Énergie nucléaire et gaz russe. Après la décision des autorités allemandes, la confirmation de la position autrichienne et les orientations analogues ailleurs, c'est par voie de référendum (donc de façon définitive) que l'Italie s'est prononcée contre l'énergie nucléaire. M. Cohn-Bendit s'en est logiquement félicité, ainsi que d'autres personnalités politiques. Or, le ministre tchèque Karel Schwarzenberg a soulevé un aspect inattendu: le recul du nucléaire civil « risque d'accroître la dépendance européenne à l'égard du gaz russe ». Je crois que la réponse appropriée consiste à concrétiser, après tellement d'années de discussions, les projets d'infrastructures de transport permettant de diversifier les sources d'approvisionnement de gaz et du pétrole en provenance de l'est et du nord. Ceci, bien entendu, parallèlement à la conclusion des nouveaux liens prévus avec la Russie.
Vers la mobilisation des Grecs émigrés ? Un aspect de l'action d'Athènes pour surmonter la crise n'a pas eu l'écho qu'il mérite: le projet de proposer aux Grecs émigrés et descendants d'émigrés l'achat d'obligations qui seraient émises à leur intention. Il s'agit d'environ 7 millions de personnes, dont 2,5 millions aux États-Unis. L'opération serait lancée dans le troisième trimestre de l'année. Le taux d'intérêt serait inférieur à 5%, ce qui implique un effort volontaire des souscripteurs. L'objectif serait de recueillir plus de 2 milliards d'euros, ce qui n'est pas énorme, mais, selon le gouvernement, le succès du projet contribuerait à rétablir la crédibilité des bons du trésor grecs. M. Papandréou, né aux États-Unis et diplômé à Harvard, représente lui-même un exemple de citoyen né à l'étranger et contribuant au redressement économique et civil de la patrie.
Le fils du colonel veut maintenant une Libye démocratique. Si ce n'était pas un drame qui ruine un pays et qui provoque morts, blessés, ruines et un gaspillage inouï de ressources, certains aspects de la tragédie de la Libye pourraient être perçus aussi en tant que comédie. La preuve par deux exemples.
Le premier est la proposition de Saïf Al Islam, fils du colonel Kadhafi, d'organiser très rapidement des élections permettant aux Libyens de choisir le régime qu'ils souhaitent, choisissant entre son père et les rebelles. Avant le vote, serait élaborée une Constitution qui garantirait l'égalité de tous les citoyens et la liberté de la presse. La Libye du futur serait fondée sur des autonomies locales fortes et un gouvernement central à Tripoli ayant des pouvoirs réduits. Pour Monsieur le fils, la Libye ancienne n'existe plus ; quoi qu'il arrive, tout devra changer, le régime de son père est mort et enseveli, les événements imposent quelque chose de totalement nouveau. Il est quand même sûr du résultat: pour lui, la victoire de son père ne fait pas de doute. Mais il garantit que les règles seront respectées: celui qui obtiendra la majorité aura tout le pouvoir, le colonel se retirerait automatiquement, même si le nouvel élu devait être l'intellectuel franco-juif Bernard-Henri Lévy (le fils sourit pour sa boutade). Tout ceci a été dit dans une interview au collègue Lorenzo Cremonesi, publiée la semaine dernière dans le Corriere della Sera, le plus illustre des quotidiens italiens.
La bonne gestion de l'argent volé. Deuxième exemple de l'aspect comédie du drame libyen: le gaspillage de richesses volées par M. Kadhafi à son peuple, provoqué par la combinaison entre les capacités financières de son fils et la gestion efficace de deux banques occidentales. Le sujet de l'affaire est le fonds souverain Libyan Investment Authority (LIA), doté d'environ 70 milliards de dollars. L'enquête conduite par le Wall Street Journal indique que 1,8 milliard avaient été confiés à la banque française Société générale et que plus de la moitié «s'étaient évaporés après avoir été investis par elle dans des produits financiers dits structurés». Dans la partie qui avait traversé l'Océan pour être confiée à Goldman Sachs (SG), le premier versement de 1,3 milliard avait rapidement disparu dans la proportion de 98%, ce qui, selon le journal, représenterait, pour un investissement de cette catégorie, un record mondial.
LIA et SG se rencontraient à la City de Londres, et les représentants de la Banque avaient proposé quelques compensations, toutes rejetées comme étant inadéquates ou ridicules. Les détails et les discussions sont décrits dans le Wall Street Journal, qui en définitive pose quelques questions: où est passé l'argent, qui n'était certes pas perdu pour tout le monde ? Pourquoi le LIA se limitait-il à des protestations verbales ? Réponse: parce qu'il n'était que le résultat des détournements financiers de la famille Kadhafi. Pourquoi les dirigeants libyens ont-ils été si lents à prendre conscience de la situation ? Parce que, contrairement à d'autres fonds souverains arabes, le LIA n'était pas géré par des experts mais par Saïf Al Islam, qui voulait tout décider tout seul. Sera-t-il plus efficace pour préparer la Libye de demain ? (F.R.)