Bruxelles, 05/07/2011 (Agence Europe) - Pas de surprises pour le chef du gouvernement hongrois Viktor Orban à l'heure du bilan de six mois de présidence hongroise: si le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et tous les membres du PPE ont tressé des louanges à M. Orban, le verdict des autres groupes, souvent positif sur les réalisations concrètes de la présidence, a été très sévère sur le style personnel de M. Orban et sur ses initiatives concernant la législation sur les médias et la nouvelle Constitution hongroise. Le président Barroso a ouvert le débat en évoquant point par point les résultats obtenus au cours de la présidence hongroise (dont un, l'accord sur le brevet européen, a mis fin à des décennies de blocage). Que ces résultats aient été possibles dans des circonstances difficiles pour l'Union va tout à l'honneur de la présidence hongroise.
Ce bilan positif a été repris point par point par le président du PPE, le Français Joseph Daul, qui a terminé en disant « merci à la présidence hongroise et courage à la présidence polonaise ».
Oui, la présidence hongroise a bien travaillé, notamment sur le dossier croate et sur la stratégie concernant les Roms, mais elle a moins bien joué son rôle de représentation et d'exemple, selon l'Autrichien Johannes Swoboda, au nom du groupe S&D. Vous avez remercié le PPE et seulement le PPE, s'est lamenté M. Swoboda: on n'a jamais vu une présidence se féliciter de la bonne collaboration avec un seul groupe. Les socialistes ne sont pas les seuls à vous critiquer, a-t-il ajouté, en citant les propos du ministre américain des Affaires étrangères Hillary Clinton.
La position du groupe ADLE est proche de celle des socialistes: l'Allemand Alexander Graf Lambsdorff a reconnu les bons résultats de la présidence dans de nombreux domaines (même s'il aurait souhaité plus en ce qui concerne la gouvernance) mais n'a pas ménagé les critiques au sujet de la législation sur les médias (qui a été amendée, mais pas sur les questions clés) et sur le processus d'adoption de la Constitution. « Il y a un devoir de vigilance vis-à-vis de tous les pays de l'Union, y compris le mien », a-t-il conclu. Je ne vous comprends pas, s'est exclamé Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE) en s'adressant à Viktor Orban: ici vous parlez d'une certaine manière, chez vous d'une autre, en affirmant que vous n'allez pas vous soumettre aux « diktats de Bruxelles ». « C'est un cas de schizophrénie généralisée », a constaté l'élu allemand: à Strasbourg et à Bruxelles, votre équipe fait du bon travail, à Budapest, on « détricote » ce qu'on a fait.
La déception exprimée par Jan Zahradil (ECR) a une toute autre origine: l'élu tchèque déplore ce qu'il considère comme une regrettable tendance non seulement de la Hongrie mais des nouveaux États membres en général à se conformer à la position des « anciens », en s'accrochant à des idées pour lui dépassées et qui ne mobilisent pas les citoyens. J'aime la Hongrie et la culture hongroise, a lancé son compatriote Miloslav Ransdorf (GUE/NGL), mais je dois constater que « le bilan de la présidence est nul ». Quant aux compliments exprimés par le Britannique Nigel Farage (EFD), ils sont à double tranchant: votre défense de l'état-nation fait de vous l' « arme secrète des eurosceptiques », a-t-il affirmé. À l'issue du débat M. Orban l'a remercié pour ces « aimables propos », en ajoutant énergiquement « mais nous, les Hongrois, nous ne sommes pas eurosceptiques ».
Un certain nombre d'élus du PPE ont tenu à réaffirmer leur satisfaction sur le travail de la présidence hongroise, notamment l'Italien Carlo Casini, qui a salué la bonne coopération avec sa commission et estimé que l'Union n'a pas à critiquer les constitutions nationales. Il a reçu un démenti indirect de la part du vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefcovic, qui a déclaré à la fin du débat: « C'est une affaire sérieuse qui mérite une analyse approfondie…La Commission prend au sérieux son rôle de gardienne du droit dans l'Union et n'hésitera pas à utiliser ses prérogatives ».
Une volée de critiques est encore venue des socialistes et des libéraux: le socialiste hongrois Csaba Sandor Tabajdi a parlé de « démantèlement de l'état démocratique ». Il a aussi tenu à rappeler que les premières réserves concernant la législation sur les médias ont été exprimées par des gouvernements de droite ou centre-droite (allemand, français, luxembourgeois). Dans le même esprit, la Suédoise Lena Ek (ADLE) estime que la présidence hongroise, efficace sur plusieurs dossiers, n'a pas bien servi l'image de l'Union en tant que défenseur de la démocratie et des droits de l'Homme. Dans le même groupe, le Luxembourgeois Charles Goerens ne partage pas l'optimisme de Viktor Orban: l'Europe n'est pas plus forte qu'il y a six mois, c'est la spéculation, ce sont les adversaires de Schengen qui se sont renforcés. Quant aux futurs élargissements, ils rendront l'Union plus forte si elle se donne des règles permettant de « respecter les critères de Copenhague non seulement avant mais aussi après l'adhésion ».
Viktor Orban persiste et signe: « Sans le soutien du PPE, la présidence hongroise n'aurait pas obtenu les mêmes résultats ». Et il a défendu la nouvelle Constitution hongroise, une constitution démocratique et moderne. (L.G.)