Bruxelles, 06/10/2011 (Agence Europe) - Le projet de la Commission européenne de prévoir un « verdissement » de la politique agricole commune (PAC), représentant jusqu'à 30% des paiements directs aux agriculteurs, est contesté par les professionnels. Ce concept est critiqué aussi dans certaines capitales, comme en Allemagne. La Commission présentera mercredi 12 octobre ses propositions sur la PAC post-2013.
Lors d'un séminaire organisé jeudi 6 octobre sur l'avenir de la PAC, Gerd Sonnleitner, le président du COPA (Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE), a déclaré que cette nouvelle réforme de la PAC « doit désormais être mise à profit pour se concentrer sur le renforcement du rôle de production des agriculteurs ». Il sera, selon lui, indispensable de « maintenir les paiements directs aux agriculteurs ». Les professionnels restent préoccupés par les projets de la Commission sur le « verdissement » obligatoire de certaines aides de la PAC. Ces paiements dépendraient du respect de conditions environnementales, « ce qui ne ferait qu'ajouter des charges coûteuses supplémentaires à celles que supportent déjà les agriculteurs de l'UE, menaçant ainsi leur compétitivité et leur viabilité économique », a ajouté M. Sonnleitner. Il est « absurde », selon lui, d'exiger de toutes les exploitations agricoles qu'elles cessent de produire sur un certain pourcentage de leurs terres (jachère écologique), alors que la demande alimentaire mondiale est en hausse. « Nous appelons donc à des mesures qui promeuvent une croissance verte. Elles doivent être économiquement viables et leur application par les agriculteurs doit être volontaire ». Par ailleurs, le COPA estime que la Commission va dans la bonne direction en matière de redistribution des paiements directs (nouvelle répartition ne tenant plus compte des références historiques) mais il souligne la nécessité de respecter un « traitement juste et équitable de tous les agriculteurs, compte tenu des différences de conditions ».
Paolo Bruni, président de la COGECA (Confédération générale des coopératives agricoles de l'UE), a mis en avant la nécessité de mesures efficaces et flexibles de gestion du marché. Ces mesures sont essentielles pour lutter contre la volatilité croissante observée sur les marchés. Cependant, il a ajouté que les mesures de marché proposées par la Commission (dans le cadre de la réforme) et l'introduction d'un fonds d'urgence devaient être « examinées plus avant afin de savoir si elles offriront une stabilité adéquate sur un marché toujours plus volatil ». Il est essentiel aussi, selon M. Bruni, de consolider la position des organisations de producteurs au sein de la chaîne alimentaire pour répondre à la demande alimentaire mondiale croissante. Actuellement, les agriculteurs ne perçoivent qu'une petite partie du prix à la distribution. Le rôle des organisations de producteurs a été renforcé s'agissant des agriculteurs dans les secteurs fruits et légumes et lait. « Il est nécessaire de procéder de la sorte dans d'autres secteurs », selon le président de la COGECA. Le COPA-COGECA souhaite garantir à l'avenir « le maintien d'une PAC forte et d'un marché unique robuste soutenus par un budget communautaire solide », a conclu M. Bruni.
Lors d'une conférence de presse après le séminaire, le président de la commission de l'agriculture du Parlement européen, Paolo De Castro (S&D, italien), a soutenu le principe du verdissement mais pas à n'importe quel prix. Il a plaidé pour une future PAC plus forte et moins bureaucratique. Il faut aussi, selon lui, donner plus de forces à nos entreprises et renforcer la stabilité au sein des filières. Sur la volatilité des prix, il a prétendu que les agriculteurs ne peuvent pas résister à la baisse des prix sans compensations. La PAC doit répondre à la sécurité alimentaire au niveau mondial. « Accroître le potentiel agricole en polluant moins, c'est le grand défit de demain », a lancé M. De Castro. (LC)