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Bulletin Quotidien Europe N° 10499
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (ae) ue/jai

Immigration, transfert de compétences vers les sociétés privées

Bruxelles, 21/11/2011 (Agence Europe) - Près de 400 000 migrants ont été empêchés en 2010 de rejoindre l'Union européenne, qui continue de renforcer l'externalisation, voire la privatisation de ses contrôles aux frontières, indique le dernier rapport de l'association Migreurop, publié en fin de semaine dernière. « En 2010, plus de 393 000 ressortissants extracommunautaires ont essuyé un refus d'entrée aux frontières extérieures de l'Union européenne: 336 789 aux frontières terrestres, 50 087 dans les aéroports et 6 704 aux frontières maritimes », détaille le rapport.

L'enquête, menée dans 23 ports de 6 États membres (Allemagne, Bulgarie, Chypre, Espagne, France, Italie, Pays-Bas) et au Maroc, s'est focalisée sur le sort des migrants à la frontière orientale de la Turquie avec l'Iran et des passagers clandestins à bord des bateaux de la marine marchande. Depuis la mise en place en 2004 du Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires, conséquence des attentats du 11 septembre 2001, le nombre de ces « passagers clandestins » a diminué du fait des contrôles plus sévères dans les ports, indique l'étude, mais cela a eu pour résultat que les passagers voyagent dans des conditions qui mettent leur vie en péril. La plupart des pays refusant de les laisser débarquer, ils poursuivent parfois leur périple « trimballés de port en port, enfermés dans une cabine, sans possibilité d'en sortir », poursuit l'association.

En outre, quand les clandestins peuvent être expulsés, « des agents privés (sociétés de sécurité et de gardiennage) sont fréquemment mobilisés » au mépris des législations nationales qui confient à la police et à la gendarmerie les missions de « recherche, arrestation et consignation de migrants en situation irrégulière ». Migreurop s'inquiète aussi de la situation en Turquie à la frontière avec l'Iran où, dans une zone militarisée, les migrants « sont exposés à des traitements inhumains aussi bien de la part des passeurs que des autorités turques qui les arrêtent et les placent dans les geôles ». La ville frontalière de Van est par ailleurs décrite comme « une véritable nasse, un camp à ciel ouvert dans lequel des milliers de demandeurs d'asile, réfugiés et déboutés de l'asile sont bloqués pendant des durées indéterminées ». Dans un communiqué, Migreurop souligne que « de la prévention à la capture et à l'enfermement puis au renvoi » des migrants, « le régime appliqué à ces passagers demeure discret, opaque et peu respectueux des droits de la personne humaine. L'application de nouveaux plans de sûreté de plus en plus contraignants et sophistiqués se traduit par un transfert de la responsabilité des États à des sociétés privées, tant pour les contrôles à terre ou en mer que pour la prise en charge des passagers interceptés ». Par divers moyens « pas toujours légaux, sous la menace financière d'assureurs tout-puissants, l'enjeu est d'empêcher à la source le départ de ces migrants ou, à défaut de créer pour les différents acteurs (armateurs, marins, autorités portuaires) l'obligation de les renvoyer, soit vers leur pays d'origine, soit vers les ports d'où ils proviennent », poursuit l'association. Contactée, la Commission européenne n'a pas souhaité faire de commentaires à ce stade. (SP)

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