Bruxelles, 04/10/2011 (Agence Europe) - L'Eurogroupe a marqué un accord, lundi 3 octobre, sur l'octroi de garanties réclamées par la Finlande en échange de sa participation financière au 2ème sauvetage grec. Satisfait des dernières mesures qu'a annoncées la Grèce, il a quand même repoussé à la deuxième quinzaine d'octobre toute décision sur le versement de la tranche d'aide de huit milliards d'euros, même si le déblocage des fonds est très probable. Le processus de ratification de la Facilité EFSF renforcée sera bouclé d'ici au Conseil européen. Déjà, une optimisation de la force de frappe du fonds européen de sauvetage est évoquée.
Ouvert à tous les pays créditeurs de la zone euro, l'accord sur les garanties qu'apportera la Grèce à la Finlande repose sur « une structure financière compliquée », de l'avis même du directeur général de l'EFSF Klaus Regling. Les garanties prendront la forme de titres de dette grecque que des banques helléniques confieront à un 'trustee'. Celui-ci vendra ces titres et investira les sommes collectées dans des titres notés AAA à maturité variant entre 15 et 30 ans. En échange de cette garantie, le prix à payer sera élevé: la participation au capital du futur mécanisme permanent de sauvetage (ESM) devra être acquittée en une fois au moment de sa création, au lieu des cinq traites prévues ; les profits individuels générés par les prêts de l'EFSF seront réduits ; en cas de défaut de la Grèce, le remboursement des prêts sera gelé jusqu'à l'arrivée à maturité des prêts ; il ne sera possible de récupérer que 20% de l'augmentation de la garantie octroyée. « C'est le prêt à payer. C'est pourquoi il est peu probable que d'autres pays, à part la Finlande, fasse une telle demande », a considéré M. Regling. Quand j'ai demandé si un pays autre était intéressé, « la réponse a été clairement non », a confirmé le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker. Trouvant cette solution « équilibrée et juste », le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn s'est réjoui que cette question soit « retirée de l'agenda ».
M. Juncker a réitéré que les Européens ne laisseront pas la Grèce faire faillite. L'Eurogroupe accueille favorablement les dernières mesures prises par le pays pour respecter ses engagements budgétaires en 2011 et 2012, même s'il considère qu'Athènes pourrait faire plus en matière de privatisations. Puisque le rapport de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) ne sera pas disponible à temps, une décision sur le versement de la tranche d'aide de 8 milliards d'euros dans le cadre du 1er sauvetage grec ne pourra être prise jeudi 13 octobre, date initialement prévue pour une réunion extraordinaire. Optimiste quant au déblocage des fonds, M. Juncker a précisé qu'une décision sera prise courant octobre pour un transfert des fonds en novembre, la Grèce ayant assuré qu'elle était en mesure d'honorer ses obligations financières d'ici là. Ce qui compte par-dessus tout, c'est que la Grèce parvienne dès 2012 à un excédent structurel primaire, c'est-à-dire un surplus budgétaire avant le paiement du service de la dette. Le ministre grec des Finances Evángelos Venizélos prévoit en effet un excédent de 1,5% du PIB l'année prochaine (EUROPE n° 10465).
Encore des mesures pour 2013 et 2014. Pour 2013 et 2014, l'Eurogroupe réclame de nouvelles mesures pour combler les écarts observés dans la trajectoire de réduction du déficit public, notamment en raison d'une récession plus aigüe que prévu (5,5% en 2011, 2% en 2012). « Il est fort probable que de nouvelles mesures arriveront » pour ces deux années, a admis M. Rehn. Jusqu'à quand les Grecs seront-ils capables de résister au supplice chinois de l'adoption périodique d'énièmes mesures additionnelles ? Reconnaissant que les sacrifices demandés à la population grecque sont « considérables », M. Juncker a espéré que la crise européenne de la dette n'engendrera pas de front social hostile au modèle économique imposé.
Le 2ème sauvetage grec prévoit une implication volontaire du secteur financier privé, évaluée à 37 milliards d'euros sur la période 2011-2014. Celui-ci subirait une décote de 20% sur les titres détenus. Selon le président de l'Eurogroupe, des discussions sont en cours afin de procéder à « un ajustement technique » de l'accord marqué fin juillet par le sommet de l'Eurozone car des « changements » ont été constatés depuis.
EFSF. Seuls deux pays, « les Pays-Bas et la Slovaquie », doivent encore ratifier l'accord du '21 juillet', a fait savoir M. Juncker, convaincu que les deux États membres l'auront fait d'ici « mi-octobre », à temps pour le prochain Conseil européen (17-18 octobre). À son arrivée à Luxembourg, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble avait mis la pression sur Bratislava: « Nous espérons qu'en Slovaquie, tous les responsables politiques vont prendre leurs responsabilités et garder en tête qu'ils ne prennent pas des décisions que pour eux mais pour l'ensemble de l'Europe », avait-il affirmé. La coalition gouvernementale slovaque s'est réunie, ce mardi, pour fixer une date de ratification, probablement vendredi 14 octobre. Malgré l'opposition du parti libéral SaS de coalition, la ratification slovaque du renforcement de l'EFSF ne fait guère de doute, l'opposition de gauche ayant apporté son soutien au gouvernement.
Outre des progrès enregistrés sur l'octroi conditionnel de prêt visant à soutenir le secteur financier d'un pays de la zone euro, les ministres des Finances de la zone euro ont procédé à « une première discussion sur la façon de maximiser l'efficacité de l'EFSF » sans augmenter « le volume financier » à la charge des Dix-sept, a reconnu M. Juncker.
La création d'un lien entre le fonds et la BCE ne serait toutefois pas l'option privilégiée.
Ce travail est en cours et devra être conclu d'ici la prochaine réunion de l'Eurogroupe. Les décisions sur la flexibilisation (rachat de titres de dettes souveraines) et l'augmentation à 440 milliards d'euros de la puissance de feu du fonds de sauvetage « ne sont pas suffisantes » pour lutter efficacement contre le risque de contagion de la crise de la dette souveraine, a estimé M. Rehn. La ministre espagnole des Finances Elena Salgado a vu d'un bon œil que l'EFSF puisse bénéficier d'une « capacité accrue ». Ce qui, d'après elle, ne signifie pas « une augmentation quantitative » du fonds
Gouvernance économique. A-t-il aussi été question du renforcement de la gouvernance de la zone euro ? Sur ce point, M. Juncker a estimé normal que le président du Conseil européen Herman Van Rompuy préside les réunions des Vingt-sept et celles des Dix-sept. Il ne faut « pas ériger de nouveaux murs », a-t-il considéré, en écho aux craintes d'une Europe à deux vitesses qu'expriment les pays non membres de la zone euro mais obligés, du fait de leur adhésion à l'UE, d'adopter la monnaie unique. Il ne faut pas s'attendre à de grands changements dans ce domaine, a prévenu le Premier ministre luxembourgeois. M. Juncker rencontrera M. Van Rompuy pour discuter de l'articulation entre les travaux de l'Eurogroupe aux niveaux ministériel et des chefs d'État et de gouvernement, quelques jours avant que le président du Conseil européen fasse des propositions sur le renforcement de la gouvernance économique au sommet européen d'octobre.
Selon M. Rehn, il convient de bâtir sur la réforme du Pacte de stabilité et de croissance que le Conseil Écofin a définitivement gravé dans le marbre mardi, une semaine après le vote du Parlement européen (EUROPE n° 10462). Le commissaire a promis d'utiliser pleinement les nouveaux instruments une fois en place, « au plus tard 1er janvier 2012 ». « Les sommets de la zone euro devraient se focaliser sur les grandes orientations, tandis que l'Eurogroupe doit continuer à être le moteur de la coordination économique et de la surveillance budgétaire sur la base des analyses de la Commission européenne », a-t-il estimé à propos de la répartition des compétences en matière de gouvernance économique. (MB)