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Bulletin Quotidien Europe N° 10461
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le vrai et le faux à propos des « restaurants du cœur » - Jacques Delors s'exprime

Dénigrer l'Europe. Ce qui a été affirmé ou écrit à propos du financement des « restaurants du cœur » par l'UE tient de l'incroyable. Quelle bonne occasion pour médire de l'Europe ! Et elle n'a pas été ratée, souvent avec jubilation ou démagogie. Pourtant, la situation est claire.

L'UE est un ensemble démocratique dans lequel le pouvoir de décision est partagé entre le Conseil, le Parlement et la Commission. Dans le cas qui nous occupe, les deux derniers se sont prononcés pour le maintien du financement communautaire en faveur de la distribution gratuite de denrées alimentaires ; au sein du Conseil une minorité de blocage subsiste, et le déplacement d'une voix serait suffisant pour que le problème soit réglé. La décision positive pourrait intervenir au sein du Conseil Agriculture en octobre, en novembre ou en décembre ; mais le Sommet de l'UE (Conseil européen) pourrait trancher plus tôt, car il se réunira les 17 et 18 octobre, et une nette majorité favorable existe ; il ne manque qu'un vote.

Pourquoi ce programme, qui existe depuis 25 ans, a-t-il été remis en discussion ? Parce qu'autrefois les produits alimentaires distribués aux citoyens les plus pauvres étaient des excédents de la PAC (politique agricole commune), laquelle en assurait donc la gestion. Ces excédents n'existent plus, car la PAC a rationalisé sa production et n'a plus de surplus: les produits pour les associations qui dispensent des repas doivent donc être achetés. Et ne dépendent plus de la PAC, mais - ont dit les juristes dans leur sagesse- de la politique sociale. La Commission a trouvé une formule provisoire et le Parlement l'a suivie. Au sein du Conseil, six États membres ne sont pas d'accord. Ce programme distribue annuellement 440.000 tonnes d'aide alimentaire à 18 millions de personnes. Les détails budgétaires, juridiques et humanitaires figurent dans notre bulletin n° 10456.

Une bataille qui sera gagnée. La bataille pour le sauvetage du programme est opportune et louable, mais sa défense a pris parfois un caractère discutable, par ignorance, démagogie ou mauvaise foi. La troisième attitude est la plus ignoble et la réponse est simple, il suffit de: a) constater que l'UE est unique au monde dans cette pratique qu'elle exerce depuis un quart de siècle ; b) souligner qu'aucun État membre n'a jamais envisagé un programme analogue au niveau national. En France, ceux qui crient le plus fort au scandale sont les partisans de la sortie de leur pays de l'UE. Ont-ils jamais proposé un projet national analogue ? Ils ont simplement saisi l'occasion pour décrier l'activité européenne à laquelle ils n'entendent pas participer. Dommage qu'ils aient été parfois suivis par la démagogie galopante de ceux qui ont préféré mettre l'UE en mauvaise lumière, plutôt que de s'engager dans la recherche d'un compromis qui va être trouvé, j'en suis sûr.

Entre-temps, la Commission a annoncé que, dans les perspectives financières 2014-2020, elle proposera pour les « restaurants du cœur » une dotation de 2,5 milliards d'euros au titre de la politique de cohésion.

Jacques Delors s'exprime. Un portrait de M. Delors ? C'est pour ce vendredi 30 septembre sur une chaîne de télévision française (France 5 à 21h30) avec sa participation. Les anticipations sur le contenu, déjà enregistré, attirent l'intérêt. Il est quand même l'unique homme politique de grande envergure qui ait acquis sa renommée, dans son pays et dans le monde, en bonne partie pour son action au niveau européen. Interrogé sur son refus de la dernière heure, en 1995, de se présenter comme candidat à la présidence de la République dans son pays, il répond qu'il s'est senti «peu assimilable dans le jeu politique français, plus assimilable au jeu politique européen». Il a fait sa première communion au son de L'Internationale et il trouvait que ces deux éléments «allaient très bien ensemble», même si ensuite son comportement a toujours prouvé son indépendance aussi par rapport au parti socialiste, dont il était membre: « J'ai été toujours rétif à la discipline de parti ». Il s'est d'ailleurs appuyé autant sur un démocrate-chrétien (Helmut Kohl) que sur un socialiste (François Mitterrand) pour faire progresser la construction européenne. Il lui arrivait « d'oublier de quel parti je suis, de quelle nation je suis ». Sa patrie est l'Europe.

Et lorsque la construction européenne est en jeu, il sait ce qu'il veut. Après avoir obtenu la création de la monnaie unique, quelles batailles pour dénoncer le déséquilibre entre les deux volets de l'UEM (Union économique et monétaire), avec le volet monétaire bien établi, mais sans volet économique effectif et fonctionnant! L'UEM boite encore à son avis, et globalement il affirme: « Je n'ai obtenu que 50% de ce que j'aurais aimé faire ». Le nouveau projet qu'il préconise est l'Union européenne de l'énergie, indispensable face à la cacophonie des égoïsmes nationaux et à l'inexistence, ou presque, de positions communes.

Lorsqu'on l'applaudit, il observe: « La standing ovation ? Ce n'est pas pour moi, c'est pour l'Europe. » Parce qu'il continue à y croire. Nous en avons tous besoin. (FR)

 

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