Bruxelles, 20/06/2011 (Agence Europe) - Selon les chiffres publiés ce mardi 21 juin par le think tank Momagri, les Européens ont dépensé en moyenne sur les dernières années (2006-2009) deux fois moins pour leur agriculture que les États-Unis, si l'on intègre également toutes les formes de soutiens indirects, tels que l'impact des taux de change, l'aide alimentaire interne ou les mesures fiscales.
L'agence Momagri a lancé un indicateur dont l'objectif est d'évaluer la réalité des soutiens accordés au secteur agricole par les différents États du monde, collectivités publiques nationales ou sous-régionales. Ceci grâce à la création d'une nomenclature budgétaire internationale autorisant des comparaisons « rationnelles et indiscutables ». Cet indicateur s'appelle SGPA (Soutiens globaux à la production agricole).
Appliqué aux États-Unis et à l'UE sur la période 2006-2009, les résultats sont sans appel: les soutiens au secteur agricole sont plus élevés et croissent plus rapidement aux États-Unis qu'en Europe. Sur la période 2004-2009, les soutiens agricoles globaux américains ont augmenté de 65%, passant de 98,2 milliards USD à 162,3 milliards USD. Sur la même période, les soutiens agricoles globaux européens ont crû de 21% (81,1 milliards d'euros en 2009 contre 67 milliards d'euros en 2004).
En Europe, l'accroissement des soutiens globaux agricoles s'explique essentiellement par une augmentation des soutiens au niveau de vie des agriculteurs, des soutiens à l'organisation des marchés et au développement des filières et des soutiens à l'investissement et au financement.
Aux États-Unis, l'accroissement des soutiens globaux agricoles s'explique surtout par: - une augmentation des soutiens budgétaires et notamment l'aide alimentaire interne publique » (+36,194 milliards USD) ; - une politique monétaire et un taux de change favorables (qui ont représenté un soutien indirect évalué à 14,511 milliards USD en 2009, soit 12% des soutiens globaux accordés, voir aussi EUROPE n° 10252 sur les déséquilibres monétaires et de change qui fragilisent l'agriculture européenne).
Rapporté au nombre d'habitants, le SGPA était 2,4 fois plus élevé aux États-Unis qu'en Europe en 2009 (en moyenne 1,9 fois supérieur sur la période 2004-2009). Et rapporté à la production agricole totale en valeur, il était 2,7 fois plus élevé aux États-Unis en 2009 (1,9 fois supérieur en moyenne sur la période 2004-2009).
La politique américaine très réactive aux variations des prix. La politique américaine est « beaucoup plus réactive aux variations des prix agricoles internationaux que la politique européenne », selon Jacques Carles, délégué général de Momagri et ancien administrateur à la Commission européenne, chargé des budgets agricoles. En Europe, les soutiens à l'agriculture sont, pour l'essentiel, des soutiens directs au niveau de vie des agriculteurs (62% en 2009). La logique de soutien qui prévaut est donc résolument orientée vers les producteurs, mais de manière découplée (sans lien avec les volumes produits), « ce qui rend la politique européenne plus rigide aux modifications des conditions de marché », selon le think tank.
À l'inverse, aux États-Unis, les soutiens à l'agriculture concernent à la fois la production (soutiens directs et couplés à la production) et la consommation (stimulation de la demande domestique et extérieure). C'est notamment le cas de l'aide alimentaire qui représente plus de 50% de l'ensemble des soutiens agricoles versés en 2009 aux États-Unis. La logique qui anime la politique américaine vise donc à sécuriser et dynamiser le marché des produits agricoles américains, de l'amont (producteurs) vers l'aval (consommateurs) de manière « contracyclique », c'est-à-dire en tenant compte des signaux émis par les marchés, explique Momagri.
Comme le souligne Pierre Pagesse, fondateur et président de Momagri: « Les avantages et inconvénients des systèmes de soutien américain et européen apparaissent clairement, ce qui remet fondamentalement en cause le cadre de négociation de l'OMC où l'UE figure, à tort, au banc des accusés ».
La présidence française du G20, qui s'efforce d'obtenir un consensus international sur l'amélioration de la régulation des marchés agricoles mondiaux, insiste sur un préalable: la transparence des informations sur les marchés agricoles, physiques et financiers. Selon Momagri, cette exigence doit aussi s'appliquer « à toutes les formes de soutiens directs et indirects alloués à l'agriculture et à l'alimentation dans la perspective du renforcement de la coopération internationale que la France appelle de ses vœux ». C'est dans cet esprit que le think tank Momagri a publié les premiers résultats de son indicateur SGPA. L'indicateur SGPA est une grille d'analyse unique qui s'appuie sur une nomenclature internationale permettant de comparer les montants et la finalité des soutiens publics, budgétaires, extrabudgétaires et financiers, destinés à l'agriculture.
Momagri prévoit d'étendre son travail aux politiques agricoles menées au Brésil, en Chine, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux principaux pays producteurs afin de poursuivre les comparaisons et d'aboutir en 2012 à un classement international des principales politiques de soutien agricole dans le monde. L'étude détaillée SGPA est publiée sur le site http://www.momagri.org . (L.C.)