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Bulletin Quotidien Europe N° 10468
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques suppléments aux commentaires sur le « discours Barroso »

Mes considérations d'hier sur les divergences entre la Commission européenne et le Conseil européen, à propos des rôles respectifs dans la gestion de l'UE et de la zone euro en particulier, peuvent être complétées par quelques remarques sur certaines attitudes des protagonistes.

À la recherche du président. Selon Guy Verhofstadt, chef du groupe libéral du Parlement européen, la zone euro a actuellement une « pléthore de chefs » (ou de candidats à le devenir), alors qu'elle a besoin d'une direction claire. En estimant, comme la grande majorité du Parlement, que cette tâche revient à la Commission, il préconise une formule radicale: la fusion des présidences de la Commission et du Conseil européen, ce qui résoudrait le problème à la racine, car le double président serait évidemment à la tête de la zone euro. Trop facile pour être réalisable ? C'est probable. D'autant plus que M. Barroso avait indiqué que la Commission envisage de proposer, en utilisant son droit d'initiative, que la zone euro ait une représentation unique dans les organisations internationales, au lieu d'être représentée par les États membres.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy avaient été tout aussi clairs que M. Barroso, mais dans le sens opposé. Ils ont proposé que le président du Conseil européen, M. Van Rompuy, devienne en pratique Monsieur euro, en prenant la tête du « gouvernement économique européen », réalisation désormais incontournable puisque le volet économique de l'UEM est enfin concrétisé et que les règles de son fonctionnement seront bientôt en vigueur, en attendant que ses tâches soient encore renforcées et élargies. Mais pour M. Barroso, ce gouvernement économique correspond à la Commission elle-même…

Rôle simple ou double pour M. Van Rompuy ? Il paraît toutefois que les États membres ne sont pas tous d'accord sur la formule Merkel/Sarkozy. Bien entendu, au niveau des chefs d'État ou de gouvernement, le rôle de M. Van Rompuy n'est pas en discussion: lorsque le Conseil européen s'occupe de la zone euro, c'est lui qui préside. Mais qu'en est-il au niveau des ministres des Finances, c'est-à-dire l'Eurogroupe présidé par Jean-Claude Juncker ? Certains États membres ne sont pas favorables au cumul de la présidence aux deux niveaux.

Qu'en pense M. Van Rompuy lui-même ? Au début du mois dernier, en annonçant sa disponibilité à un second mandat à la tête du Conseil européen, il avait indiqué que cette éventuelle prolongation pourrait couvrir aussi des « fonctions spécifiques à la zone euro ». Mais la semaine dernière, il paraissait plus réticent, exprimant des perplexités sur la présidence unique aux deux niveaux. M. Verhofstadt, qui ne manque jamais d'idées, a lancé celle d'un super-commissaire européen qui serait à la tête des ministres nationaux des Finances: en pratique le ministre européen des Finances.

Le problème britannique s'alourdit. Ce qui devient entretemps de plus en plus difficile, c'est la cohérence entre les évolutions de la zone euro et l'attitude de Londres. Les initiatives les plus importantes prises, annoncées ou envisagées à Bruxelles, rencontrent souvent l'opposition de Londres ; et lorsqu'il s'agit de mesures applicables à l'UE comme ensemble, l'accord britannique est souvent nécessaire (même si, parfois, la règle majoritaire s'applique au sein du Conseil). La BBA, l'Association des banquiers britanniques, a effectué une démarche auprès de la Commission européenne (une lettre à Michel Barnier) pour exprimer ses préoccupations et ses réserves et le gouvernement de M. Cameron lui a assuré son appui. Tout ce qui introduit des disciplines dans le domaine des produits dérivés gêne Londres, pour la simple raison que la grande majorité des opérations concernant ces produits s'y effectue. La réforme en discussion à Bruxelles entraînerait une dégradation spectaculaire de ces opérations. Des compromis auraient été réalisés pour quelques aspects. Mais mon objectif n'est pas d'aborder des aspects techniques qui me dépassent, mais de constater une fois de plus que la participation britannique aux évolutions de l'intégration européenne s'amenuise. Le Royaume-Uni ne participe ni à la zone Schengen, ni à la monnaie commune ; il ne participera pas à la coopération militaire européenne envisagée ; il s'oppose à la taxe sur les transactions financières, vitale pour résoudre la crise budgétaire de l'UE et de ses États membres. S'il s'oppose aussi aux efforts visant à maîtriser le fonctionnement du monde de la finance, la situation s'aggrave.

Surmonter le pessimisme systématique. Remarque finale: malgré les divergences entre les institutions, les perplexités des opinions publiques, les réticences de certains États membres, les progrès et les reculs, malgré tout ça, l'intégration européenne progresse. Les domaines couverts par l'UE se multiplient. Le PE doté de pouvoirs de décision, la monnaie unique, l'espace Schengen n'étaient que des rêves ou des hypothèses. Quand les Européens surmonteront-ils la période du pessimisme systématique ?

(FR)

 

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