Le «Partenariat oriental» est positif, mais... Il faut comprendre la Pologne, aussi bien du point de vue politique qu'économique. Au-delà des rivalités internes, normales dans tout pays démocratique en période d'élections, l'inconscient collectif est marqué par les événements historiques du passé ; pendant une certaine période, l'existence même du pays paraissait mise en cause. Il est logique que pour Varsovie les relations avec les pays et territoires de l'est aient une signification particulière, au point d'appuyer des relations pouvant aller jusqu'à leur adhésion à l'UE. On peut le comprendre, à la condition que la nature de l'UE n'en soit d'aucune façon compromise. Le développement du Partenariat oriental est positif, car l'UE doit renforcer les liens avec ses voisins de l'est, de la même manière qu'elle le fait avec ceux de la rive sud de la Méditerranée ou de l'Orient extra-européen avec qui les liens n'impliquent pas des adhésions (l'erreur faite avec la Turquie est en train d'être corrigée). L'objectif réside dans des liens de plus en plus étroits et une coopération plus efficace avec les pays de l'est qui le souhaitent, sans aller jusqu' à leur participation aux institutions ni au budget communautaire. Sinon, ce serait la fin de l'Union européenne telle qu'on veut la construire.
Un compromis et des souhaits. Notre bulletin n° 10464 a rendu compte amplement du Sommet du Partenariat Oriental qui s'est déroulé à Varsovie les 29 et 30 septembre. La Pologne n'était pas isolée dans son soutien de principe à de nouvelles adhésions: quand son Premier ministre Donald Tusk a exprimé le souhait que l'Ukraine soit bientôt un nouvel État membre, son homologue hongrois Viktor Orban a abondé dans le même sens en préconisant «l'élargissement de l'UE vers l'est ». D'autres participants ont été plus prudents en parlant d'accords de libre-échange ou d'accords d'association. Les textes adoptés reconnaissent les aspirations européennes des six pays de ce partenariat: Ukraine, Moldavie, Géorgie, Arménie, Bélarus et Azerbaïdjan. Ce qui représente un compromis. Pendant la préparation du Sommet, qui s'était prolongée pendant deux mois, l'utilisation du terme européens avait été longuement discutée, parce que les six pays cités s'étendent jusqu'à des zones dont le caractère européen est controversé du point de vue géographique, historique et culturel (en laissant de côté la situation politique car elle peut évoluer). Mais le terme adhésion n'a pas été retenu. Il n'est d'ailleurs pas acquis que tous les Six y soient intéressés: par exemple l'Azerbaïdjan rechercherait des accords et des liens dans le domaine de l'énergie, sans ambitions institutionnelles ou autres.
Le mot contesté. Si le mot adhésion n'apparaît pas dans le texte officiel, il a été toutefois très souvent prononcé pendant les débats et utilisé face aux moyens d'information. À propos du Bélarus, dont la situation particulière a suscité pas mal de complications diplomatiques et autres, le Premier ministre polonais a affirmé: « Un siège au sein de la famille européenne l'attend ». Le Royaume-Uni s'est exprimé explicitement en faveur de l'élargissement de l'UE à l'ensemble de la zone, en ligne avec sa politique réticente ou opposée à tout ce qui renforce le caractère communautaire et supranational de l'Union et en faveur de ce qui affaiblit les évolutions en ce sens. En revanche, la France a été claire dans le sens opposé: son ministre des Affaires européennes a souligné que « les partenariats ne représentent pas des étapes vers l'adhésion » et qu'il ne faut pas « créer des attentes qui seraient déçues », en invitant à « ne pas répéter le cas-Turquie ».
Il a été par ailleurs indiqué que le texte concernant le Bélarus (réclamant la libération immédiate des prisonniers politiques, la fin de la répression de la société civile et des moyens d'information, le dialogue avec l'opposition) a été souscrit par l'UE et ses États membres, mais pas par les pays tiers du Partenariat.
L'UE doit garder ses ambitions. Je suis convaincu que plusieurs États membres et plusieurs forces politiques sont tout aussi sceptiques que moi quant aux perspectives réelles d'adhésion des pays du Partenariat oriental, car ils ne rempliront pas les conditions nécessaires ; mais ils estiment qu'une telle hypothèse les encouragerait à progresser sur la voie de la démocratie, du développement économique et de la coopération avec l'UE. Ce sont évidemment trois objectifs positifs qui doivent toutefois, à mon avis, être poursuivis autrement: la solidité de la construction européenne ne doit pas être la perdante. Il est essentiel d'éviter que l'UE devienne une sorte de doublure du Conseil de l'Europe, organe qui a ses mérites et sa fonction, mais avec des ambitions différentes. Les conditions pour adhérer à l'UE ne doivent pas être affaiblies mais renforcées, afin qu'elle ne perde pas son efficacité (déjà en partie compromise) et ne renonce pas à ses ambitions.
Cette rubrique s'efforcera de justifier demain cette position. (FR)