Luxembourg, 20/06/2011 (Agence Europe) - L'Eurogroupe n'a pas débloqué, lundi 20 juin à Luxembourg, la tranche d'aide de 12 milliards d'euros prévue dans l'actuel programme d'aide à la Grèce. Politiquement acquis, le versement de cette somme est conditionné à l'adoption par le parlement grec de mesures supplémentaires d'austérité et à un accord sur la durabilité des finances publiques grecques à moyen terme que seul un deuxième sauvetage, d'environ 100 milliards d'euros, peut garantir. Est désormais acquise la participation du secteur privé à ce deuxième plan d'aide, matérialisé par un refinancement 'volontaire et informel' de la dette grecque ('roll over'). Outre le Conseil européen cette semaine, l'Eurogroupe poursuivra ses travaux sur la crise de la dette grecque lors d'une réunion extraordinaire convoquée dimanche 3 juillet.
Dans une déclaration écrite adoptée dans la nuit de dimanche à lundi, les ministres de la zone euro reconnaissent l'incapacité de la Grèce à retourner sur les marchés financiers début 2012. Une rallonge financière s'impose. Elle sera financée par les créanciers institutionnels (UE, FMI) et les investisseurs privés. À ce titre, les ministres accueillent favorablement « la poursuite de l'implication volontaire du secteur privé sous la forme de refinancements volontaires et informels de la dette grecque arrivant à maturité ». S'il permettra de réduire de manière « substantielle » les besoins annuels de financement de la Grèce, le niveau d'engagement des créanciers privés devra éviter « un défaut » du pays, soulignent-ils.
Il n'y aura « aucune pression » sur les institutions financières de telle sorte que l'étendue de la participation du secteur privé ne peut être déterminée à l'avance, a répété lundi le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. À plusieurs reprises au cours du week-end, il a mis en garde contre « l'effet de contagion de mauvaises décisions » dans ce domaine. Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a vu d'un bon œil une convergence accrue des positions nationales sur une contribution des investisseurs privés basée sur le modèle de 'l'initiative de Vienne' en plein accord avec la BCE. Des négociations s'engageront avec les trésors nationaux pour voir comment obtenir une participation significative du secteur privé à travers la technique du 'roll over', a expliqué le ministre belge des Finances, Didier Reynders.
En privilégiant un refinancement de la dette grecque, les ministres font prévaloir la vision de la BCE en matière de contribution du secteur privé au coût financier d'un deuxième sauvetage grec. La solution retenue prévoit que les détenteurs d'obligations maintiennent leur exposition sur la dette hellénique en rachetant leurs titres souverains aux mêmes conditions et au moment où ceux-ci arrivent à maturité. Soumis sur le plan intérieur à une forte pression pour une participation 'quantifiable et substantielle' des créanciers privés, le gouvernement allemand plaidait pour une extension de 7 années de la maturité des titres de dette grecque. Les agences de rating considérent cette option, plus ambitieuse, comme une banqueroute qui, si elle était mise en œuvre, comporte le risque de déclencher une réaction en chaîne déstabilisant l'ensemble de l'Eurozone.
Qui dit participation volontaire du secteur privé, dit incitation aux créanciers privés à maintenir leur exposition à la Grèce. Les investisseurs acceptant de refinancer la dette grecque pourraient bénéficier d'un statut privilégié leur octroyant un droit prioritaire de remboursement. Une partie des recettes collectées avec les privatisations pourrait aussi servir comme garantie au remboursement. C'est ce que réclament la Finlande et les Pays-Bas avant d'accepter d'accorder de nouveaux prêts.
D'une enveloppe « globalement équivalente » à celle du premier plan d'aide (110 milliards d'euros) selon le Premier ministre grec Georges Papandreou, le deuxième sauvetage d'aide sera financé par: - les créanciers institutionnels (57 milliards d'euros du programme actuel à débourser, participation de la Facilité EFSF et du Mécanisme EFSM) ; - le programme de privatisation ; - l'implication du secteur privé.
Douze milliards. Sans le versement des douze milliards d'euros, Athènes ne passera pas l'été. Les ministres refusent de signer un chèque en blanc. Question de « crédibilité », a expliqué une source européenne. « Vous ne pouvez pas imaginer une seconde que nous nous engagions à financer sans savoir si le gouvernement grec a endossé les obligations qui sont celles de la Grèce », a indiqué M. Juncker. L'adoption (mardi 28 juin) par le parlement grec de mesures supplémentaires d'austérité évaluées à 28 milliards d'euros d'ici 2015 (EUROPE n°10398) et du plan de privatisation censé rapporter 50 milliards d'ici 2015 ouvrira la voie au versement de l'aide « d'ici mi-juillet », soulignent les ministres. Peut-être même dès le 3 juillet.
Alors qu'une nouvelle mission des créanciers de la Grèce est à Athènes, la tâche du gouvernement socialiste est ardue: il bénéficie d'une faible majorité au parlement, l'opposition grecque rejette les mesures d'austérité préconisées malgré les appels incessants à « l'unité nationale » des Européens, la population grecque refuse de se serrer encore plus la ceinture. Fraîchement nommé, le nouveau ministre des Finances Evangelos Venizelos a répété le « ferme engagement » du gouvernement à faire adopter et à appliquer l'entièreté du programme. M. Papandreou était à Bruxelles lundi 20 juin où il a rencontré les présidents Van Rompuy du Conseil européen et Barroso de la Commission pour leur exposer la stratégie budgétaire grecque à moyen terme. (M.B.)