Bruxelles, 10/02/2012 (Agence Europe) - Dans le Livre blanc sur l'avenir des retraites en Europe, que la Commission européenne rendra public jeudi 16 février, il n'y a point de recommandations quant à la mise en place de systèmes de retraite privés obligatoires ou quant à l'abolition de régimes spécifiques, tels qu'ils sont notamment appliqués pour les services dits 'en uniforme', selon un diplomate européen. Si la Commission perçoit les nombreux défis auquel devront faire face les gouvernements pour être en mesure de financer les systèmes en question, particulièrement dans un contexte de faible croissance économique et du défi posé par la situation démographique, les recommandations qu'elle proposera dans le Livre blanc peuvent se résumer au besoin d'étendre, d'une manière générale, le nombre d'années passées dans la vie active, et d'épargner plus.
Après avoir lancé, en juillet 2011, le Livre vert intitulé « Vers des systèmes de retraite adéquats, viables et sûrs en Europe », la Commission a obtenu environ 1600 réponses qui ont permis d'élaborer le prochain Livre blanc, qui inclut une série de recommandations quant aux mesures jugées adéquates pour réformer les systèmes de retraite et tenter ainsi de garantir leur viabilité à long terme.
Si les systèmes de retraite font partie des prérogatives des États membres, la difficulté de concilier les acquis sociaux, notamment quant à l'âge légal du départ à la retraite, avec les impératifs budgétaires et démographiques, font de cette question un enjeu propre à de nombreux gouvernements européens. Par ailleurs, le financement des retraites est implicitement lié aux différentes stratégies de l'UE en matière d'emploi et de croissance, réunies aujourd'hui dans le programme Horizon 2020.
Le défi démographique dans le cadre des systèmes de retraite se traduit principalement par deux indicateurs. Les personnes âgées de 65 ans ou plus représentent aujourd'hui 16% de la population. Ce sera le double en 2060. Sur la même période, la génération du « baby-boom » atteindra progressivement l'âge de la retraite, faisant ainsi passer le ratio entre les personnes professionnellement actives, c'est-à-dire celles qui financent les retraites, et les personnes âgées de plus de 65 ans, de quatre pour une à deux pour une.
Le Livre blanc sur l'avenir des retraites en Europe contiendra ainsi essentiellement des recommandations quant à l'amélioration de l'efficacité des systèmes actuels et incitera les États membres à clarifier les règles de fonctionnement des 2ème et 3ème piliers (régimes de pension complémentaires). Deux objectifs principaux sont identifiés par la Commission: atteindre un équilibre des finances publiques et accroître la participation des personnes en âge de travailler.
Pour atteindre ces objectifs, trois voies de réformes sont suggérées. D'une part, le communiqué de la Commission qui annonce la publication du Livre blanc indique que « la réponse la plus efficace consiste à laisser davantage de personnes travailler plus et plus longtemps, ce qui cadre avec l'allongement de la durée de vie ». L'idée d'augmenter l'âge légal du départ à la retraite est ici clairement mise en avant, même si la Commission ne devrait pas se prononcer explicitement sur une limite d'âge jugée la plus adéquate. D'autre part, les États membres devraient, selon les recommandations du Livre blanc, favoriser les régimes privés d'épargne pour la retraite, sans toutefois les inciter à en faire une obligation. Finalement, la Commission proposera aux gouvernements que ceux-ci recourent d'une manière plus fréquente et plus structurée aux instruments européens, tel le Fonds social européen (2014-2020), notamment dans le cadre des programmes lancés cette année pour promouvoir le vieillissement actif.
Le travail effectué par la Commission se pose comme étant un cadre de réflexion aux contours délimités, mais suffisamment large pour permettre aux États de les adapter à leur propre situation économique et démographique. Par ailleurs, le Livre blanc inclura en annexe une liste des États membres en y associant une rubrique où la Commission propose des recommandations de réforme précises, en adéquation avec l'état actuel des systèmes nationaux.
Si le financement des systèmes de retraite est identifié comme étant un enjeu crucial pour les années à venir, la désignation du principe général d'une vie active plus longue pour assainir les budgets doit pourtant faire face à de nombreuses difficultés qui dépassent le seul cadre de l'âge légal du départ à la retraite. Selon des études récentes réalisées par Eurobaromètre et Eurostat (EUROPE n° 10531), bien que l'âge légal soit aujourd'hui fixé aux alentours des 65 ans en moyenne dans l'UE, l'âge moyen du départ effectif a été de seulement 61,5 ans en 2009. Ce problème transparaît en filigrane dans le Livre blanc, comme en témoigne la promotion de mesures incitatives, en marge du principe général, pour favoriser des solutions privées de financement de la retraite, conjuguées avec une politique de meilleure information aux personnes quant au montant exact de leur future retraite. (JK)