Bruxelles, 11/10/2011 (Agence Europe) - La Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères a annoncé que l'Union allait mener une réflexion sur sa politique envers Kiev, à la suite de la condamnation à 7 ans de prison de l'ancienne Premier ministre Ioulia Timochenko, pour abus de pouvoir. « La façon dont les autorités ukrainiennes vont respecter les valeurs universelles et la primauté du droit, et particulièrement comment elles vont gérer ces cas (les procès de Mme Timochenko et d'autres opposants politiques (NDLR), risque d'avoir de profondes implications pour les relations bilatérales UE-Ukraine, y compris pour la conclusion de l'accord d'association, dans notre dialogue politique et dans notre coopération au sens large », a précisé Catherine Ashton, dans un communiqué auquel s'est associé le président de la Commission José Manuel Barroso.
Plusieurs députés européens ont remis en cause la signature de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE. « Nous ne devons pas sacrifier nos valeurs européennes pour une coopération plus approfondie ou même une association politique », a annoncé l'eurodéputé PPE allemand Michael Gahler. De son côté, le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Konstantin Grichtchenko, reçu mardi par la commission des affaires étrangères (AFET) du Parlement européen, a souligné que l'accord d'association est important pour son pays et qu'il est soutenu à la fois par le gouvernement et l'opposition, précisant que même Mme Timochenko y est favorable. Il a été soutenu par des députés polonais, pour qui les deux éléments - procès-accord - ne sont pas liés.
Sans pour autant condamner le verdict, Catherine Ashton a précisé que l'UE est « profondément déçue par le verdict » de la Cour, qui intervient après un procès qui « n'a pas respecté les normes internationales en matière de processus légal juste, transparent et indépendant. Cela confirme malheureusement que la justice est appliquée de manière sélective lors des poursuites motivées politiquement des chefs de file de l'opposition et des membres de l'ancien gouvernement », a souligné la Haute représentante. Les députés européens ont aussi critiqué le procès. « Les conditions dans lesquelles le procès a eu lieu sont déplorables, y compris les difficultés auxquelles l'envoyé de l'UE a dû faire face en demandant à entrer dans le prétoire », a précisé le président du groupe PPE, le Français Joseph Daul. Selon Elmar Brok (PPE, Allemagne), les diplomates de l'UE se seraient vu interdire l'accès au tribunal par le juge. Des méthodes qu'il a qualifiées
« des plus étranges ». Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland, a quant à lui déclaré que «dans une démocratie, le jugement sur les décisions politiques doit être laissé au Parlement et aux électeurs, et non aux tribunaux ».
Ioulia Timochenko a été reconnue coupable d'avoir conclu en 2009 des accords gaziers avec la Russie, qualifiés de défavorable pour l'Ukraine, sans l'autorisation du gouvernement qu'elle dirigeait alors. Sa peine est assortie d'une interdiction d'exercer des fonctions officielles pendant trois ans. Elle devra aussi verser l'équivalent de 138 millions d'euros à Naftogaz, pour rembourser les pertes occasionnées par la signature des contrats.
À la suite du verdict, Mme Timochenko a comparé sa condamnation aux purges effectuées par Staline en 1937 et précisé qu'elle ferait appel. « Nous allons nous battre pour défendre notre réputation devant les instances européennes. Nous devons être forts et défendre l'Ukraine contre l'autoritarisme et l'absence de liberté », a-t-elle lancé. La chef de la diplomatie de l'UE a demandé un appel « juste, équitable, transparent et impartial ».
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères n'a pas voulu commenter le verdict, précisant qu'il ne lui appartenait pas d'apprécier les décisions du tribunal, mais il a déclaré qu'en Ukraine « personne n'est au dessus des lois. Mme. Timochenko a été jugée pour un comportement criminel et a été reconnue coupable. Le pays a été lésé par des décisions qu'elle n'aurait pas pu prendre ». Il a aussi rappelé que son pays travaille à la réforme du code pénal. « J'espère que les modifications récemment proposées au code criminel en Ukraine feront que ces procès soient impossibles à l'avenir », a souligné le secrétaire du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland. Jerzy Buzek souhaite aussi une modification rapide du code pénal. « L'article 365, qui a été utilisé contre Timochenko est particulièrement préoccupant », a-t-il précisé. Selon certains analystes ukrainiens, le régime de Viktor Ianoukovitch pourrait dépénaliser l'article sur lequel Mme Timochenko a été condamnée, ce qui permettrait sa remise en liberté et ménagerait l'Union européenne.
Commentant le verdict dans le procès Timochenko, l'eurodéputée Nicole Kiil-Nielsen (Verts/ALE, française) a déclaré: « Ce verdict est politiquement motivé et constitue clairement un pas en arrière pour l'État de droit en Ukraine. C'est aussi un coup dur pour le processus de rapprochement de l'Ukraine avec l'Union européenne. Personne ne se fait d'illusion, ce procès a été conçu pour affaiblir l'opposition politique en Ukraine avant les élections parlementaires de l'année prochaine. Même si ce verdict est annulé par la suite, la décision d'aujourd'hui a déjà gravement écorné la crédibilité du gouvernement actuel de l'Ukraine ». Pour ce groupe, garantir la primauté du droit, d'une justice indépendante et de progrès démocratiques est une condition préalable à la conclusion d'un tel accord d'association. (CG/DD/stag)