoint celle de sept Européens sur dix (69%) qui s'offusquent que l'écart persiste dans toute l'Union, comme le démontre un Eurobaromètre sur le sujet, commandité par le PE et publié précisément pour cette journée internationale. Via cet Eurobaromètre, les Européens avancent différentes solutions pour mettre fin à cette inégalité: faciliter l'accès à tous les types d'emplois (27%), pénaliser les entreprises qui ne respectent pas l'égalité des genres (26%), ou leur demander d'être transparentes quant à leur échelle de rémunération (24%) ; mais, surtout, la moitié des sondés (47%) préconise une action à l'échelle européenne.
Appels des députés. Les eurodéputés scandent également à l'occasion de cette journée dédiée aux femmes qu'il est en effet grand temps de remédier à cette discrimination salariale. Le groupe PPE, par la voix de son président Joseph Daul (français), et Mariya Nedelcheva (bulgare), coordinatrice au sein de la commission parlementaire chargée des droits de la femme et de l'égalité des genres (FEMM), souhaite que les autorités européennes prennent leurs responsabilités et développent des mesures concrètes et ciblées pour assurer l'application du principe « à travail égal salaire égal ». Les libéraux démocrates quant à eux acquiescent et vont plus loin en avançant des chiffres, Antonyia Parvanova (bulgare), coordinatrice de l'ADLE au sein de la même commission FEMM, demande « un objectif de salaire égal afin de réduire l'écart de rémunération entre les sexes de 10% dans chaque pays de l'UE. Il est temps d'arrêter les beaux discours et les déclarations, nous devons agir maintenant et respecter nos engagements ».
Constance Le Grip (PPE, française) appelle quant à elle à « une profonde remise en question» et milite pour le lancement d'une Initiative citoyenne européenne de femmes, (faisant référence à l'introduction par le Traité de Lisbonne d'un droit de pétition recueillant au minimum 1 million de signatures dans au moins 7 pays de l'UE), qui « pourrait donner l'occasion aux associations et aux réseaux de femmes en Europe de réclamer l'application effective des textes européens en matière d'égalité salariale ».
Plus de diplômées. Lors de la conférence au Parlement européen, beaucoup ont relevé le paradoxe de l'inégalité salariale à l'heure où 60% des diplômes universitaires sont décernés à des femmes. Agneta Stark, professeur d'économie en Suède, a expliqué que si les femmes n'étaient pas universitaires, elles gagneraient encore moins, car les hommes, même sans diplômes, continuent de gagner plus. Face à ces chiffres, Elisabeth Morin-Chartier, (PPE, française) se demande « combien de temps allons-nous accepter de financer des politiques de formation qui conduisent à de tels écarts ». Viviane Reding, la commissaire européenne en charge des droits fondamentaux a commenté cette situation de femmes mieux qualifiées: « Il y a des talents féminins qui existent, mais ces talents ne permettent pas d'avoir des emplois plus élevés ou de meilleures conditions de travail. La qualité et les talents de correspondent pas à ce que nous avons sur le marché du travail », regrette-t-elle. Mais, en un sens, plus de diplômées est une bonne chose, cela veut dire que les politiques européennes ont déjà porté leurs fruits reconnaît-elle. Il faut voir désormais pourquoi l'écart salarial persiste. Elle promet pour cela une analyse en 2013 de la mise en application de la directive sur le principe de l'égalité des chances et de l'égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d'emploi et de travail (2006/54/CE). (MD)