Bruxelles, 14/06/2011 (Agence Europe) - À la veille de la réunion des ministres de l'Agriculture du G20 consacrée à cette question, les 22 et 23 juin à Paris, le président français Sarkozy a insisté mardi pour une régulation plus étroite des marchés de l'énergie et des matières premières.
Invité de marque d'une conférence sur les matières premières, organisée le 14 juin à Bruxelles par la Commission européenne, Nicolas Sarkozy a de nouveau plaidé pour une régulation plus étroite des marchés des matières premières, pour en accroître la transparence et en atténuer la volatilité. « La hausse du prix des matières premières est une des principales menaces qui pèsent aujourd'hui sur la croissance (…) Le G20 est né de notre volonté de résoudre les déséquilibres provoqués par la crise et d'instaurer les conditions d'une croissance durable. Pour y parvenir, nous avons mis en œuvre un principe: la régulation. Ce principe, nous l'avons appliqué au système bancaire et aux produits financiers. Aujourd'hui, nous devons l'étendre aux matières premières », a expliqué le chef de l'État français. « Régulation, cela ne veut pas dire contrôle, cela ne veut pas dire protectionnisme, cela ne veut pas dire fixer les prix administrativement. La régulation, c'est une exigence de transparence et de supervision pour assurer un bon fonctionnement des marchés. Car comme nous l'a montré la crise financière, sans règle, il n'y a pas de marchés », a-t-il ajouté.
Outre le défi d'une production suffisante pour répondre aux besoins mondiaux, M. Sarkozy soulève deux challenges essentiels pour les matières premières: celui de la transparence sur les marchés, et celui de la régulation des marchés de dérivés. Si l'UE a ouvert la voie en matière de transparence avec la création en 2002 de la base de données JODI (Joint Organisation Data Initiative) sur le pétrole, « il faut maintenant que tous les membres du G20 s'engagent à améliorer la régularité et l'exhaustivité des informations fournies », a insisté M. Sarkozy, plaidant pour que chaque pays du G20 publie « dans les prochains mois » un rapport national faisant état des progrès accomplis en matière de transparence des marchés pétroliers. Une transparence que le président français veut aussi étendre aux autres énergies fossiles, charbon et gaz, mais aussi aux marchés agricoles, qui sont « de plus en plus marqués par la volatilité des prix ». Aussi M. Sarkozy appuie-t-il le lancement, en collaboration entre les pays du G20 et les organisations agricoles, d'un nouveau système d'information, sur le modèle de ce qui existe déjà pour le pétrole, sur les marchés agricoles, outil qui pourrait être hébergé par la FAO, et qui recueillerait toutes les données, incluant celles sur les stocks privés. Le chef de l'État français est convaincu que ce système « permettra de renforcer la coopération internationale en matière de sécurité alimentaire, pour mieux prévenir et mieux gérer les crises ».
Sur l'encadrement des marchés de dérivés, M. Sarkozy veut étendre l'engagement pris par le G20 en matière de régulation des marchés de dérivés de pétrole aux marchés de dérivés agricoles, l'idée étant que les pays du G20 adoptent des principes communs de régulation et de supervision applicables à l'ensemble des marchés dérivés de matières premières. Premier principe, la transparence, qui repose, selon lui, sur la mise en place d'un registre centralisant les informations sur les transactions sur les marchés dérivés, y compris de matières premières, et ce qui nécessite que les superviseurs disposent d'un accès réciproque à ces registres. Deuxième principe, l'extension de la régulation à l'ensemble des produits échangés sur les marchés de dérivés de matières premières, à l'ensemble des acteurs intervenant et à l'ensemble des instruments utilisés. Troisième principe, la standardisation des dérivés et leur cotation sur des plates-formes ou des marchés régulés, l'idée étant de limiter l'effet de levier en imposant un dépôt en cash minimal pour chaque transaction. Quatrième principe, la supervision, qui repose sur une meilleure articulation entre l'action des autorités de régulation sur les marchés physiques et des régulateurs des marchés financiers pour détecter les tentatives de manipulations croisées sur les cours, et qui repose aussi sur des pouvoirs confiés aux superviseurs pour sanctionner les abus de marché. À cet égard, Sarkozy pense aux limites de position, idée introduite aux États-Unis en 1936. (E.H.)