Bruxelles, 10/02/2012 (Agence Europe) - Au terme d'un voyage de six jours au Proche-Orient (Israël, Palestine et Égypte), Massimo D'Alema, ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères d'Italie, a déclaré vendredi 10 février à quelques journalistes qu'en Égypte, aujourd'hui, l'affaire palestinienne devient « un vrai sujet de politique interne » et donc les relations entre Israël et l'Égypte vont être « plus difficiles ».
En compagnie de l'eurodéputé Raimon Obiols (S&D, espagnol), Massimo D'Alema s'est rendu au Proche-Orient, dans le cadre de ses activités en tant que président de la Fondation européenne d'études progressistes (FEPS), pour comprendre la situation entre Israël et la Palestine et l'influence que le printemps arabe a dans la région, notamment sur le conflit israélo-palestinien.
« Il faut être un peu préoccupé car le 'printemps arabe' est en train d'arriver aussi en Palestine », a ajouté l'homme politique italien. Le Hamas n'est plus un mouvement isolé, il a des liens très forts avec le nouveau leadership arabe (dont les Frères musulmans en Égypte). « Le risque c'est que les modérés soient de plus en plus isolés dans le monde arabe », a-t-il dit. Le Fatah était obligé de négocier un accord avec le Hamas.
En Égypte aujourd'hui, contrairement à la situation sous Moubarak, l'affaire palestinienne est un vrai sujet de politique interne, a noté M. D'Alema. Il s'attend à ce que le rapport entre Israéliens et Égyptiens soit « plus difficile » car la pression égyptienne en faveur des Palestiniens va être plus forte que par le passé. « Ce serait une erreur, de la part des Israéliens, de ne pas comprendre que le nouveau monde arabe, démocratique, avec une influence bien plus forte des mouvements de l'islam politique, va être beaucoup plus exigeant à l'égard des droits des Palestiniens et de la nécessité d'un engagement sérieux pour la paix, respectueux des résolutions des Nations unies et des principes du droit international ». En Israël, il y a des personnalités politiques qui le comprennent, notamment dans l'opposition (le leader du parti travailliste et le leader de la Kadima, Tzipi Livni).
Il a pu constater sur le terrain que « tout est bloqué » s'agissant des négociations de paix entre Israël et la Palestine, avec un « sentiment de frustration très fort » dans le leadership démocratique palestinien, et « le risque d'une perte de consensus » au sein des modérés (ceux qui négocient avec Israël). Pour les responsables politiques en Israël, la situation nouvelle des pays arabes « va marginaliser la question palestinienne », a dit M. D'Alema.
Il y a l'idée parmi les Palestiniens que l'on parle de l'État palestinien alors que cette perspective est en train de disparaître, car les Israéliens sont en train d'occuper les terres. « Pour la première, on voit dans le débat palestinien l'idée que le projet d'État palestinien n'a plus de sens, et qu'il faut se préparer à se battre pour les droits des Palestiniens en Israël ou dans un territoire occupé par les Israéliens. L'idée qui gagne du terrain c'est celle que le projet de la solution des deux États est en train de disparaître, ce qui devrait préoccuper les responsables d'Israël ».
« On a besoin d'une action européenne un peu plus forte », a estimé M. D'Alema, qui juge que c'est surtout à l'Europe (car les USA sont en période d'élections) d'agir pour relancer le processus de paix israélo-palestinien, sur une base réaliste.
Raimon Obiols a expliqué que dans le cadre de la FEPS, « nous allons mettre en avant la nécessité d'un nouveau modèle d'action de l'UE en Méditerranée, avec un dialogue intellectuel, politique, culturel, idéologique, et des propositions du point de vue stratégique et politique pour le service européen pour l'action extérieure et le Parlement européen, au sujet du conflit israélo-palestinien et du processus de transition démocratique dans les pays du sud et de l'est de la Méditerranée ». « Nous sommes optimistes du point de vue de la volonté, grâce à ce qui s'est passé avec le 'printemps arabe', mais nous sommes pessimistes parce que les situations son terribles, notamment en Égypte (situation économique et sociale) », a dit M. Obiols. Il se dit optimiste enfin, avec la possibilité d'avoir dans les deux ou trois prochaines années « un cycle politique nouveau en Europe ». Il fait référence à la possibilité pour le centre-gauche de gouverner en France, en Allemagne et en Italie.
Cette tournée de M. D'Alema au Proche-Orient s'intègre dans le cadre du groupe de recherche sur la Méditerranée lancé par la FEPS en 2009. Le prochain grand rendez-vous de la FEPS pour approfondir ces sujets et aussi la politique étrangère européenne sera la conférence 'Call to Europe', qui aura lieu les 26 et 27 juin prochains à Bruxelles, en présence de nombreux chercheurs européens et d'autres régions du monde. (LC)