Rien n'est acquis mais quelque chose a bougé. Depuis combien de temps un président de la Commission n'avait obtenu autant de soutiens et de compliments que M. Barroso, après son discours de la semaine dernière devant le Parlement européen ? Une majorité écrasante de l'hémicycle et une large partie des commentateurs et des observateurs ont estimé que la direction pour la relance de la construction européenne avait été tracée, même si le chemin entre les intentions et leur concrétisation est encore ardu. M. Barroso ne s'est pas limité à indiquer des objectifs ; il a dessiné « une stratégie de sortie de crise » fondée sur le rétablissement du fonctionnement institutionnel de l'UE tel qu'il est inscrit dans les traités. Il serait ingénu de considérer que l'orthodoxie des principes communautaires soit rétablie comme par enchantement, que les initiatives annoncées soient toutes concrétisées et que le scepticisme et parfois le découragement des opinions publiques soient à présent surmontés ; mais la semaine dernière, quelque chose a bougé.
Résultats concrets. Un discours, pour efficace qu'il soit, ne peut pas faire de miracles. Le changement réside dans le caractère opérationnel des initiatives proposées ou annoncées et du nombre de résultats qui se concrétisent. Pendant que les lamentations sur le déclin de l'Europe se multiplient, voici que sont relancés des projets qui hier encore paraissaient des chimères. J'en rappelle trois: a) le renforcement de la gouvernance économique européenne est acquis ; b) la taxe sur les transactions financières (Tobin tax) est en principe retenue, après 30 ans que l'on en parle ; c) les euro-bonds sont annoncés comme une évolution logique.
Auparavant, à propos de tels projets, l'accent était mis sur les divergences entre les États membres, au point que la plupart des observateurs, et souvent aussi les milieux concernés, estimaient que rien n'en serait sorti: analyses sans fin, scepticisme, opinions divergentes. Et voici du concret ! Les six règlements sur le fonctionnement de la gouvernance économique résultent d'une bataille qu'on aurait définie autrefois homérique entre le Parlement et le Conseil. Résultat: des règles contraignantes, assorties de sanctions automatiques à l'égard des États membres qui s'en éloigneraient: faire partie de la zone euro sans en respecter les obligations deviendra impossible. Les deux autres innovations spectaculaires perdent le caractère irréaliste qui résultait de leur rejet par certains États membres, grâce à l'introduction d'un principe simple mais radical: aussi bien la Tobin tax que les euro-bonds seront concrétisés si nécessaire sans la participation de ceux qui ne font pas partie de la zone euro: qui n'en veut pas pourra rester en marge.
L'opposition de principe des États-Unis à la Tobin tax n'a pas fait obstacle à l'orientation favorable de la plupart des États membres et de la large majorité du Parlement européen à l'égard de ce projet que la Commission propose ; la Tobin tax est acceptée comme instrument anti-spéculation, qui apportera des ressources considérables au budget de l'UE et aux budgets nationaux des États membres.
Les Grecs doivent comprendre. Certes, la concrétisation des instruments cités ne sera pas toujours aisée ; quelques révisions du traité seront indispensables, M. Barroso l'a reconnu. Mais le fonctionnement correct de la zone euro deviendra automatique. Des déviations comme celles constatées en Grèce ne pourront plus exister.
Il est vrai que l'opinion publique grecque ne paraît pas convaincue. Á Athènes, une personnalité universitaire a ainsi synthétisé la position du monde culturel local: « La Grèce vous a donné la démocratie, la philosophie, l'art, le théâtre, l'architecture… L'Europe nous doit beaucoup plus que quelques milliards
d'euros ». Cette remarque est peut-être valable à propos de la présence grecque dans l'UE ; pour cet aspect, le soutien communautaire est considérable, personne ne le conteste. Ce qui est en discussion, c'est sa participation à la zone euro, laquelle implique le respect de disciplines communes sans lesquelles la monnaie unique ne peut pas exister. Et dans ce domaine, les nouvelles règles sur la gouvernance économique de la zone euro agiront de manière automatique ; c'est indispensable, l'opinion publique grecque doit le comprendre.
Les considérations qui précèdent nous introduisent dans l'aspect institutionnel du discours de M. Barroso. Il a soutenu la méthode communautaire et le rôle de la Commission avec une fermeté et un élan qui expliquent l'accueil positif de la grande majorité du Parlement européen, même de la part de députés qui lui avaient souvent reproché de se plier trop facilement à la volonté du Conseil et des États membres. Pour M. Barroso, la Commission « est le gouvernement économique de l'Europe ». Il a plaidé pour qu'un commissaire européen assume la présidence de l'Eurogroupe. Cette rubrique reviendra demain notamment sur les implications de ce discours sur les relations de l'UE avec les pays tiers.
(FR)