Bruxelles, 11/10/2011 (Agence Europe) - Les membres de la commission de la pêche du Parlement européen se sont montrés très divisés, lundi 11 octobre, sur la reconduction d'un an, jusque fin février 2012, du protocole actuel à l'accord de pêche entre l'UE et le Maroc. Les parlementaires de nationalité française et espagnole sont plutôt en faveur de la prorogation, contrairement aux autres. La commission de la pêche est unie sur le fait que le futur accord, que la Commission européenne s'apprête à négocier avec les autorités marocaines, devrait comporter d'importantes améliorations pour tirer un bien meilleur bénéfice des possibilités de pêche offertes aux navires de l'UE. Dans ce contexte, la présidente de la commission de la pêche du PE, Carmen Fraga Estévez (PPE, espagnole), a suggéré que le PE vote en même temps que la prolongation de l'accord une résolution contenant des recommandations sur les paramètres à retenir dans les négociations d'un nouvel accord de pêche UE/Maroc.
Le rapporteur pour le PE, Carl Haglund (ADLE, finlandais), a rappelé qu'il suggérerait au PE de rejeter la prolongation de l'accord. Il a appelé ses collègues à ne pas politiser le débat et à se focaliser sur les angles économiques et écologiques de cet accord de pêche qu'il juge « décevant » dans ses résultats. « Cet accord n'est pas satisfaisant, il serait acceptable de ne pas approuver » sa prolongation, a-t-il dit en conclusion. Pour Chris Davies (ADLE, britannique), « cet accord n'apporte rien, ni pour nous, ni pour les Marocains ». L'inefficacité de cet accord de pêche avec le Maroc « le distingue de tous les autres. Il faut y mettre un terme », a-t-il renchéri. Isabella Lövin (Verts/ALE, suédoise) a dénoncé la surexploitation des stocks dans le cadre de cet accord et jugé que l'aspect développement de ces arrangements est minime, « pour ne pas dire inexistant ». « Je suis d'accord avec le rapporteur pour dire que compte tenu des circonstances le PE ne doit pas donner son avis conforme à cet accord », a conclu Mme Lövin. Raül Romeva i Rueda (Verts/ALE, espagnol) a cité plusieurs raisons (économiques, écologiques et juridiques) pour ne pas voter pour la reconduction.
Pour João Ferreira (GUE/NGL, portugais), il ne faut pas inclure le Sahara occidental dans le cadre de cet accord. « Si nous approuvons la prorogation de l'accord, nous donnons la bénédiction à l'occupation du Sahara occidental par le Maroc », a lancé l'eurodéputé.
« Je ne partage pas du tout » les conclusions du rapporteur, a déclaré Alain Cadec (PPE, français). Plusieurs raisons lui font penser que « nous devons valider cet accord »: - il faut discuter d'un accord de pêche et non de considérations géopolitiques internationales « qui ne me semblent pas de notre responsabilité » ; - les autorités marocaines ont assuré à M. Cadec que l'aide est correctement répartie sur tout le littoral ; - l'accord est important car il permet à des navires provenant de dix pays de l'UE d'accéder aux eaux marocaines ; - l'accord a été validé par la Commission jusque fin février 2012, or « si on le dénonce, il sera très difficile de négocier un nouvel accord avec le Maroc ». M. Cadec souligne le besoin à l'avenir de négocier pour que l'UE soit « moins perdante ». Josefa Andrés Barea (S&D, espagnole) a mis en garde contre les conséquences négatives de la non prolongation et a insisté sur les améliorations à apporter dans le cadre d'un nouvel accord.
Ulrike Rodust (S&D, allemande) n'est pas en faveur de la prorogation de l'accord. « Je veux que le prochain accord soit meilleur et forcer la Commission et le Maroc à faire un meilleur travail », a-t-elle dit. Ian Hudghton (Verts/ALE, britannique) est aussi contre la reconduction. « Il va valoir une révolution copernicienne à l'avenir », a admis la présidente de la commission pêche du PE, Mme Fraga Estévez, au sujet de l'éventuel nouvel accord UE/Maroc. Le représentant de la Commission a suggéré au PE de voter pour la prorogation de l'accord et a rappelé que des informations supplémentaires ont été demandées au Maroc (EUROPE n° 10468). Il a précisé en substance que les navires de l'UE ne sont pas les seuls responsables de la surexploitation des stocks (il y a bien d'autres pays tiers qui pêchent dans ces eaux) et que si l'UE souhaite avoir une influence positive sur la politique de pêche du Maroc, l'accord de pêche UE/Maroc peut y contribuer. Le vote en commission de la pêche du PE aura lieu les 22 et 23 novembre, et la plénière tranchera en décembre ou même en janvier. (LC)