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Bulletin Quotidien Europe N° 10551
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le problème de la Grèce: incompréhensions, oublis et autres lacunes

L'UE n'est pas la zone euro. Le drame de la Grèce est actuellement entouré d'un nombre tel d'incompréhensions et d'informations imprécises ou carrément fausses, accompagnées de prises de position fondées davantage sur des préférences politiques que sur la réalité, qu'il est presqu'impossible d'en discuter et de porter des jugements sans avoir d'abord rappelé quelques éléments de la situation réelle.

On écrit et on parle avec sympathie et compréhension (et c'est logique) du peuple grec, qui serait abandonné par l'Europe. On mélange ainsi, par ignorance ou mauvaise foi, l'UE avec la zone euro. Or, la Grèce fait partie de l'UE et l'idée qu'elle en sorte n'a jamais été prise en considération. L'UE aide et continuera à aider le peuple grec par tous les instruments à sa disposition: elle facilite les financements, allège les critères pour leur octroi, soutient sa participation aux politiques communes, utilise tous les instruments disponibles. Tout ceci subsiste, que la Grèce soit dans la zone euro ou pas.

L'euro est complètement autre chose, sa gestion répond à d'autres critères. On pourrait comparer la zone euro à un club auquel on adhère, en connaissant ses règles et en s'engageant à les respecter. En cas de difficultés, des mécanismes de soutien existent et ils seront encore renforcés ; mais le respect des règles est la conditio sine qua non pour que la zone euro fonctionne ; le dérapage d'un seul pays membre, même le plus petit, se répercute sur toute la zone. Celui qui triche doit s'amender s'il entend rester dans le groupe, sinon le groupe éclate. La Grèce a triché dès le départ. Elle a le droit d'être soutenue mais pas de ruiner l'euro. Il faut avoir le courage de le dire: accepter que la situation grecque se prolonge sans être corrigée signifie tout simplement prendre position en faveur de la fin de l'euro.

On prépare le terrain ? Dans le contexte cité, la position officielle ne change pas: la Grèce a sa place dans la zone euro si elle respecte les conditions. Dès qu'un doute est émis à ce sujet, qu'il le soit par un journaliste ou même par un commissaire européen, les démentis fusent. Pourtant, en considérant l'évolution de la situation et certaines prises de position de différentes sources, on a l'impression que quelque chose bouge, on entrevoit une manière de préparer le terrain à un processus qui pourrait être différent. On n'affirme plus avec fermeté que si la Grèce faisait défaut, la contagion s'étendrait à d'autres pays en provoquant l'éclatement de la zone euro ; aujourd'hui, on laisse comprendre qu'elle pourrait subsister. En d'autres termes: la Grèce pourrait sortir sans entraîner la fin de la monnaie commune.

Double constatation. La situation décrite expliquerait la fermeté des conditions qui continuent à être imposées aux autorités d'Athènes, l'absence d'accord à l'Eurogroupe de jeudi dernier et la poursuite des discussions la semaine prochaine. La requête allemande de mettre les autorités grecques sous tutelle pour contrôler le respect des engagements n'avait pas été retenue par d'autres États membres, qui la considéraient comme humiliante pour Athènes ; mais l'idée subsiste de soumettre le déblocage des financements européens au respect effectif des engagements et a la concrétisation des réformes en Grèce.

Cette fermeté répond à une double constatation: a) le gouvernement d'Athènes n'a été en mesure jusqu'à présent de respecter aucun de ses engagements ; b) l'opinion publique grecque donne l'impression de préférer de plus en plus la sortie de l'euro à l'acceptation des efforts et des sacrifices qu'on lui demande.

Austérité pour tous. S'y ajoute la remarque générale selon laquelle les politiques d'austérité décidées dans la plupart des pays de l'euro comportent un élément positif qui est valable aussi pour la Grèce, à savoir l'exigence de corriger de toute manière les abus et les erreurs qui ont été constatés: gaspillage de l'argent public, évasion fiscale, inefficacité administrative et ainsi de suite. Partout les autorités agissent pour les combattre et la Grèce en a besoin plus que quiconque, car il est connu que très peu de citoyens payent les impôts, l'administration est largement corrompue, les cadastres immobilier et portuaire n'existent pas, etc.

Mais demander à ce pays de réussir rapidement tout ce qu'on lui demande rend-t-il inévitable sa sortie, peut-être provisoire, de la zone euro ? Ceci entraînerait beaucoup de difficultés, de problèmes à résoudre et on hésite. On se demande parfois si l'origine de quelques réticences ne réside pas dans le monde bancaire davantage que dans le monde politique. En outre, certaines rigidités et partis pris des institutions européennes, la Commission y compris, peuvent susciter quelques perplexités. Cette rubrique y reviendra.

(FR)

 

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