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Bulletin Quotidien Europe N° 10401
Sommaire Publication complète Par article 40 / 41
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 919

*** BERND ZIELINSKI, BRIGITTE KRULIC (sous la dir. de): Vingt ans d'Unification allemande. Histoire, mémoire et usages politiques du passé. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Travaux Interdisciplinaires et Plurilingues », n° 15. 2010, 258 p., 45,
80 €. ISBN 978-3-0343-0555-6.

Il est bien loin le temps où l'Allemagne fédérale des Adenauer, Schmidt et Kohl passait pour le soutien inconditionnel de la construction européenne, allant jusqu'à faire son deuil d'un DM sacralisé outre-Rhin pour complaire à ses partenaires et calmer leurs appréhensions suite à l'unification allemande du 3 octobre 1990. De là à penser que celle-ci a constitué une rupture dans les perceptions des dirigeants allemands par rapport aux sentiments politiques empreints de retenue et de conciliation qui prévalaient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n'y a qu'un pas aujourd'hui franchi allègrement par de plus en plus de personnes - et pas seulement des Grecs. D'où l'intérêt de ce livre qui, en dix contributions en français et deux en allemand, voit d'éminents spécialistes proposer des analyses rigoureuses et pluridisciplinaires de différents aspects juridiques, économiques et géopolitiques de ce moment charnière de l'histoire du continent européen, tout en étudiant également les enjeux mémoriels qui en découlent en Allemagne.

Il va de soi qu'un ouvrage de cette nature ne peut être présenté de manière fiable en quelques lignes, tant il est riche en éclairage divers. Il est seulement possible de mentionner les têtes de chapitre. Sur le plan juridique, l'unification est étudiée à la lumière du choix de Bonn - et de Bonn seulement - d'offrir l'adhésion à l'Allemagne occidentale plutôt que de donner à l'Allemagne réunie une nouvelle constitution, le Pr. Matthias Rossi abordant aussi dans sa contribution les modalités de l'intégration de l'ex-RDA dans l'Europe communautaire. Les diverses modalités de l'union économique, monétaire et sociale du 1er juillet 1990, prélude à l'unification politique, sont ensuite analysées, les projecteurs étant notamment focalisés sur la stratégie de transformation ayant pris la forme d'une « thérapie de choc » marquée, ainsi que le résument les deux coordinateurs de l'ouvrage, « par une confiance excessive dans les forces d'autorégulation du marché » - ce dont l'ancienne Allemagne de l'Est porte encore les stigmates. Trois contributions sont également consacrées au cadre international de l'unification, qu'il s'agisse des interactions stratégiques entre les États-Unis, l'Union soviétique et l'Europe communautaire à ce propos ou des réactions des dirigeants soviétiques face à la chute du mur de Berlin, les enjeux diplomatiques et politiques liés à cette « réouverture inopinée de l'histoire européenne » étant éclairés par Pierre Morel, diplomate français qui était aux premières loges. D'autres contributions abordent ensuite la thématique des enjeux identitaires (notamment à la lumière des slogans qui furent scandés à l'automne 89 en RDA, du « nous sommes le peuple » au « nous sommes un seul peuple »), du retour controversé du paradigme de la normalité dans les discussions après la réunification, des controverses - qui subsistent toujours - à propos de la nature du régime de la RDA… L'ouvrage se conclut sur un détour par l'Ukraine, autre pays meurtri que travaillent des problématiques mémorielles et identitaires.

Dans un premier temps, l'unification allemande a été le déclencheur d'un nouvel approfondissement de l'intégration européenne avec la monnaie unique à l'horizon. Mais, rappellent Bernd Zielinski et Brigitte Krulic, l'Allemagne a réussi à introduire dans le même traité de Maastricht « des éléments clé de sa culture de stabilité en matière de politique budgétaire et monétaire » dont on n'a pas fini de parler par les temps qui courent.

Michel Theys

*** CHANTAL METZGER (sous la dir. de): La République démocratique allemande. La vitrine du socialisme et l'envers du miroir (1949-1989-2009). Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 373 p., 41,50 €. ISBN 978-90-5201-633-7.

Prolongement d'un colloque international des sciences historiques tenu à Nancy voici deux ans, ce livre prolonge aussi celui dont il est question ci-dessus en ce qu'il se concentre, pour sa part, sur la très brève existence - quarante ans à peine - de la République démocratique allemande. Revisitant l'histoire de ce pays longtemps diabolisé par les uns et idéalisé par d'autres, ce à la lumière, entre autres, de sources est-allemandes et soviétiques désormais disponibles, les auteurs explorent en vingt-et-une communications trois thèmes principaux: la vie quotidienne en RDA, les relations extérieures de ce pays, ainsi que la mémoire de la RDA et « l'Ostalgie » qui, à ce jour, persiste chez bien des Allemands de l'Est socialement meurtris qui voient en leur ancien pays « une sorte de paradis perdu ». Dans un premier temps, des auteurs mettent particulièrement l'accent sur le vécu des populations de l'ex-RDA, à la fois sur ce que le régime du parti communiste SED cherchait à faire connaître à l'Occident et sur la situation réelle qui prévalait, y compris une résistance permanente au régime dans le chef de jeunes et de dissidents. D'autres auteurs abordent ensuite de manière détournée la vie politique sous la dictature communiste, notamment par le biais de la propagande et des emblèmes culturels, tandis que l'histoire sociale et économique fait l'objet de trois contributions, l'une concernant le sort de la femme est-allemande, la deuxième l'édification de villes nouvelles et, enfin, l'exploitation de l'uranium. Plusieurs contributions font encore le point sur les relations entretenues par la RDA avec les pays non communistes, l'ouvrage se terminant par quatre réponses à la question de savoir ce qu'il reste de la RDA vingt ans après. (MT)

*** HENRIK HEIDENKAMP: Der Entwicklungsprozess der Bundeswehr zu Beginn des 21. Jahrhunderts. Wandel im Spannungsfeld globaler, nationaler und bündnispolitischer Bestimmungsfaktoren. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Sicherheit in der multipolaren Welt », n° 1. 2010, 364 p., 48,80 €. ISBN 978-3-631-60107-5.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne a toujours limité son développement militaire. Suite à son passé militariste et aux restrictions imposées par certains pays, ses missions ou le nombre de ses militaires sont longtemps restés limités. Cependant, les années 2000 ont vu un changement et un développement au sein de l'armée fédérale allemande. Plusieurs raisons l'expliquent, tant sur le plan international que national. La transition vers un monde dominé par plusieurs puissances a ainsi joué un rôle très important, tout comme l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques en Allemagne. Ce sont deux aspects très longuement examinés dans cet ouvrage.

Dans une première partie, Henrik Heidenkamp s'intéresse aux évolutions sur la scène internationale, la première décennie du vingt-et-unième siècle ayant vu l'émergence de nouvelles grandes puissances, ce qui n'a pas été sans répercussions pour l'Allemagne ainsi qu'en témoigne par exemple son importance grandissante au sein de l'Organisation des Nations Unies. Dès lors, plusieurs pays lui ont demandé de prendre part active dans certains conflits, comme celui en Afghanistan. La Bundeswehr a dû alors opérer une importante transformation interne, notamment stratégique, afin de répondre à ses nouvelles missions. L'auteur se tourne ensuite vers les raisons internes à l'Allemagne qui expliquent les développements et transformations opérés au sein de l'armée. La culture de sécurité allemande était avant tout basée sur la retenue de l'instrument militaire, ce sujet étant particulièrement sensible dans la politique allemande. Or, le changement culturel opéré au cours de la dernière décennie a vu certains tabous sauter dans la société, celle-ci témoignant plus d'un désintérêt amical que d'une opposition aux réformes. Heidenkamp aborde aussi la dimension politique, tant nationale qu'européenne, retraçant notamment l'évolution des dépenses et du financement de l'armée afin de la préparer à ses nouvelles missions. Les récentes tensions entre le corps militaire et le monde politique, tant au niveau exécutif que législatif, sont aussi étudiées. L'auteur focalise enfin son attention sur les alliances de l'Allemagne et leur rôle d'impulsion dans l'évolution et le développement de la Bundeswehr. Les deux principales organisations dont l'Allemagne est membre, l'Otan et l'Union européenne, sont mises en évidence, l'auteur montrant notamment que le développement de la Politique européenne de sécurité et de défense a joué un rôle déterminant dans l'évolution des pratiques politiques à Berlin, ainsi que dans les missions dévolues à l'armée. L'Allemagne fut le grand point d'interrogation de l'Otan lors de sa création ; elle s'est aujourd'hui affirmée comme un de ses membres les plus influents, sa montée en puissance - voulue principalement par ses partenaires - étant l'une des raisons fondamentales de l'évolution du rôle de son armée. Ne reprenant pas seulement le contenu des politiques prises au sein de ces deux organisations et le rôle de l'Allemagne en leur sein, l'auteur décrit le rôle de catalyseur joué par ces alliances dans le développement de la Bundeswehr pendant la dernière décennie, décrivant et analysant ainsi la dynamique interne et externe qui a mené l'armée allemande à devenir une armée « d'alliance ». (JD)

*** HASAN KAYGISIZ: Menschenrechte in der Türkei. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 430 p., 60,60 €. ISBN 978-3-631-59892-4.

Les discussions sur l'éventuel avenir européen de la Turquie sont en cours depuis de nombreuses années. Associé à l'Europe communautaire depuis 1963 déjà, ce pays a toutefois dû attendre jusqu'à 2005 pour que les vraies négociations d'adhésion démarrent. Dès cet instant, les commentaires les plus virulents n'ont pas tardé à se faire entendre, notamment pendant la campagne présidentielle française ou en Allemagne, où vit la plus grande communauté d'origine turque en dehors de la Turquie. Le processus d'adhésion paraît plus long et plus pénible pour la Turquie que pour d'autres prétendants. Rien d'anormal à cela puisque, outre les difficultés que connaît la patrie d'Atatürk avec le cas problématique de Chypre, la question des droits des minorités et celle des droits de l'Homme représentent de véritables obstacles à l'adhésion de ce pays. Ce sont précisément les thèmes qui sont tout particulièrement analysés dans cet ouvrage. Hasan Kaygisiz y aborde toutefois le processus d'adhésion et le cas spécifique de la Turquie de manière beaucoup plus large: contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre du livre, le thème des droits de l'Homme n'est pas le seul à être étudié, une large place étant aussi faite à la politique étrangère de la Turquie et à sa situation intérieure, notamment sous l'angle de la question des droits individuels et des minorités.

Après une introduction d'une quinzaine de pages où l'auteur présente le thème de l'ouvrage ainsi que la méthodologie suivie, les différentes théories sous-jacentes à l'intégration européenne sont présentées, à savoir les théories de l'hégémonie, du néo-fonctionnalisme ou de l'intergouvernementalisme libéral. L'auteur s'y intéresse aussi aux questions relatives à l'universalisme des droits de l'Homme. Il s'attaque ensuite aux différents aspects de la politique étrangère turque, passant tour à tour en revue le rôle international de ce pays depuis la fin de la guerre froide, les avantages géostratégiques qu'il voit à entrer dans l'Union européenne, ainsi que ceux des États-Unis qui sont de chauds partisans de cette adhésion. L'auteur analyse ensuite le rôle des différentes institutions en Turquie, accordant tout naturellement une attention toute particulière à l'armée et à la religion. Par la suite, il passe en revue la quasi-totalité des négociations entre la Turquie et l'Union européenne depuis les années 90, le processus d'adhésion ainsi que les critères appliqués étant analysés dans un chapitre spécifique. La dernière partie de l'ouvrage est uniquement consacrée à la situation interne, les questions des droits de l'Homme et des droits des minorités étant analysées en tout premier lieu avec, en particulier, une attention particulière accordée au sort de la minorité kurde de l'est du pays. Par ce biais, Hasan Kaygisiz s'emploie à vérifier la manière dont les critères de Copenhague peuvent s'appliquer concrètement dans le cas de la Turquie, envisageant tour à tour, entre autres, le système judiciaire, les libertés individuelles et les droits politiques en Turquie. Les arguments pour et contre l'adhésion de la Turquie à l'Union sont discutés dans les deux dernières parties, l'auteur détaillant d'abord les avantages et difficultés qu'il y a pour l'Union d'accueillir la Turquie avant de voir, à l'inverse, les sentiments qui s'expriment sur ce registre en Turquie. (JD)

*** JAMAL MALIK (sous la dir. de): Mobilisierung von Religion in Europa. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 419 p., 65,20 €. ISBN 978-3-631-60037-5.

Au sein de l'Union européenne, les sociétés évoluent de plus en plus vers un modèle laïque où l'identité religieuse se voit occultée. Au même moment, certains dirigeants de l'Union ont déclaré publiquement que les origines de l'Europe se trouvaient dans la religion chrétienne. Force est de constater que les religions constituent à nouveau, aujourd'hui plus qu'hier, une ligne de fracture au sein de la société européenne. Diverses lois et autres réglementations ont été votées par des parlements nationaux afin de limiter la visibilité des expressions religieuses dans leur société, créant de facto une crise identitaire chez les personnes concernées. L'ouvrage collectif dirigé par Jamal Malik part de ce constat. Dans la société européenne en général comme dans des cas plus ciblés, la place de la religion pose question. Sur ce plan, le contexte chypriote est emblématique, le pays étant notamment divisé sur la base d'une fracture religieuse et la religion étant utilisée dans le processus de légitimation d'une situation politique. Plus de vingt-cinq auteurs ont apporté leur contribution à ce livre qui est subdivisé en trois parties distinctes portant sur autant de thèmes d'une importance fondamentale pour les sociétés contemporaines: l'identité religieuse dans le processus d'unification européen ; l'institutionnalisation et la représentation des religions ; leur permanence en politique et dans les actes violents. Le premier chapitre porte avant tout sur le rôle de la religion en Europe et dans la construction européenne. Des questions telles que la problématique chypriote ou la place de l'Église catholique sur le continent y sont abordées. Les auteurs analysent ensuite la place de la religion musulmane au sein de l'Union européenne, notamment à la lumière du rôle du religieux dans les écoles ou de la représentation politique des religions. La dernière partie, certainement la plus sensible, traite du sujet du rôle de la religion dans les combats armés, dont le jihad ou les conflits culturels. Le cas de Tariq Ramadan y est notamment discuté. (JD)

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