Bruxelles, 21/06/2011 (Agence Europe) - Donnant suite aux travaux du G8 de Deauville, fin mai, et de la réunion des nations du G8 et de l'agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire, début juin, les ministres des pays membres de l'AIEA, réunis cette semaine à Vienne, plaident pour une amélioration des normes de sûreté à l'échelle mondiale, une coopération internationale renforcée et un rôle accru de l'AIEA. Mais les puissances nucléaires masquent difficilement leur réticence à abandonner un peu leur souveraineté.
La première journée de la conférence ministérielle de l'Agence internationale de l'énergie atomique, consacrée, du 20 au 24 juin à Vienne, aux normes de sûreté, s'est achevée par l'adoption par les pays membres de l'agence onusienne d'une déclaration très consensuelle plaidant pour des améliorations en matière de sûreté nucléaire à l'échelle mondiale, tout en soulignant la nécessité de recevoir du Japon et de l'AIEA une évaluation complète et transparente de l'accident survenu le 11 mars à la centrale de Fukushima Daiichi pour pouvoir agir à l'avenir en se basant sur l'expérience acquise, ce qui inclut une révision des normes de sécurité appropriées de l'AIEA, en particulier celles concernant des risques graves multiples. La déclaration met aussi en exergue les avantages de mener des évaluations de sûreté renforcées et de haute qualité par des experts internationaux indépendants, en particulier dans le cadre de l'AIEA. Les ministres font également part de leur engagement à renforcer le rôle central de l'AIEA en encourageant la coopération internationale pour accroître la sûreté nucléaire globale. La déclaration insiste aussi sur la nécessité d'améliorer l'état de préparation à des situations d'urgence et la réponse aux accidents nucléaires, aux niveaux régional et international, et réclame un rôle plus fort pour l'AIEA, notamment via l'extension de ses capacités de réponse et d'aide. Les ministres plaident par ailleurs pour une formation accrue des régulateurs et opérateurs nucléaires, et insistent sur le besoin d'un vrai régime de responsabilité nucléaire global. Enfin, le directeur général de l'AIEA est appelé à élaborer et présenter à l'assemblée générale de l'AIEA en septembre un rapport sur la conférence et une ébauche de plan d'action qui abordera les questions pertinentes liées à la sûreté nucléaire.
Ouvrant les travaux de la conférence, le patron de l'AIEA Yukiya Amano avait auparavant joué les chiens de garde en matière de sûreté nucléaire, préconisant la généralisation, dans un délai de 12 à 18 mois, de tests de résistance (stress tests), suivis d'inspection, appliqués à tous les réacteurs nucléaires dans le monde. « Nous devons vérifier systématiquement et régulièrement la sûreté de toutes les centrales nucléaires », a insisté lundi le responsable de l'agence onusienne qui, tout en se gardant bien de contester la responsabilité des États concernant leurs centrales nucléaires, veut aller plus loin et souhaite qu'on permette à l'agence de jouer un rôle de « gendarme » en matière de sûreté, à l'instar de son rôle en matière de non-prolifération de l'arme atomique, mais sans avoir à changer de statut, ce qui nécessiterait d'âpres négociations entre des pays membres très divisés sur la question. Appelant à généraliser l'exercice des stress tests à tous les réacteurs, en particulier face aux risques de catastrophe naturelle et de perte d'alimentation électrique ou de circuits de refroidissement, et sur le modèle des tests décidés par l'UE, après Fukushima, ou des contrôles similaires menés aux États-Unis ou en Russie, M. Amano a insisté pour que les évaluations nationales soient suivies de tests par des experts internationaux de l'agence onusienne. Devant l'impossibilité pour l'AIEA, dont la mission est de promouvoir le nucléaire civil, d'examiner l'ensemble des 440 réacteurs nucléaires du monde, M. Amano propose de mener cet exercice sur la base d'un système de sélection aléatoire - l'AIEA pourrait tester une centrale sur dix d'ici à trois ans - qui encouragerait les exploitants de centrales, qui seraient susceptibles d'être contrôlés à n'importe quel moment, à appliquer les critères de sûreté les plus stricts.
Dans un message adressé à la conférence, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a dit attendre « des propositions concrètes pour le bien public international qu'est la sûreté nucléaire ». M. Amano s'est de son côté dit confiant d'obtenir, à l'ère post-Fukushima, l'agrément des pays membres pour ses propositions. Reste que, comme l'a admis la ministre française de l'Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, les puissances nucléaires acceptent sur le fond « la nécessité de travailler ensemble et d'accepter les regards croisés » et ne critiquent pas publiquement les tests de résistance, ni l'examen par les pairs, mais restent « très sensibles à leur souveraineté » dans ce domaine. Pour le président de la conférence, le Brésilien Antonio Guerreiro, le patron de l'AIEA a fait preuve d'audace. « Il savait sans doute que certaines de ses propositions seraient reçues avec réserve », a-t-il déclaré à la presse. De source diplomatique, États-Unis et Chine se sont montrés sceptiques. Seule la Russie a jugé publiquement « très intéressantes » les propositions de M. Amano. (E.H.)