Bruxelles, 06/12/2011 (Agence Europe) - Le couperet se rapproche pour les six pays de la zone euro notés 'AAA': l'agence d'évaluation financière Standard & Poor's les a menacés lundi 5 décembre de les priver rapidement de ce précieux label censé leur permettre d'emprunter à des coûts très faibles.
Standard & Poor's souffle donc sur les braises avant le Conseil européen des 8 et 9 décembre, à Bruxelles. « Le but du Conseil européen est de regagner de la confiance, ce qui est un long processus », et « nous allons continuer sur ce chemin » des réformes, a déclaré mardi 6 décembre Angela Merkel, la chancelière allemande après l'avertissement de Standard & Poor's. Nicolas Sarkozy, de son côté, a réclamé de l'union dans le pays, dans cette situation qualifiée de « grave », et relevé que la décision de l'agence de notation avait été prise « avant » le mini sommet franco-allemand qui s'est tenu lundi (EUROPE n° 10509).
S&P a placé « sous surveillance négative » les notes qu'elle attribue à la dette à long terme de quinze pays de la zone euro, dont l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas, qui bénéficient de la meilleure note possible.
La note de solvabilité de la France est menacée d'un abaissement de « deux crans », à 'AA'. Pour les cinq autres pays notés 'AAA', l'agence ne prévoit, dans le pire des cas, qu'un abaissement d'un cran, à 'AA+'.
La France et l'Autriche sont notées 'AAA' par S&P depuis 1975, les Pays-Bas depuis 1988, l'Allemagne depuis 1989, le Luxembourg depuis 1994, et la Finlande depuis 2002.
Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a estimé mardi 6 décembre que « les marchés n'ont aucune confiance dans la zone euro actuellement ». La démarche de l'agence de notation américaine constitue selon le ministre allemand « la meilleure motivation possible pour le sommet de cette semaine (...) Je ne peux rien imaginer de plus efficace ». Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, a estimé mardi « exagérée et injuste » la menace de Standard & Poor's. « Nous sommes en train de maîtriser la crise de la dette, nous consolidons, nous réformons, nous réformons aussi la façon dont nous gouvernons », a-t-il plaidé sur Deutschlandfunk. « Cela m'étonne beaucoup que cette nouvelle tombe du ciel à l'aube du sommet européen. Cela ne peut pas être une coïncidence », a-t-il ajouté.
L'agence a justifié son annonce par sa « conviction selon laquelle les tensions systémiques dans la zone euro ont augmentées ces dernières semaines jusqu'au point de faire pression à la baisse sur le degré de solvabilité de la zone euro dans son ensemble ». Les deux seuls pays de la zone à ne pas être concernés sont la Grèce, dont la note correspond actuellement au défaut de paiement, et Chypre, déjà sous « surveillance négative ». S&P a indiqué qu'elle comptait achever son passage en revue des éléments soutenant la notation des quinze pays européens menacés lundi « aussi vite que possible après le (prochain) sommet européen ».
Paris et Berlin tentent de faire baisser la pression
Après le coup de semonce de S&P, la France et l'Allemagne ont affirmé d'une même voix être « pleinement solidaires », et confirmé « leur volonté de prendre toutes les décisions nécessaires, en lien avec leurs partenaires et les institutions européennes, pour assurer la stabilité de la zone euro ». « La France et l'Allemagne réaffirment que les propositions formulées (lundi) conjointement permettront de renforcer la gouvernance de la zone euro afin de rétablir la stabilité, la compétitivité et la croissance », écrivent la France et l'Allemagne dans un communiqué.
Concurrente de S&P, l'agence américaine Moody's avait averti le 27 novembre dernier que l'aggravation rapide de la crise de la dette dans la zone euro menaçait les notes de solvabilité de tous les États européens, même ceux notés 'AAA', mais elle n'avait pas été jusqu'à placer celles-ci sous « surveillance négative ». Selon S&P, « la poursuite des désaccords entre les dirigeants européens » sur les solutions à apporter à la crise joue aussi un rôle, de même que « le risque croissant de récession pour l'ensemble de la zone euro », qu'elle évalue à 40% pour 2012. (LC)
Le commissaire européen Michel Barnier s'est étonné mardi 6 décembre que l'agence d'évaluation américaine Standard and Poor's n'ait pas attendu le résultat du Conseil européen de cette semaine pour prendre position sur les pays de la zone euro. « Sur la forme, ces appréciations interviennent trois jours avant un Conseil européen plutôt qu'après pour en évaluer l'impact », a relevé M. Barnier lors d'une rencontre avec quelques journalistes. Il s'est refusé à envisager que l'agence américaine ait choisi le moment à dessein pour faire pression sur les gouvernements européens. « Je n'imagine pas cela », a-t-il dit, « je ne vais pas faire de procès d'intention aux agences de notation, je ne mène pas de combat idéologique ». M. Barnier a pour sa part appelé à relativiser les avis des agences de notation. « C'est une appréciation et une opinion parmi d'autres », a-t-il dit. « Ce qui m'importe, concernant les agences, c'est que le cadre dans lequel elles travaillent soit rigoureux, objectif, transparent et à l'abri de tout conflit d'intérêt », a-t-il dit, en faisant référence aux différentes mesures prises dans l'UE en la matière et celles en cours de discussions.