Italie: deux lieux communs contestables. Au moment où Mario Monti prend contact à Bruxelles et à Strasbourg avec les institutions communautaires en tant que Premier ministre italien, quelques considérations peuvent être utiles, car le redressement économique et financier de l'Italie est incontournable pour surmonter la crise de la zone euro. Certains lieux communs devraient disparaître: il est faux que la situation actuelle bloque le fonctionnement de la démocratie en Italie et que les banques et les puissances financières y ont pris le pouvoir. En réalité: a) le gouvernement Monti a obtenu des majorités écrasantes au parlement (aussi bien à la chambre des députés qu'au sénat) et il serait renversé si un vote parlementaire lui retirait cette confiance ; b) M. Monti ne représente aucunement ce qu'on qualifie, avec le regard tourné vers le monde de la finance, de Pouvoirs forts. Dans le passé, son rôle de commissaire européen à la Concurrence allait dans le sens opposé, sa tâche était de combattre les abus de ces Pouvoirs, et il l'exerçait avec vigueur, au point que la Cour de justice avait tendance à réduire les amendes qu'il infligeait.
Austérité excessive ? On reproche à Mario Monti d'être trop austère. L'ayant suivi (de loin) pendant les débats parlementaires, j'ai constaté aussi d'autres aspects. Gêné d'être appelé Président avant d'être nommé, il observait: «Je préfère que vous m'appeliez professeur. Les présidents passent, les professeurs restent». À propos de ses ambitions politiques futures: «On ne remarque pas dans mon passé une fréquence particulière de cas où je me suis présenté candidat. Le chiffre est zéro.» Interrogé sur ses intentions à propos des «sacrifices» qu'il demandera aux Italiens, après avoir indiqué qu'ils seront requis surtout à ceux qui jusqu'à présent n'en ont pas faits, il a répondu: « Tout le monde est favorable aux sacrifices, sauf pour sa catégorie. Le premier objectif doit être de s'habituer à invoquer moins facilement les responsabilités du voisin. » Je pourrais continuer. Ceci dit, il est sans doute vrai que M. Monti est austère, c'est bien nécessaire, sa tâche l'impose. Plus les efforts qu'il va demander toucheront des abus et des intérêts particuliers, plus les oppositions seront vives. La classe politique doit comprendre que les premiers sacrifices lui reviennent, car les parlementaires italiens sont les plus nombreux d'Europe (par rapport à la population), les mieux rémunérés, ceux qui bénéficient du nombre le plus élevé d'avantages, à mon avis parfois abusifs comme la possibilité de continuer à exercer la profession d'avocat (ce qui signifie faire les lois qui régissent leur activité).
Banques et autorités politiques: responsabilités partagées. Revenons à la question générale des pouvoirs du monde bancaire. On le considère de plus en plus comme le véritable protagoniste (et responsable) de la crise ; dans la perception générale, ce n'est pas la classe politique qui guide les événements, ce ne sont pas les élections qui déterminent si un pays est conduit par la droite ou par la gauche: ce sont les banques qui décident. Lorsqu'il est question de Pouvoirs forts, la référence est toujours la même: les banques.
Il y a sans doute du vrai, mais sans oublier que, si les banques déterminent le bon et le mauvais temps, c'est parce que dans le monde entier la classe politique l'a permis. Il faudrait reconnaître que dans l'UE l'effort pour modifier cette situation est très intense et que les résultats, quoi qu'on en dise, commencent à devenir effectifs ; mais la plupart ne sont pas encore opérationnels. Des disciplines souvent rigoureuses ont été définies ou sont en cours de définition, grâce au travail des trois institutions qui détiennent le pouvoir législatif, mais la mise en œuvre des nouvelles règles est forcément progressive. On traverse actuellement la période la plus difficile, où ces règles ont été définies et approuvées mais ne sont que partiellement en vigueur, pendant que la crise s'accentue et s'étend. Il faudrait reconnaître les progrès, aussi bien dans la législation que dans les projets ; M. Barroso a réaffirmé son appui aux Eurobonds, en reconnaissant qu'ils seront possibles « lorsqu'il existera un niveau approprié de discipline budgétaire et de convergence économique » (voir notre bulletin d'hier).
Concrétiser ce que Jacques Delors préconisait dès le départ. L'UE est en train de se doter des instruments qui avaient été longtemps négligés, ou non appliqués, malgré les mises en garde prémonitoires de Jacques Delors et ses protestations vigoureuses. À présent, au lieu de pratiquer la lamentation permanente, il faut accélérer autant que possible la concrétisation des projets qu'il avait réclamés dès le départ. Cette rubrique y reviendra.
(FR)