Bruxelles, 27/09/2011 (Agence Europe) - La « task force » spéciale chargée d'accompagner les pays arabes entrés en démocratie, créée en juin dernier, inaugurera le 28 septembre à Tunis sa première réunion en vue de décisions « pratiques et à court terme », selon Bernardino León, l'envoyé spécial de l'UE pour la Méditerranée. Le rôle de l'UE sera « crucial » dans cette « phase historique », a-t-il souligné.
La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, accompagnée du commissaire européen au Voisinage et à l'Élargissement, Stefan Füle, plus M. León, seront présents aux côtés des hautes autorités tunisiennes et des personnalités significatives du monde économique. Les États membres, invités, sont cependant priés d'y envoyer des hauts fonctionnaires pour assurer un aspect un peu moins formel et plus pratique à une réunion voulue plus opérationnelle que politique. M. León définit la task force comme une structure dotée de « flexibilité sur le terrain » avec une « capacité de réaction à court terme ». Des représentants d'organisations multilatérales (BEI, Banque mondiale, FMI, BERD, BAD, Banque islamique de développement, AFD), des parlementaires européens et de l'UpM (Union pour la Méditerranée) y seront associés. D'autres bailleurs de fonds, du Golfe notamment, seront impliqués dans des phases ultérieures. Une invitation significative: celle de la présidente de la Confédération Helvétique, Micheline Calmy-Rey. Son pays aura un rôle important dans la récupération des avoirs détournés. Ce sujet figure parmi les principaux points à l'ordre du jour.
Les autres points portent sur les appuis financiers à la réforme de l'État et de l'économie tunisienne - le chiffre de 1 milliard de dollars ou même 1,5 milliard de dollars est cité, dont 90 millions d'euros de l'UE. L'ampleur de l'engagement européen sera précisé, notamment pour indiquer les apports nouveaux et leur nature (budgétaire ou en prêts) en sus des dotations classiques (déjà rehaussées sitôt après la 'révolution'). La BEI mettrait 130 millions d'euros dans la corbeille au profit des PME et du développement rural. Autres sujets d'importance: l'impulsion de l'emploi, le développement régional et la dynamisation de l'investissement. L'approche, selon M. León, sera celle des « 3M » définie par Mme Ashton: « Money, Market, Mobility ». La Tunisie sera le premier pays de la Méditerranée à bénéficier d'un accord sur la mobilité (facilités de visas pour les principaux acteurs économiques et de l'élite civile). Plusieurs autres actions sont envisagées dans divers domaines (industrie, infrastructures, services, formation, emploi) en plus de la remise à plat du cadre des échanges commerciaux annoncée lundi par le Conseil et la Commission (EUROPE n° 10460). Les structures de la coopération UE-Tunisie seront activées, dont le Conseil d'association.
« Nous n'allons pas passer des accords mais ouvrir une page nouvelle » dans les relations avec la Tunisie, a affirmé l'envoyé spécial européen qui a souligné que le choix de la Tunisie pour inaugurer le cycle de rencontres avec les pays partenaires n'est pas fortuit. Cela tient à la fois à des raisons de calendrier: l'approche des élections (24 octobre) et l'ouverture, le 1er octobre, de la campagne électorale, et aussi au désir, à la veille d'échéances si importantes, de délivrer un « message politique » déterminé. Il a rappelé que l'UE a tenu dès le déclenchement des « révolutions » en Méditerranée à « réagir immédiatement », notamment en décidant une « réorientation de sa stratégie » en réponse à la « requête claire » des pays partenaires. La création de la « task force » répond à une requête des pays partenaires et elle agira pays par pays, séparément.
Tunisie: aller au-delà du « statut avancé »
Pour le nouvel ambassadeur de Tunisie auprès de l'UE, Ridha Farhat: « La situation est exceptionnelle et mérite une réponse exceptionnelle de la part de nos partenaires, en premier de l'UE. Cette réponse doit être à la hauteur du défi majeur et historique qui est le nôtre, en commun et notre souhait est que l'on presse le pas dans la mise en place de mesures de soutien qui sont indispensables dans les circonstances actuelles ». « Au-delà des appuis directs, la Tunisie nouvelle mérite que son statut soit rehaussé au-delà du statut avancé, plus loin que ce que le président Prodi avait appelé, « tout sauf les institutions ». Nous ne visons pas les institutions de l'UE en tant que telle mais un rapport nouveau qui nous lie durablement, dans la confiance et dans la paix, dans l'intérêt de tous ». (FB)