Bruxelles, 04/10/2011 (Agence Europe) - La roue tourne. Les pays qui ont émergé sur la scène internationale viennent désormais à Bruxelles pour exprimer leur solidarité aux Européens englués dans la crise et prodiguer leurs conseils pour les aider à en sortir. Mardi 4 octobre à l'issue du 5ème Sommet UE/Brésil, la présidente de la République brésilienne Dilma Rousseff a tiré la sonnette d'alarme: une politique économique uniquement focalisée sur l'austérité est insuffisante pour résoudre la crise économique et financière en Europe qui menace la santé de l'économie mondiale. « L'Histoire nous montre que nous serons uniquement capables de sortir de la crise à travers une stimulation de la croissance économique couplée avec des politiques de stabilité macro-économique et des politiques sociales visant à créer des revenus et des emplois ». S'appuyant sur l'expérience de son pays, elle a estimé que la consolidation budgétaire seule est « insuffisante ». Car la récession, comme celle que traversent la Grèce ou le Portugal, conduit à une diminution du niveau de production, à une croissance du chômage et aux inégalités sociales.
Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a assuré les Brésiliens de « la détermination » de l'UE « à agir avec force pour faire face aux tensions sur les marchés de la dette souveraine et renforcer les fondations de l'Union économique et monétaire au-delà de ce qui a été déjà décidé ». Le Conseil européen des 17-18 octobre constituera un jalon important dans ce domaine, a-t-il promis.
G20. Le sommet UE/Brésil a en particulier permis aux partenaires d'échanger leurs positions sur les sujets à l'ordre du jour du prochain sommet du G20, les 3 et 4 novembre à Cannes. Mme Rousseff a plaidé pour « une action concertée » au niveau international pour éviter le retour d'une récession mondiale, à l'instar de ce que le G 20 a fait au plus fort de la crise financière de 2008. Selon elle, « l'absence d'une réglementation efficace du système financier » constitue une des raisons principales de la crise. Le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso considère pour sa part que les positions de l'UE et du Brésil sont « très similaires ». Européens et Brésiliens pourraient notamment œuvrer ensemble pour convaincre leurs partenaires de taxer les transactions financières.
Sur la situation en Syrie, M. Van Rompuy a attiré l'attention du Brésil, qui siège temporairement au Conseil de sécurité des Nations Unies, sur « la nécessité que le Conseil de sécurité adopte une résolution vigoureuse pour montrer que le monde ne tolérera pas la violence inacceptable du régime » syrien.
Le sommet aurait dû être l'occasion de signer un accord bilatéral de libéralisation du transport aérien dont les négociations ont été bouclées en mars (EUROPE n°10341). Il n'en a rien été, les Brésiliens ayant demandé un délai supplémentaire pour régler certaines questions juridiques. D'autres accords de coopération ont été signés, tels qu'un accord quadriennal visant à promouvoir la diversité et l'héritage culturels. Nous avons aussi discuté de l'initiative 'Science sans frontière' de Mme Rousseff qui ambitionne d'élargir les opportunités d'étude en Europe pour les étudiants brésiliens, a indiqué M. Barroso.
Nouveau plan d'action triennal. Au plan économique, Européens et Brésiliens ont adopté un nouveau plan d'action conjoint pour la période 2012-2014. De nouvelles coopérations devraient voir le jour, dont la mise sur pied d'un dialogue sur l'exploration spatiale civile, aux côtés des coopérations déjà existantes dans pas moins de 20 secteurs. « Ce plan va promouvoir une plus grande convergence entre l'UE et le Brésil sur des questions clés comme le changement climatique, les sciences et technologies, la R&D et les PME, et renforcer notre dialogue politique en l'ouvrant à de nouveaux domaines d'intérêt mutuel », a commenté le président Barroso. « J'ai bon espoir que dans les trois ans à venir, nous serons en mesure de développer un partenariat pour compléter nos relations économiques et commerciales », a renchéri M. Van Rompuy.
À la veille d'une nouvelle session de pourparlers du 7 au 11 novembre à Montevideo, les parties ont également fait le point sur les négociations pour un accord d'association entre l'UE et le Mercosur, le bloc économique sud-américain qui regroupe l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay aux côtés du Brésil. Dirigeants européens et brésiliens se sont toutefois bien gardés de juger l'état d'avancement de discussions qui ont tourné au ralenti en 2011. Si des progrès sont évoqués en coulisses, l'échange des offres en matière d'accès, qui était initialement attendu au printemps, est toujours en attente. « Nous sommes convaincus que l'UE et le Mercosur peuvent générer des gains économiques et politiques pour les deux régions », a seulement commenté M. Barroso, rappelant toutefois qu'avec 132 milliards d'euros d'investissement au Brésil, l'UE y est le premier investisseur, loin devant la Chine, l'Inde et la Russie réunies. (MB/EH)