Bruxelles, 20/02/2012 (Agence Europe) - Dans une position adoptée en fin de semaine dernière sur la future politique agricole commune (PAC), les présidents du COPA et de la COGECA estiment que les propositions de la Commission européenne sur la réforme, « qui imposent toujours plus de contraintes environnementales, vont menacer la capacité des agriculteurs à relever les défis », à savoir la sécurité alimentaire et contribuer à la croissance économique et à l'emploi. Ils critiquent surtout le verdissement et le plafonnement des aides.
Gerd Sonnleitner, le président du COPA a souligné que la réponse à apporter par la Commission consiste à « améliorer la productivité et l'efficacité de l'agriculture européenne ». Si l'agriculture de l'UE parvient à répondre positivement aux défis, « nous sommes convaincus que le grand public reconnaîtra que le coût de la PAC, c'est-à-dire moins de 1% des dépenses publiques européennes, représente un excellent investissement », selon lui. Les organisations agricoles critiquent surtout la proposition visant à 'verdir' 30% des aides agricoles. « Appliquer ces 3 mesures de manière uniforme à 13 millions d'exploitations n'est pas la meilleure manière d'obtenir des bénéfices environnementaux et aura en même temps pour conséquence une augmentation des coûts agricoles, une réduction de la production et des répercussions négatives sur les revenus déjà peu élevés des agriculteurs », explique le président du COPA. Le COPE-COGECA demande que la PAC se concentre sur des mesures en faveur de la croissance verte: des mesures qui soient favorables à l'environnement, tout en maintenant la capacité de production, l'efficacité et l'emploi. « Une liste européenne de mesures sera nécessaire afin que les agriculteurs puissent choisir sur la base de la situation de leur exploitation ».
Le président du COPA critique aussi les propositions de la Commission visant à plafonner les paiements directs, au motif que cela va « à l'encontre les objectifs de dynamisme et d'efficacité du secteur étant donné que cela pénalisera les exploitations qui ont amélioré leur structure ou qui souhaitaient le faire via des économies d'échelle ». « Nous saluons la proposition d'allouer les paiements directs de la PAC aux agriculteurs actifs mais nous estimons que les États membres devraient disposer de plus de flexibilité pour trouver la solution la plus appropriée », a ajouté Gerd Sonnleitner.
Le COPA-COGECA demande également un traitement « équitable et juste » des agriculteurs dans la redistribution du budget entre États membres, en tenant compte des différences de conditions. La proposition de la Commission d'avoir un paiement par hectare plus uniforme entre États membres aura des effets « extrêmement négatifs sur certains agriculteurs et ceux-ci auront besoin de plus de temps et de flexibilité pour s'adapter », selon le COPA-COGECA.
Alors que la volatilité augmente sur les marchés, le président de la COGECA, Paolo Bruni, demande des mesures de gestion du marché et des filets de sécurité « plus forts ». Le COPA-COGECA demande également que la position des agriculteurs dans la chaîne alimentaire soit renforcée pour qu'ils puissent tirer plus de recettes du marché. Cela peut se faire grâce à un renforcement des organisations de producteurs (OP), notamment les coopératives. Paolo Bruni a salué la proposition de la Commission visant à élargir la couverture des produits pour la reconnaissance des organisations de producteurs comme étant un pas dans la bonne direction, mais a demandé une définition plus précise des OP, tout comme de leurs objectifs et de leurs missions ainsi qu'une garantie de « sécurité juridique » à l'égard du droit communautaire de la concurrence. « Nous avons besoin aussi de mesures spécifiques dans le but de mettre fin aux pratiques commerciales abusives et déloyales dans la chaîne alimentaire », a commenté M. Bruni.
Le COPA-COGECA salue l'approche générale de la Commission en matière de politique de développement rural, notamment l'introduction de 6 priorités actualisées. Mais il estime que la Commission n'a pas suffisamment prévu de mesures destinées spécifiquement à relever les nouveaux défis. Il souhaite un nouvel article en faveur de mesures de croissance verte dans le cadre du développement rural. Par exemple, des mesures pour encourager une utilisation efficace des ressources ou l'utilisation de résidus pour la production de bioénergies.
Les deux présidents insistent sur le fait que même si la Commission plaide en faveur de la simplification, plusieurs de ses propositions rendront le système moins transparent pour la société et plus lourd pour les agriculteurs et les gouvernements. Ils ont tous les deux souligné que cette réforme devait être synonyme de simplification. Et de conclure: « Nos propositions pour la PAC, accompagnées d'un budget fort, sont primordiales pour garantir un secteur agricole dynamique, innovant et plus rentable. N'oublions pas que ce secteur emploie 40 millions de personnes et contribue à sortir de la crise économique actuelle en Europe ».
Maroc
Par ailleurs, le COPA-COGECA est très déçu du vote du Parlement européen en faveur de l'accord de libéralisation commerciale entre l'UE et le Maroc, indiquant qu'un tel accord aurait un effet dramatique sur le secteur européen des fruits et légumes, tout particulièrement les tomates.
Pekka Pesonen, secrétaire général du COPA-COGECA, a estimé que la Commission européenne aurait dû entreprendre une étude d'impact socio-économique avant de poursuivre cet accord. Il insiste sur le fait que des milliers d'emplois dans les zones rurales européennes s'en trouveraient compromis ; emplois que la crise économique avait déjà sérieusement ébranlés. Il a souligné que les importations en provenance du Maroc ne vont pas répondre aux normes européennes élevées en termes de production: il s'agit là d'une préoccupation de premier plan pour le COPA-COGECA.
L'accord va se traduire par l'introduction de contingents d'importation « largement accrus par rapport au précédent accord pour six produits sensibles: tomates, courgettes, concombres, ail, agrumes et fraises », explique le COPA-COGECA. La balance commerciale positive, déjà en faveur du Maroc, s'en trouverait très fortement stimulée, tandis que l'emploi dans les zones rurales de l'Union serait gravement affecté. « Je salue néanmoins le fait que les eurodéputés aient apporté quelques petites améliorations à cet accord, tels que des changements au niveau du système européen de contrôles et de sauvegardes pour les importations en provenance du Maroc, qui s'étaient avérés inefficaces par le passé. J'en appelle à la Commission européenne, afin qu'elle veille à la bonne exécution de ces contrôles et sauvegardes, afin d'empêcher de fortes perturbations du marché. La Commission doit également travailler sur les système des prix d'entrée et gérer correctement le quota mensuel », a-t-il affirmé. (LC)