Bruxelles, 08/03/2012 (Agence Europe) - L'UE doit arrêter de subventionner l'exportation de produits agricoles et doit diminuer sa dépendance à l'égard du soja importé utilisé pour la fabrication des aliments pour bétail, ont plaidé mercredi 7 mars plusieurs organisations, dont CONCORD et la Coordination européenne Via Campesina. Une déclaration commune en ce sens a été adoptée dans la perspective d'un débat qui aura lieu le 12 mars à la Commission sur les aspects internationaux de la politique agricole commune (PAC).
Selon ces organisations, malgré les réformes successives, l'UE continue d'exporter des produits agricoles à des prix en dessous des coûts de production en Europe. Il existe toujours des restitutions à l'exportation que l'UE utilise dans le cycle de Doha (discussions à l'OMC sur la libéralisation des échanges) comme un outil de négociation, « mais le problème vient surtout des produits exportés qui viennent des exploitations de l'UE qui touchent des paiements directs », font valoir les signataires de cette déclaration. En outre, regrettent-ils, depuis 1992 la PAC et l'OMC autorisent les industriels de l'agroalimentaire à acheter des produits agricoles européens à des prix en dessous des coûts de production et les entreprises d'exportation à exporter ces produits. Dès lors, les industriels de l'agroalimentaire bénéficient, indirectement, des paiements directs qui permettent aux paysans de vendre leurs produits en dessous des coûts de production.
« La légitimité internationale de la PAC est donc remise en question et les propositions sur la réforme de la PAC pour la période 2014-2020 ne répondent pas comme il conviendrait à ce problème », estiment ainsi CONCORD et Via Campesina. Ces organisations estiment dès lors que l'UE doit reconnaître que la demande mondiale croissante en aliments « ne justifie pas le fait de subventionner les exportations européennes ». L'objectif des politiques agricole et commerciale de l'UE ne devrait pas être de nourrir le monde, mais de permettre aux pays en voie de développement de se nourrir eux-mêmes et de respecter et protéger le droit à l'alimentation. La déclaration demande aussi un changement des règles commerciales internationales actuelles (accord de l'OMC datant de 1994) pour: - ne plus permettre d'exporter des produits à des prix se situant en dessous des coûts de production ; - autoriser les pays du sud à protéger leurs marchés des importations qui sont à des prix dérisoires.
Environ 1% du budget de la PAC est destiné aux restitutions à l'exportation, ce qui représente environ 430 millions d'euros. Les recommandations de ces organisations sont les suivantes: - l'UE devrait empêcher que des produits soient exportés en dessous des coûts de production européens (lorsqu'un produit exporté a bénéficié d'un soutien, la valeur du soutien doit s'ajouter à sa valeur à l'export ; - l'UE doit honorer ses engagements pris au niveau international en 2005 (à la ministérielle de l'OMC à Hong Kong) de supprimer ses restitutions à l'exportation d'ici à 2013, même si le cycle de Doha n'est pas conclu, ou d'interdire les exportations d'un produit précis dans un pays où la production de cette denrée est importante pour la sécurité alimentaire et la subsistance de sa population.
CONCORD et Via Campesina demandent que l'UE: - réduise la haute dépendance (80%) de son secteur de l'alimentation des animaux d'élevage à l'égard des importations de soja en provenance d'Amérique latine (comme demandé par le Parlement européen en 2011 dans un rapport sur la sécurité alimentaire), notamment en encourageant la production en Europe de légumineuses grâce à une rotation obligatoire des cultures ou à des mesures de développement rural encourageant ce type de productions. Enfin, il est demandé que la législation de l'UE contienne des dispositions obligeant la Commission à évaluer les effets de la PAC sur la sécurité alimentaire et l'agriculture dans les pays en voie de développement. (LC)