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Bulletin Quotidien Europe N° 10479
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (ae) ue/culture

La culture comme source de richesses, entretien avec Bogdan Zdrojewski

Bruxelles, 21/10/2011 (Agence Europe) - À l'occasion du Forum européen de la culture qui s'est tenu jeudi 20 et vendredi 21 octobre à Bruxelles, le ministre polonais de la Culture et du Patrimoine national, Bogdan Zdrojewski, a accordé un entretien à Agence Europe. Il y est notamment question de l'importance de la création artistique comme source potentielle de croissance, du rôle de la culture dans le rapprochement entre les États et de l'approche choisie par la présidence polonaise de l'UE pour promouvoir autant sa richesse nationale que la diversité de l'expression culturelle européenne. (JK)

Agence Europe: Un événement comme la tenue du Forum européen de la culture est une opportunité pour s'interroger sur la place de la culture au sein de l'UE. Comment peut-on par exemple intégrer la création artistique dans la stratégie EUROPE 2020 ?

Bogdan Zdrojewski: Pendant de nombreuses années, la culture a été traitée comme quelque chose de particulièrement agréable, mais du point de vue de la politique européenne, plutôt comme un domaine secondaire. Cela change lentement, mais le processus est bien visible, aussi bien dans la perception de la culture comme source potentielle de créativité, de succès, que comme acteur dans un espace économique qui subit des changements profonds. Il a été à plusieurs reprises souligné que la culture n'est pas un groupe de pique-assiettes, de simples bénéficiaires de dotations budgétaires, mais avant tout une source de revenus, de succès économiques potentiels. Dans la culture apparaissent également des branches industrielles, qui y sont liées directement ou fonctionnent dans sa périphérie. La présidence polonaise constitue une preuve solide pour montrer à quel point la culture est importante pour surmonter les difficultés en Europe. Le Forum que j'ai inauguré aujourd'hui fournit à la fois une large gamme de preuves pour montrer à quel point la culture est précieuse, mais fournit également une indication quant aux dangers qui sont liés à cette activité. Pour ces derniers, je vais en citer quatre qui ont une importance particulière. D'un côté, nous parlons de changements technologiques et de changements liés à notre civilisation. Ces deux évolutions constituent à la fois une chance pour la culture et en même temps une menace. Ensuite, ce qui est inquiétant quant à la réalité sociale, ce sont les exclusions. Nous avons des exclusions sociales, des exclusions de compétence et des exclusions économiques. Celles qui sont liées à la compétence sont les plus difficiles à supprimer, car elles nécessitent un énorme effort, une politique à long terme et non épisodique. Le troisième élément très important concerne cette volonté en Europe de tout normaliser, de tout unifier, de faire en sorte que tout dépende des mêmes règles. Or, avec la culture c'est exactement l'inverse. Nous devons nous battre pour la diversité, pour la richesse. Il faut trouver dans cette diversité, cette richesse, à la fois de la tolérance, de l'ouverture d'esprit, comme de la force pour l'Europe. La dernière chose importante pour moi, en regardant ce qui se passe dans le monde, c'est la construction du respect mutuel pour les différences. Ce respect apparaît quand le savoir est présent, ainsi que la compétence. C'est très difficile. Dans ce domaine, l'Europe devrait être le chef de file. Pour l'instant, elle gère ce problème une fois bien, une autre fois moins bien. Mais la plupart du temps bien.

Agence Europe: Vous avez souligné que la culture nécessite une approche inverse de celle habituellement mise en avant au niveau de l'UE. Comment préserver alors cette diversité, dont vous avez souligné l'importance, sans réduire la culture au niveau de l'UE aux seules dotations ?

B.Z.: En grande partie, ce processus a déjà commencé. Il y a beaucoup d'États où la culture apporte plus au budget qu'elle n'en reçoit en retour. Si nous abordons la culture d'une manière plus large, en ne la réduisant pas seulement à l'opéra, mais en y intégrant également le tourisme culturel, la créativité, le cinéma ou la télévision, nous verrons que pour l'Espagne la culture est la plus importante source de revenus budgétaires, cinq fois plus importante que par exemple l'agriculture. Si nous regardons du côté de l'Italie et la place tenue par la culture dans les revenus de l'État, nous verrons à quel point la culture est pour eux essentielle. Si nous regardons ce qui fait la force des Allemands, ce qu'ils consacrent comme moyens à la culture, au patrimoine national, à l'enseignement de la musique et de quelle manière cela se traduit par l'autorité qu'ils ont sur le marché économique, nous verrons que la culture y a une place de premier plan. Il y a bien évidemment des États qui ont toujours des proportions particulièrement défavorables entre les dépenses consacrées à la culture et les revenus qui y sont engendrés. Nous savons tous aujourd'hui qu'il y a des branches, des secteurs, qui nécessiteront toujours des subventions. Toutefois, dans d'autres cas, les investissements de l'ordre de 50% se traduiront par un retour de 100%. C'est ce qui se passe dans l'industrie européenne du cinéma, notamment en France, en Espagne, en Allemagne et en Pologne. (…)

Agence Europe: Votre visite à Bruxelles se fait aussi à l'occasion de l'inauguration de l'exposition à Bruxelles « Le chemin vers l'unité: 1945-2004 Communisme. Solidarnosc.
Union européenne » qui rentre dans le cadre du programme culturel de la Présidence polonaise du Conseil de l'UE. Quel lien voyez-vous entre l'Histoire, la culture et la promotion de cette maison commune qu'est l'Europe ?

B.Z.: Les expositions qui ont été préparées durant la présidence polonaise doivent construire une complétude. D'un côté, nous montrons qu'un phénomène comme Solidarnosc, qui est né en Pologne, a ouvert les portes pour une majorité des pays européens. Sans le mouvement Solidarnosc, sans les réalisations de la Pologne, sans l'effort de Jean-Paul II, sans les éléments qui existaient dans les autres courants de libération construits avec une telle persistance en Pologne, il n'y aurait pas eu la chute du mur de Berlin, il n'y aurait pas cette Europe unie d'aujourd'hui. Nous ne voulons pas nous approprier le succès, car il appartient à beaucoup d'autres États. Nous regardons avec beaucoup de respect, de sympathie et d'admiration les réalisations des intellectuels tchèques, en premier lieu celles de Vaclav Havel. Mais nous savons très bien que les sources les plus fortes, les plus rayonnantes étaient celles liées à Solidarnosc et à la personne du pape, d'abord en Pologne puis dans le reste du monde.

Par ailleurs, durant la présidence polonaise, il y a également d'autres expositions, comme celle à Berlin « Pologne - Allemagne. 1000 ans d'art et d'histoire » qui réussit à rompre des obstacles très ancrés dans les relations entre la Pologne et l'Allemagne. C'est la culture qui permet le plus aisément et le plus rapidement de créer des passerelles, notamment à travers les expositions de ces dernières années. (…) C'est un processus que la France et l'Allemagne ont réalisé il y a de nombreuses années. Cela devient possible dans une Europe commune. Si nous regardons les expositions suivantes, celle autour d'Alina Szapocznikow, ici à Bruxelles, c'est l'exemple du féminisme le plus précieux qui est né dans l'art de l'autre côte du rideau de fer. (…) Si nous exhibons aux Beaux-Arts la peinture polonaise moderne, c'est pour montrer à quel point elle est unique et diversifiée, mais également pour en souligner la forte inscription dans la tradition européenne de la narration et sa capacité à réagir par rapport à ce qui se déroule dans le monde. Ce qui est important pour moi, c'est que la présidence polonaise a été construite de telle façon qu'elle puisse promouvoir une culture qui ne soit pas uniquement orientée vers la Pologne. De nombreuses œuvres polonaises sont en ce moment interprétées, diffusées par des canaux divers et par les artistes étrangers. C'est ce qui se passe dans le cinéma, dans la musique et dans le théâtre. Et inversement, de nombreuses œuvres étrangères sont montrées par des artistes polonais. (…) Nous voulons souligner par là, la signification de la culture en Europe et sa force à travers son influence au-delà des frontières européennes.

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