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Bulletin Quotidien Europe N° 10568
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

Concilier développement économique et démocratie

Bruxelles, 06/03/2012 (Agence Europe) - La situation économique sur la rive sud de la Méditerranée n'est pas « alarmante » mais plutôt « incertaine ». Jean-Louis Reiffers, directeur de Femise, réseau de 94 instituts de prévisions économiques consacrées à la région et qui mobilise environ 300 économistes, situe les difficultés actuelles dans les secteurs du tourisme et des investissements directs. Il ajoute à ce tableau « l'atonie de la croissance européenne et le fait que la demande externe ne puisse tirer les économies du Sud ». Les perspectives seraient fondamentalement meilleures à la condition que la situation politique et sociale se stabilise, grâce, dit-il, à un appui européen comme celui qui a servi en Europe de l'Est.

Il renvoie au rapport annuel de Femise qui rappelle que « jusqu'à l'année dernière, les pays partenaires méditerranéens étaient considérés comme s'étant relativement bien comportés en terme de performance économique face aux effets de la crise financière de 2008 ». Jusqu'à cette date, la région avait affiché une « croissance remarquable » de 5,2 % en 2008 (4,7% sur la période 2000-2007 contre 3,9 % en 1995-2000 mais une « chute » à 3,1 % en 2009 et une « remontée » à 4,9% en 2010). « Cela peut s'expliquer par la faible intégration financière de la région et la forte concentration des exportations méditerranéennes » dans quelques produits (pétrole, matériaux et industrie légère...). L'ouverture économique et les réformes engagées ont permis de « maintenir une dynamique de croissance au-dessus de la moyenne mondiale ». Un élan toutefois contrarié par les « révolutions ».

La « déprime » actuelle ne serait donc « que » politique: « après tout processus de changement démocratique, il y a un effet dit de 'courbe en J' (détérioration initiale suivi d'un redressement, ndlr) ». Cela signifie, selon M. Reiffers que « les anticipations des opérateurs » sont faibles et « les élites en place sont souvent discréditées par leurs liens avec les anciens pouvoirs et les nouvelles élites pas encore reconnues et opérationnelles ». Le résultat est une diminution de la croissance, une augmentation du chômage et une pression sur les budgets publics. Les mêmes phénomènes ont été « observés de façon sensible au moment de la transition des pays d'Europe de l'Est et ont mis cinq ou six années pour s'atténuer », rappelle-t-il. Cela a été possible, grâce à « une aide considérable de nos pays et des institutions internationales, chose qui paraît plus hasardeuse aujourd'hui ».

M. Reiffers ne cède cependant pas au pessimisme. Un « point positif » serait dans « l'acquis dans la régulation macroéconomique: les déficits budgétaires, bien qu'en augmentation rapide sont encore à des niveaux acceptables, les taux d'endettement extérieur feraient envie à la plupart des pays européens, l'inflation est sensiblement supérieure à celle dans l'UE mais encore contrôlée ». Il affirme que « le redressement passera par un projet » qui redonne la « confiance ».

Autre facteur positif, la relance de l'intégration régionale: « Du fait de la crise au Nord, les pays méditerranéens (bassin occidental, ndlr) semblent relancer l'Union du Maghreb arabe » ce qui est à son avis, une « très bonne chose, si l'on peut aller au-delà des questions liées à la sécurité car cela va renforcer la capacité de négociation de chacun, permettre grâce à un marché plus large des économies d'échelle pour les entreprises performantes et favoriser les migrations circulaires »

Que faire dans de telles conditions ? « La première recommandation est de ne pas rompre des équilibres macroéconomiques obtenus difficilement depuis trente ans en augmentant de façon excessive les dépenses publiques pour maintenir le calme ». Mais « créer des emplois publics pour la jeunesse par centaines de milliers est évidemment une solution qui ne va pas dans ce sens ». La marge de manœuvre de ces pays est « faible » face aux « impératives nécessités » qui se profilent. L'aide de l'UE « est donc indispensable ».

La seconde serait de « définir un horizon clair sur les cinq questions majeures: la démocratie comme valeur et pas seulement comme procédure avec le développement d'une véritable participation et une agence à haut niveau pour contrôler tout ce qui est appels d'offres, la sécurité alimentaire et le développement rural, l'emploi des diplômés, une régionalisation accélérée par une décentralisation et/ou une déconcentration allant jusqu'aux communes. En clair il faut une vraie vision, un appui international en particulier européen, et une adhésion de la société », soutient le patron de Femise. (FB)

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