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Bulletin Quotidien Europe N° 10465
Sommaire Publication complète Par article 41 / 41
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 929

*** DANIEL GAXIE, NICOLAS HUBE, MARINE DE LASSALLE, JAY ROWELL (sous la dir. de): L'Europe des Européens. Enquête comparative sur les perceptions de l'Europe. Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris. Tél.: (33-3) 21795675 - Courriel: sav@commande.eyrolles.com - Internet: http://www.eyrolles.com ). Collection « Études politiques ». 2011, 295 p., 37 €. ISBN 978-2-7178-5963-8.

Que pense réellement le citoyen européen de la construction européenne ? Cette question taraude depuis toujours les décideurs politiques. Maintenant que la crise sévit et frappe de plein fouet le citoyen dans sa vie de tous les jours, entraînant une montée en puissance des populismes et égoïsmes nationaux, elle devient un enjeu d'une importance cruciale pour la suite de l'aventure européenne à Vingt-sept ou à moins. Cet ouvrage tombe donc à pic, lui qui présente les résultats d'un programme de recherche sur « les conceptions ordinaires de l'Europe ». Mené de janvier 2006 à juin 2009, ce programme Concorde rassemblait à l'origine des sociologues et politologues français (Universités Paris I, de Strasbourg, de Picardie) et allemands (Centre Marc Bloch) et ne visait à comparer que les attitudes des citoyens allemands et français. Au fil du temps, Concorde s'est ouvert à des équipes de l'Université de Turin et du Centre de civilisation française et francophone de Varsovie, ce qui a permis d'élargir le champ de la recherche aux citoyens italiens et polonais.

L'ouvrage est divisé en quatre parties. La première présente la démarche de l'enquête, Daniel Gaxie, professeur de science politique à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, montrant ainsi que si les attitudes des citoyens ordinaires à l'égard de l'Europe ont été la source d'une grande quantité de résultats statistiques, ceux-ci soulèvent diverses difficultés méthodologiques et comportent des « points aveugles ». Les Eurobaromètres se trouvent ainsi en ligne de mire, Philippe Aldrin, professeur de science politique à l'Université Nice-Sophia Antipolis, expliquant notamment que leur statut d'instrument à la fois scientifique et politique, ainsi que leur méthodologie à base de questions fermées, méritent à tout le moins d'être discutés. Un troisième chapitre situe les techniques d'enquête alternatives, plus approfondies, privilégiées par les auteurs en vue de « mieux restituer la complexité et la diversité des perceptions et des réactions des citoyens ordinaires ». La deuxième partie du livre est consacrée à l'analyse des attitudes à l'égard de l'Europe. Dans un premier temps, un ensemble de types idéaux permettant de caractériser les dispositions des diverses catégories du public est présenté à la lumière du cas français, avant que les spécificités allemandes, italiennes et polonaises ne soient observées, ce chapitre mettant l'accent sur la diversité des principes de structuration des attitudes des citoyens ordinaires. Le caractère composite et l'ambivalence de ces attitudes sont ensuite analysés, tandis que le troisième chapitre se penche sur le contenu et la portée des expériences collectives nationales de l'intégration européenne.

La troisième partie voit des auteurs analyser les ressources et instruments que les diverses catégories de citoyens mobilisent pour exprimer des points de vue sur l'Europe. Ainsi, les moyens d'argumentation et les types de discours des divers publics sont d'abord finement recensés, avant que ne soit examinée la question de savoir si et à quel degré la possibilité d'exprimer des opinions au sujet de l'Europe dépend de connaissances techniques. Pour leur part, Giuliano Bobba (Université de Turin), Katarzyna Jaszczyk (Université de Varsovie) et Muriel Rambour s'intéressent aux moyens et aux niveaux d'information des diverses catégories du public en prenant en compte leur sentiment d'information - et de non information - pour recenser ce qui leur paraît obscur et incertain, ainsi que les éléments plus familiers qui leur servent de point d'appui pour élaborer leurs points de vue. Enfin, dans la dernière partie, des auteurs mettent en contraste les attitudes à l'égard de l'Europe de divers segments du public. Ainsi, Marine de Lassalle (Université de Strasbourg) montre que les savoirs et les perceptions des citoyens européens dépendent aussi de la manière dont l'Union européenne s'organise et se donne à voir. Pour leur part, Christèle Marchand (Université d'Avignon) et Pierre Edouard Weill (Université de Strasbourg) approfondissent l'analyse des milieux populaires dont les réactions constituent l'une des lacunes les plus criantes de la littérature spécialisée, leur objectif étant de cerner autant que faire se peut les perceptions et les appréciations des catégories de personnes qui se tiennent le plus à distance des questions européennes. Le dernier chapitre porte enfin sur les fractions du public suffisamment concernées pour s'exprimer en dehors des dispositifs d'enquête, c'est-à-dire sur les citoyens réellement mobilisés par les questions européennes. Le tout compose une analyse réaliste édifiante de la manière dont l'Europe est perçue par ses citoyens.

Michel Theys

*** REINHARD HILDEBRANDT: Staat und Zivilgesellschaft. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fac: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2011, 299 p., 37,20 €. ISBN 978-3-631-61973-5.

Cet ouvrage est avant tout une contribution théorique sur la relation entre l'État et la société civile, son auteur s'appliquant à mettre en relation les dernières évolutions politiques et théoriques s'y rapportant. L'Union européenne occupe une place particulière dans ces pages, elle qui, par sa forme, a changé la relation entre les citoyens et l'État. Reinhard Hildebrandt remonte donc aux premiers théoriciens de la philosophie politique afin d'expliquer les différents changements qu'ont subis les sociétés européennes dans leur relation avec le pouvoir. La démocratie, en ses différentes formes, est un sujet particulièrement développé par l'auteur.

Dans un premier temps, Hildebrandt reprend tout naturellement les différents auteurs ayant contribué significativement à la compréhension du système actuel. C'est ainsi que, entre autres, Thomas Hobbes, Jean Jacques Rousseau ou encore Immanuel Kant sont discutés, expliqués et pris pour références. Les différentes formes de sociétés civiles mises en avant par ces auteurs sont présentées, avant que ne soient passées en revue les différentes méthodes de relations entre sociétés civiles et pouvoirs. Dans cette partie, l'individu est placé au centre de l'étude, l'auteur présentant notamment les théories de Jürgen Habermas sur la participation directe de la société civile dans la vie politique d'un État et analysant longuement sa théorie des espaces publics. Sont ensuite abordées, notamment à l'aide de Foucault, les différentes formes de pouvoir et les particularités de l'État par rapport à celui-ci, le thème de l'hégémonie étant au cœur de ce chapitre. L'individu retrouve une place plus importante dans les pages qui suivent, l'auteur y analysant alors les libertés et les particularités laissées à l'individu dans les différents modèles exposés initialement. Les théories libérales de la conception de l'État sont omniprésentes dans ces pages.

Dans la suite de l'ouvrage, l'auteur commence par tenter de définir précisément le concept de « société civile ». Il s'y emploie en deux temps, s'employant d'abord à en offrir une définition générique avant de la préciser autant que faire se peut afin de lui donner une portée et une compréhension internationales. En point d'orgue de cette étude, la société civile est analysée de manière plus pragmatique que les exposés théoriques du début de l'ouvrage. Une vision juridique est aussi apportée par l'auteur qui développe les termes d'État et de peuple dans la constitution allemande. Il analyse aussi les différentes formes existantes de participations civiles dans les sociétés contemporaines. Plusieurs modèles de démocraties sont exposés, ainsi que les contraintes et les opportunités créées par le modèle de l'économie de marché. L'individu, son rôle, ses droits et devoirs sont également des sujets longuement explorés dans la dernière partie. De riches annexes - elles représentent le tiers de l'ouvrage - complètent le travail, envisageant certaines idées comme le nouveau marché social ou les défis induits par la mondialisation.

(JD)

*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2011, n° 2, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.

Ce numéro de la publication fédéraliste dirigée par Lucio Levi comprend notamment un article de Sylvia-Yvonne Kaufmann consacré à l'Initiative citoyenne européenne qui entrera en vigueur le 1er avril prochain, moment où, souligne-t-elle, « la démocratie transnationale directe deviendra réalité pour la première fois dans l'histoire ». L'ancienne vice-présidente du Parlement européenne et conventionnelle commence par raconter la gestation controversée de cette initiative au sein et en marge de la Convention européenne du début des années 2000, une majorité d'États membres y étant opposés pour des raisons de culture politique tout comme ils l'étaient pour l'idée d'instituer un référendum paneuropéen avancée par Alain Lamassoure. En fin de compte, une proposition formulée par le Pr. Jürgen Meyer a permis aux tenants de l'Initiative citoyenne de franchir le cap du Présidium de la Convention. Sylvia-Yvonne Kaufmann explique ensuite qu'il appartiendra aux fédéralistes de faire bon usage de l'Initiative citoyenne dès l'an prochain, de manière à ce que les citoyens retrouvent de la motivation à se rendre aux urnes lors des élections européennes de 2014.

(MT)

*** The European Union after the Treaty of Lisbon / L'Union européenne après le Traité de Lisbonne. Visions of leading policy-makers, academics and journalists / Visions de décideurs politiques, d'académiques et de journalistes. Commission européenne (DG Éducation et culture, B-1049 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2991111 - fax: 2955719 - Courriel: eac-info@ec.europpa.eu / Office des publications officielles, Luxembourg. Internet: http://bookshop.europa.eu ). 2011, 319 p.. ISBN 978-92-79-17613-5.

Cette publication rend compte des propos qui ont été tenus lors de la dernière Conférence mondiale Jean Monnet, au printemps de l'année dernière. Elle s'ouvre sur les interventions du président Barroso et de Doris Pack, présidente de la commission de la culture et de l'éducation au Parlement européen. Les travaux ont porté sur les thèmes suivants: équilibre institutionnel et coopération interinstitutionnelle ; droits fondamentaux et citoyenneté de l'Union ; le nouveau cadre pour faire face aux défis économiques mondiaux ; l'Union en tant qu'acteur de politique et de sécurité internationales. Des commissaires, des députés européens et d'éminents scientifiques y abordent l'un ou l'autre point, ainsi que des journalistes parmi lesquels Ferdinando Riccardi.

(MT)

*** MARION GAILLARD: France-Europe. Politique européenne de la France de 1950 à nos jours. De Boeck (39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480713 - fax: 5480714 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.deboeck.be ). Collection « Le point sur… Politique ». 2010, 185 p., 12 €. ISBN 978-2-8041-6016-6.

Politologue et historienne, Marion Gaillard brosse, dans cet ouvrage, un panorama à la fois synthétique, clair et fiable de la politique européenne de la France depuis les origines de la construction européenne. Après avoir brièvement rappelé « les prémices de l'idée européenne » au fil des siècles et les boucheries du siècle dernier qui n'ont laissé aux pays européens d'autre choix que de « construire l'Europe pour survivre », elle rappelle comment la France - ou, plutôt, certains Français - ont été à l'origine de « l'idée communautaire », mais aussi combien d'autres Français ont fait échouer la Communauté européenne de défense, à l'instar de ce parlementaire de droite, Adolphe Aumeran, qui lança dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale que l'Allemand « n'a nullement l'intention de se battre pour une civilisation chrétienne qu'il ignore, une démocratie qu'il raille, une Europe dont il n'a cure et dont il ne commencera à se soucier que pour en devenir le maître ». Fort heureusement, les temps ont bien changé, même si les tensions récentes crédibiliseront sans doute, aux yeux de certains, la dernière partie de l'imprécation citée. Dans le même esprit et avec le même souci d'objectivité, Marion Gaillard passe ensuite en revue l'action européenne de chaque président de la Vème République, de la « remise en cause de la méthode communautaire » par la France gaulliste lors de la crise de la chaise vide à « la France de retour en Europe » sous Sarkozy en passant par la relative « conversion à l'Europe » de Pompidou, par un Giscard d'Estaing à mi-chemin entre intergouvernementalisme et fédéralisme, par François Mitterrand qui avait « l'Europe comme horizon » et « le recul de la France en Europe ». Une analyse sans complaisance qui ne masque pas les ambiguïtés et contradictions - toujours d'actualité - de la France en matière européenne.

(MT)

*** Revue politique et parlementaire. Société d'Édition Académique et Diplomatique (3 rue Bellini, F-92800 Puteaux. Tél.: (33-9) 77768281 - fax: (33-1) 40548284 - Internet: http://www.revuepolitique.fr ). Avril-mai-juin 2011, n° 1059, 239 p., 24 €. Abonnement annuel: 61 € (France), 75 € (étranger). ISBN 978-2-85702-179-7.

Dans ce numéro d'une revue toujours de très haute qualité intellectuelle, ce sont les défis économiques et les séquences politiques qui sont analysées, au plan européen, mondial et, bien sûr, français. La manière de réduire le déficit public dans l'Hexagone, la nécessité éventuelle d'opter pour une « fiscalité française euro-compatible » et le devenir de la zone euro, donc de l'Union, sont autant de thèmes abordés.

(MT)

*** GIULIO CIPOLLONE, GUIDO RAVASI: Giuseppe Vedovato, costruttore d'Europa. Edizioni Nagard (9 via Larga, I-20122 Milan. Tél.: (39-2) 58371400 - Courriel: info@fondazionedragan.org). Collection « Fondazione Europea Dragan », n° 36. 2011, 330 p., 15 €. ISBN 978-88-96498-04-0.

Ce bel ouvrage se veut un hommage vibrant au Pr. Giuseppe Vedovato à l'occasion, cette année, de son 99ème anniversaire. Professeur émérite de l'Université « Sapienza » de Rome, Giuseppe a été de tous les combats de la grande Europe telle qu'elle s'est construite au Conseil de l'Europe de Strasbourg, étant le seul Italien à avoir présidé trois années durant son Assemblée parlementaire. La vie et la carrière du personnage sont mises en lumière par des témoignages, notamment celui d'Emilio Colombo, à la lumière de son éthique publique et de sa présence culturelle, mais aussi de sa contribution à l'histoire des relations diplomatiques entre l'Italie et la Roumanie.

(PBo)

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