Bruxelles, 30/05/2011 (Agence Europe) - En accord sur le principe, l'UE et le Japon négocieront prochainement un pacte commercial. Mais Tokyo devra accepter de lâcher du lest sur les dossiers qui fâchent les Européens, les barrières non tarifaires et l'accès aux marchés publics.
Comme prévu, dirigeants européens et nippons, réunis le 28 mai à Bruxelles, ont marqué leur accord de principe sur le lancement futur de discussions pour un accord bilatéral de libre-échange, afin d'approfondir les relations économiques entre les Vingt-sept et l'archipel nippon, dans un contexte défavorable pour un Japon meurtri par une double catastrophe naturelle et un accident nucléaire de grande ampleur.
« Nous avons encore un long chemin à parcourir, mais l'objectif à présent est clair. En exprimant leur intention de travailler ensemble en vue d'un accord de libre-échange, [nous avons] fait un grand pas en avant », s'est félicité le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, à l'issue du sommet. L'UE et le Japon ont convenu d'engager le processus pour des négociations en parallèle visant à la fois un accord bilatéral de libre-échange approfondi et complet répondant aux questions d'intérêt mutuel et incluant les mesures tarifaires et non tarifaires, les services, l'investissement, les droits de propriété intellectuelle, la concurrence et les marchés publics, ainsi qu'un accord contraignant couvrant la coopération politique bilatérale et globale (voir autre nouvelle), confirme la déclaration commune, également cosignée par le président de la Commission José Manuel Barroso et le Premier ministre nippon Naoto Kan.
Européens et Japonais vont donc procéder, dans les six prochains mois, à un exercice de délimitation du champ du futur accord (scoping), avant de débuter les négociations. Mais l'exécutif européen attend en particulier des autorités nippones qu'elles s'attaquent à leurs barrières non tarifaires et restrictions à l'accès aux marchés publics imposées, dénoncées par les entreprises européennes. Samedi, M. Barroso a insisté sur son souhait de voir ces dossiers figurer dans le champ des négociations, qui devra d'abord être défini au niveau des experts. « L'accord devra s'attaquer à tous les obstacles au libre-échange », a averti le chef de l'exécutif, qui s'est néanmoins dit « fermement convaincu que le Japon est sûr et ouvert aux affaires ».
Un accord de libre-échange permettrait de revitaliser un commerce bilatéral déclinant depuis une décennie, même si l'UE reste le troisième partenaire du Japon, lui-même sixième partenaire des Vingt-sept. Le déficit commercial enregistré par l'UE jusqu'en 2000, s'est d'ailleurs réduit puisque, si ses exportations de marchandises vers le Japon sont restées stables entre 2000 et 2010, ne perdant qu'un milliard en valeur, de 45 à 44 milliards d'euros, ses importations en provenance du Japon ont reculé de 30%, passant de 92 à 65 milliards d'euros sur la période, réduisant ainsi son déficit de 47 à 21 milliards. En outre, au plan des investissements, les IDE de l'UE au Japon ont régressé de 5,6 milliards d'euros en 2007 à 1,8 milliard en 2008 puis 0,2 milliard en 2009, avant un désinvestissement de 4,1 milliards en 2010. Les IDE du Japon dans l'UE ont eux aussi régressé de 19,1 milliards d'euros en 2007 à 1,5 milliard en 2010.
De nouveau en récession depuis la double catastrophe naturelle du 11 mars, le Japon, qui place de grandes attentes dans la levée des droits de douane européens sur l'automobile, l'électronique et les pièces détachées, envisageait même le lancement du processus de négociations pour un accord de libre-échange dès maintenant. Mais l'UE, qui veut obtenir l'élimination des barrières non tarifaires de toutes sortes imposées par Tokyo, comme la durée et le coût des procédures d'autorisation, mais aussi la réduction des pics tarifaires nippons sur ses exportations de produits agricoles bruts et transformés, de cuir et de chaussures de sport - exigence clairement formulée par l'association du patronat européen BusinessEurope, attend des engagements fermes de son partenaire asiatique sur toutes ses entraves à la concurrence. (E.H.)