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Bulletin Quotidien Europe N° 10550
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Union économique et monétaire: Jacques Delors dénonce les faiblesses et les incertitudes qui subsistent

Ce qui manque encore. Pourquoi l'Union économique et monétaire européenne, telle qu'elle existe actuellement, ne correspond pas encore au projet originaire de Jacques Delors ? La lacune principale a été, en principe, corrigée: les autorités européennes ont enfin compris que le volet économique est incontournable, le plus important même, et il a été en principe, après 20 ans d'incompréhensions, mis en place. Mais en célébrant mardi le 20ème anniversaire du Traité de Maastricht, M. Delors a non seulement expliqué à quel point ce retard a coûté cher à l'Europe et à ses citoyens, mais aussi ce qui encore manque par rapport au projet initial.

Ce colloque a réuni des témoins du Sommet de Maastricht et des personnalités qui jouent actuellement un rôle européen de premier plan. Jacques Delors, qui avait présenté ce jour-là (7 février 1992) aux chefs d'État ou de gouvernement le rapport célèbre qui porte son nom, a expliqué 20 ans plus tard les décisions et les secrets de cette journée historique, en expliquant ce qui avait été fait et ce qui avait été raté ; j'ai pu ensuite lui poser quelques questions. M. Delors a rappelé qu'il s'était efforcé, sans succès, d'insérer parmi les critères à prendre en considération pour la bonne marche de l'UEM - à côté de la maîtrise de la dette publique et de l'inflation - deux critères supplémentaires: le chômage de longue durée et le chômage des jeunes. C'est maintenant qu'on commence à en parler ! L'élément essentiel résidait toutefois dans la nécessité absolue du parallélisme entre le volet monétaire et le volet économique, avec une priorité pour ce dernier. Tout ce qu'il avait obtenu avait été l'ajout du mot Croissance à la dénomination du Pacte de stabilité, qui devenait ainsi: Pacte de stabilité et de croissance! Tout le monde paraissait satisfait. Magie des mots vides ! Combien d'années ont été perdues avant que le sommet du 30 janvier dernier adopte la Déclaration en faveur d'une croissance favorable à l'emploi !

Les points d'interrogation subsistent. Quant au volet économique de l'UEM, ce n'est pas à nos lecteurs qu'il faut rappeler l'acharnement de Jacques Delors pour en dénoncer l'absence, à partir de l'image d'une construction à deux jambes, dont une était boiteuse. Faut-il estimer maintenant que l'essentiel est fait ? Loin de là: afin que le volet économique, enfin reconnu, fonctionne, il faut récupérer les éléments négligés à l'époque: contrôle de la situation sociale (emploi en général, des jeunes en particulier) ; fonctionnement des administrations nationales ; coût de l'activité politique ; autres gaspillages. Ces éléments doivent être considérés comme des problèmes communs. Pour le moment, l'euro est encore « au bord du gouffre ». On pourra y voir clair lorsqu'on sera en mesure de répondre à la question suivante: « Une monnaie unique est-elle possible entre des pays si différents par le niveau économique, la mentalité, l'esprit de coopération ? Il faut en discuter tous ensemble et pas seulement des mécanismes à respecter. » Bien entendu, la méthode communautaire doit être sauvegardée ; chaque fois qu'on s'en éloigne, le résultat est l'immobilisme ; si chaque gouvernement se préoccupe de ses intérêts nationaux le blocage est pour tous.

Oui aux « coopérations renforcées ». Sur la question de savoir si l'avenir pourrait résider dans une Europe fédérale, Jacques Delors a hésité, il a évidemment quelques réserves, quelques aspects à clarifier. Lesquels ? Je lui demanderai, à l'occasion. En revanche, il ne doute pas de l'utilité de l'instrument des coopérations renforcées qui permet de progresser dans des domaines où l'unanimité des États membres n'existe pas encore (ou n'existera jamais) ; si un gouvernement réticent peut tout bloquer, c'est la fin du dynamisme. La différenciation, mot peu élégant, permet la naissance d'une avant-garde. A-t-on oublié ce qu'était l'UE avant la naissance de l'euro ? Ces réunions désagréables du samedi, parfois dramatiques, pour dévaluer à marchés fermés l'une ou l'autre monnaie nationale, ces arrangements pénibles pour sauvegarder tant bien que mal le fonctionnement de la politique agricole commune… Les nouvelles générations ne les ont pas connus, ces samedis tendus… Et voilà malgré tout les extravagances sur la suppression de l'euro…

Le Sommet de Maastricht avait discuté aussi d'autres piliers de la construction européenne. Le Protocole social, signé d'abord à 11, avait dynamisé les relations entre les partenaires sociaux, jetant les bases de ce qui a suivi. En revanche, la PESC (Politique étrangère et de sécurité commune) est située par Jacques Delors dans le « nominalisme », c'est-à-dire les formules qui cachent le vide. Pour le volet militaire, la plupart des chefs de gouvernement avaient considéré à l'époque que l'OTAN était suffisante et que rien d'européen n'était utile ou souhaitable.

(FR)

 

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