Bruxelles, 14/06/2011 (Agence Europe) - L'UE espère que la très large victoire du Parti de la Justice et du Développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan aux élections législatives du 12 juin ouvre la voie à de nouvelles réformes en Turquie - notamment de la Constitution - et donnera un nouvel élan aux négociations d'adhésion du pays à l'UE. Avec 50% des voix, l'AKP s'est offert une troisième victoire consécutive (depuis 2002) et une confortable majorité au parlement. En revanche, le parti n'a pas obtenu la majorité des deux tiers nécessaires pour réformer seul la Constitution. M. Erdogan va donc devoir passer des alliances avec d'autres formations s'il veut réformer la loi fondamentale rédigée il y a près de 30 ans, lors de la période militaire. Il a d'ailleurs déjà annoncé qu'il allait travailler à dégager un consensus avec ses opposants pour élaborer une nouvelle Constitution.
« Nous vous félicitons pour les résultats des élections tenues le 12 juin », ont écrit Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso dans un télégramme de félicitations à M. Erdogan. « Le résultat ouvre la voie à un renforcement des institutions démocratiques de la Turquie, ainsi qu'à une modernisation du pays, dans la ligne des valeurs et standards européens », estiment le président du Conseil européen et le président de la Commission. Les deux dirigeants se disent « convaincus que la période qui s'ouvre offre de nouvelles possibilités pour de nouvelles réformes, y compris pour travailler à une nouvelle Constitution dans le cadre de la plus large consultation possible et dans un esprit de dialogue et de compromis, et pour le renforcement de la confiance entre la Turquie et les États membres de l'UE ». MM. Van Rompuy et Barroso espèrent aussi que des progrès dans le domaine des réformes donneront aussi « un nouvel élan » aux négociations d'adhésion. Ces pourparlers, on le sait, sont quasiment à l'arrêt (un seul des 35 chapitres clos après 6 ans de négociations), notamment en raison des nombreux dossiers bloqués pour des raisons politiques. Jerzy Buzek, le président du PE, a également félicité M. Erdogan pour sa victoire écrasante, tout en rappelant au Premier ministre la « grande responsabilité » qui repose sur ses épaules « pour poursuivre sur la voie des réformes nécessaires ». La réforme de la Constitution, en particulier, devrait être « transparente et inclusive, avec la consultation des principaux secteurs de la société et en étroite coopération avec l'opposition », estime M. Buzek.
Le président du PE espère aussi que le nouveau gouvernement « poursuivra le processus d'adhésion à l'UE avec une détermination et une énergie renouvelées ». Enfin, le gouvernement devrait aussi s'engager en faveur d'un renforcement de l'État de droit, de la liberté d'expression et de la presse et des droits des minorités, réclame M. Buzek. Ria Oomen-Ruijten, le rapporteur du PE sur la Turquie, demande aussi au nouveau gouvernement de M. Erdogan de poursuivre les réformes et de s'engager de manière constructive dans les pourparlers d'adhésion. L'AKP a « plus que jamais une grande responsabilité dans la réalisation des réformes promises et nécessaires pour l'adhésion de l'UE », estime aussi l'eurodéputée française Hélène Flautre (Verts) qui appelle M. Erdogan à « rechercher le dialogue et le consensus (avec l'opposition) pour les grands projets comme la nouvelle Constitution ou la solution de la question kurde ». Loin d'être un handicap pour la Turquie, « cette recherche de consensus national est une chance pour la démocratisation et la réalisation de la paix sociale » dans le pays, estime-t-elle. La liberté d'expression, une justice indépendante et impartiale, le renforcement des pouvoirs locaux devraient être les priorités politiques du pouvoir, dit encore Mme Flautre. Tout autre son de cloche du côté de l'eurodéputé allemand Werner Langen (PPE). La victoire de l'AKP ne contribuera pas au rapprochement de la Turquie à l'Europe ; au contraire, « elle ouvre plutôt la voie à une islamisation de la Turquie », estime-t-il. Le pays se distancie de plus en plus de l'Europe, la Turquie est plus loin d'une adhésion qu'elle ne l'était en 2005 au début des négociations d'adhésion, affirme M. Langen. (H.B.)