Bruxelles, 08/03/2012 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne est convaincue que ses deux opérations massives de refinancement bancaire contribuent à l'accalmie observée dans la crise de la dette souveraine. « C'est un succès indéniable. L'environnement s'est considérablement amélioré », a déclaré Mario Draghi, jeudi 8 mars à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de l'institution européenne qu'il préside. Les marchés sont « graduellement » en train de retrouver une certaine fluidité, même les marchés interbancaires vont « un petit peu mieux ». Il a observé « de nombreux signaux d'un retour de la confiance en l'euro », avec la réapparition d'investisseurs tels que des fonds d'investissement et de pension.
En décembre 2011 et février, deux opérations ont permis aux banques d'emprunter à très bon marché sur une durée très longue (3 ans) pour ses standards. La première opération a permis à 520 banques de lever près de 500 milliards d'euros (EUROPE n°10521), la seconde à plus de 800 banques de lever 530 milliards. Avant de décider si une troisième opération est nécessaire, la BCE souhaite analyser l'impact de l'exercice.
M. Draghi a constaté que la deuxième opération avait été suivie par un nombre important de petits établissements de crédit, plus de 400 d'entre eux installés en Allemagne. Tout n'ira pas aux PME mais « cet argent est plus près des PME qu'avant », a-t-il estimé. Le premier exercice aurait surtout servi à éviter la faillite d'une grande banque, tandis que le deuxième devrait permettre d'inciter les établissements de crédit à racheter des dettes souveraines et d'octroyer des crédits à l'économie réelle.
« La balle est maintenant dans le camp des gouvernements et des banques », a souligné l'ancien gouverneur de la Banca d'Italia. Aux premiers de poursuivre les réformes structurelles, aux secondes d'assainir les bilans et de soutenir la reprise économique. La BCE, qui a décidé - sans toutefois aborder le sujet jeudi - de maintenir inchangés ses principaux taux d'intérêt (1% pour la facilité de prêt), a d'ailleurs révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour 2012 et 2013. S'attendant à une « reprise graduelle dans le courant de l'année », elle a situé le PIB de l'Eurozone dans une fourchette située entre « -0.5% et 0,3% » pour 2012 et entre « 0% et 2,3% » pour 2013. Quant à l'inflation, elle devrait rester au-dessus de 2% en 2012, notamment en raison des prix énergétiques, pour retomber « en dessous de 2% début 2013 ». Pour la BCE, l'inflation dans l'Eurozone sera dans une fourchette située entre « 2,1% et 2,7% » pour 2012 et entre « 0,9% et 2,2% » pour 2013.
M. Draghi a réfuté les arguments selon lesquels les deux opérations de refinancement bancaire augmentent exagérément les risques inscrits au bilan de l'institution européenne et auraient un impact négatif sur les taux de change avec les monnaies de pays émergents. Le Brésil s'est inquiété de la relance d'une guerre des changes en raison des injections massives de liquidités de l'Institut de Francfort. Et le président de la BCE de rappeler la décision « unanime » du conseil des gouverneurs de lancer les deux opérations de refinancement bancaire, en réponse aux questions sur un possible isolement de la Bundesbank.
Pacte budgétaire. M. Draghi est convaincu que le Pacte budgétaire, signé à 25 États membres lors du Conseil européen de printemps, sera appliqué et fonctionnera. Pour les leaders européens, il est désormais « clair » que l'Union économique et monétaire ne peut marcher sans un abandon d'un certain degré de souveraineté budgétaire, a-t-il considéré. « Il ne peut y avoir un pays qui paie pour les autres. C'est ce à quoi sert le pacte budgétaire ». Quant à la taille appropriée du pare-feu européen, « il faut avoir confiance » dans le fait que les Européens produiront les efforts « adéquats », quoique lents, visant à aboutir à un niveau optimal. Les ministres des Finances de l'Eurozone étudieront, en mars, l'opportunité de combiner les 500 milliards d'euros du Mécanisme européen de stabilité et les 250 milliards restants du fonds de sauvetage provisoire. (MB)