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Bulletin Quotidien Europe N° 10414
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Présidences hongroise et polonaise: élargir le regard

Beaucoup a été dit et écrit, y compris dans cette rubrique, sur le passage de la présidence du Conseil de la Hongrie à la Pologne. Quelques remarques de caractère général ne sont peut-être pas inutiles.

Hongrie: deux aspects. L'évaluation de la présidence hongroise comporte deux parties qui doivent être, à mon avis, nettement séparées: a) éloges, plus ou moins accentués selon l'origine politique de celui qui les exprime, pour la gestion des dossiers communautaires ; b) réserves, ou critiques explicites, sur des dossiers hongrois internes, comme la loi sur la liberté de la presse et surtout la nouvelle Constitution.

La réussite largement reconnue du volet «communautaire» confirme l'effet positif de la connaissance directe des dossiers. Au départ, le chef du gouvernement hongrois et ses ministres avaient assumé leurs fonctions européennes avec préjugés et méfiance ; il n'était pas excessif de les définir eurosceptiques. Ensuite, la compréhension progressive de la réalité communautaire et de ses objectifs a modifié leur attitude et leur capacité à gérer les dossiers et à définir des compromis, avec l'appui de la Commission et de ses services. Quant au volet national, il couvre des questions hongroises internes que l'UE ne peut pas ignorer, mais qui n'ont n'a rien à voir avec la présidence du Conseil: si certains aspects de la nouvelle Constitution et de la loi régissant les moyens d'information sont en conflit avec des principes européens ou avec des codes internationaux, le Parlement et la Commission seraient de toute manière intervenus. D'ailleurs, les polémiques et les analyses se prolongent après l'expiration de la présidence hongroise.

Le vrai problème. En fait, un problème hongrois existe et il est très complexe et sensible. Après la fin de la première guerre mondiale, en 1920, la Hongrie avait été amputée des deux tiers de son territoire. Des millions d'Hongrois de cœur et de langue sont devenus citoyens de pays voisins, tout en gardant leur identité et leur langue. Leur droit au passeport hongrois et leur droit de vote ont été récemment confirmés et renforcés, ce qui provoque difficultés et complications avec les États où ils résident, et aussi au niveau de l'UE (fonctionnement de l'espace Schengen). C'est ça, le problème hongrois en Europe ; et il devient plus aigu lorsque la droite est au pouvoir à Budapest. Mais dans l'UE personne n'en parle, ni à Bruxelles, ni à Strasbourg. Il faudra oser en parler un jour, même si les lois sur la nationalité échappent au droit communautaire.

L'orgueil polonais. Quant à la Pologne, les évaluations ne doivent pas négliger les éléments liés aux facteurs psychologiques et je dirais presque sentimentaux: la satisfaction pour le chemin accompli, l'orgueil national dans le sens positif. Les plus anciens d'entre nous n'ont pas oublié l'époque où le plombier polonais était considéré comme le prototype du travailleur qui venait en Europe occidentale chiper le travail de la main- d'œuvre locale, en cassant les prix: c'était la crainte du dumping social. À présent, les travailleurs polonais ont les emplois chez eux, et le taux de croissance économique de leur pays dépasse amplement celui de la zone euro. L'Allemagne songe aux ingénieurs et aux informaticiens polonais pour combler l'insuffisance de sa main-d'œuvre qualifiée. Le chômage a presque disparu à Varsovie, à Gdansk ou à Katowice (même si les petites villes de l'Est restent encore à l'écart). Les autorités reconnaissent le rôle essentiel du soutien de l'UE: depuis 2004, 67 milliards d'euros au titre de la politique régionale et de cohésion et 14 milliards pour l'agriculture. Mais combien d'États membres ont obtenu des financements comparables, voire en proportion supérieurs, sans obtenir des résultats analogues ? La Pologne, après l'époque sinistre des frères Kaczynski, a bien utilisé la manne européenne, ainsi que les investissements qui ont suivi en provenance d'Allemagne, de France et d'ailleurs, notamment pour les infrastructures (voies ferrées, autoroutes, aéroports). Sans oublier que les volets culturels et artistiques ont été tout autant soignés: Chopin en tête, c'est normal, mais aussi Cracovie, le Collège d'Europe à Natolin et le renouvellement de la civilisation agricole. Le sport participe également à cet élan (l'année prochaine, ce sera le championnat européen de football). Tout concourt à l'optimisme et à l'élan, qui vont se répercuter sur l'action polonaise à la tête des Conseils ministériels de l'UE.

Un point d'interrogation. Il subsiste pour moi le mystère de l'appui polonais à l'adhésion de la Turquie, grand pays qui mérite l'expansion de son poids dans le monde, mais qui agit pour son compte et a ses problèmes spécifiques. Pourquoi la Pologne veut-elle étendre l'Europe jusqu'au cœur de l'Asie, en la diluant ? Comment ne pas comprendre qu'une UE diluée serait plus vaste mais moins unie, doublon du Conseil de l'Europe ? Et combien de régions perdraient en grande partie les financements communautaires actuels, au titre de la politique de cohésion et de la politique agricole commune ? Je ne comprends pas. (F.R.)

 

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