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Bulletin Quotidien Europe N° 10412
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Faire avancer des dossiers difficiles, priorité de la présidence polonaise

Retour de l'optimisme, mais... L'Europe est entrée, grâce à la nouvelle présidence du Conseil, dans une phase d'optimisme (voir cette rubrique d'hier). « L'Union européenne est le meilleur endroit du monde pour y naître et vivre », a déclaré le Premier ministre polonais Donald Tusk, en ajoutant que « 80% des Polonais se disent satisfaits de l'appartenance de leur pays à l'Union ». Comment ne pas se féliciter de ce retour, à la tête du Conseil, d'enthousiasme et de confiance ? Sans toutefois s'attendre à des miracles: pour les grands dossiers, la présidence ne peut qu'ouvrir les débats ; ce n'est pas en quatre mois que seront établies les « perspectives financières » de l'UE pour la période 2014-2020. Au-delà des difficultés objectives et des délais nécessaires, la Pologne a annoncé, sur quelques dossiers sensibles, des orientations qui ne correspondent pas à celles d'autres États membres. C'est normal, mais il ne faut pas oublier que la tâche de la présidence est de rechercher des compromis en tenant compte des positions de tous ; elle ne peut pas imposer les siennes.

Dans l'Eurogroupe avec prudence. La présence du ministre polonais des Finances aux travaux de l'Eurogroupe, alors que son pays ne fait pas partie de la zone euro, avait suscité au départ quelques réticences. De Varsovie, on a expliqué qu'il est difficile de présider le Conseil Économie/Finances sans être au courant de ce que l'Eurogroupe prépare ou décide, en soulignant que la situation de la Pologne n'a rien à voir avec celle d'autres États membres hors zone euro: le Royaume-Uni et le Danemark ont demandé eux-mêmes une dérogation, et la Suède utilise des astuces pour ne pas adhérer (en attendant que son opinion publique évolue). La Pologne en revanche fera le grand pas dès que les conditions seront remplies, et il est pour elle opportun de suivre directement la naissance et l'évolution des règles qu'elle appliquera le moment venu. Moins opportunes, peut-être, les remarques du ministre polonais des Finances sur la discipline imposée par l'Eurogroupe à la Grèce, trop restrictive à son avis ; initiative curieuse, étant publique.

Dépenser plus ? Parfois, la présidence polonaise a indiqué avec fermeté et clarté ses objectifs. À propos des nouvelles perspectives financières citées hier, elle a annoncé son soutien à un budget européen fort qui « doit être un outil d'investissement contribuant largement au regain de la croissance dans l'UE. L'élément principal doit rester la politique de cohésion. Le nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) doit confirmer le principe que la réponse appropriée à la crise est l'approfondissement de la coopération », impliquant la solidarité entre les États membres. Que dire ? En tant que position nationale, c'est licite, sans oublier que plusieurs gouvernements se sont prononcés contre l'augmentation des dépenses et que la tâche de la présidence est de concilier les positions et de rechercher des compromis, sans anticiper le résultat souhaité.

Équilibrer la PAC. Encore plus explicite est le cas de la révision de la PAC (politique agricole commune). Le document de la présidence indique: « Un des objectifs sera la définition d'un nouveau système de paiement direct, basé sur des critères objectifs et non historiques », ajoutant que le deuxième pilier de la PAC devra être « davantage complémentaire avec la politique de cohésion ». Le ministre de l'Agriculture avait auparavant pris position en faveur d'un taux uniforme de « paiement direct à la surface » et le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Mikolaj Dowgielewicz, a déclaré que la PAC devrait appliquer le même traitement à tous les agriculteurs, qu'ils appartiennent aux anciens États membres ou aux plus récents. Je réaffirme: en tant que position nationale, c'est parfait et sur ce point la Pologne a sans doute largement raison. Mais mon refrain ne change pas: la présidence ne doit pas épouser une position nationale mais faciliter les compromis.

Contraignant ou volontaire ? Troisième exemple: l'énergie verte. En Pologne, près de 94% de l'électricité est produite au charbon. Il est raisonnable d'en tenir compte. Mais je ne crois pas que la présidence du Conseil soit dans son rôle en affirmant que la Pologne « considère que des engagements plus ambitieux au niveau européen (par rapport à ceux définis en 2008) devraient se faire sur la base de la bonne volonté de chaque État membre, sans mesures contraignantes ». Je répète: en tant que position polonaise, c'est compréhensible, comme position a priori de la présidence, ce ne l'est pas.

D'ailleurs, au sein du Conseil, les délégations nationales et la présidence sont séparées ; la Pologne aura l'occasion de s'exprimer en tant que telle. Mais le programme de la présidence ne peut pas anticiper ce qui devrait être, à son avis, le résultat de la discussion. Ces remarques n'enlèvent rien au message de Varsovie, axé sur l'optimisme et la volonté de faire progresser l'UE dans le sens communautaire.

(F.R.)

 

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